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vendredi 4 avril 2008

Le respect de la personnalité de l'enseignant ou le combat des poules!

Ces jours-ci, j'ai l'impression, encore une fois que le milieu me "grafigne". J'ai bien ri en regardant Virginie (ben oui, je l'écoute souvent et sans honte, même si la réalité décrite n'a souvent aucun rapport avec la réalité, il y a là-dedans bien souvent des situations intéressantes pour réfléchir), quand un personnage a reçu en plein visage un coq qui l'a grafigné. J'aime bien voir les événements de ce genre comme des manifestations symboliques d'une certaine réalité sous-terraine ou inconsciente, comme le cerveau nous fait des rêves éveillés ou nocturnes pour nous informer par le langage primaire de l'inconscient. C'est mon biais psy! Car dans un milieu de leaders naturels, on est tous dans nos classes des leaders, dans les salles de profs, souvent font rage les combats de coqs à un niveau subtil et pernicieux et le tout avec un sourire fendue jusqu'aux oreilles!

Ainsi, je suis pris au milieu d'une équipe de femmes profs de français bien idéalistes sur ce qu'est un enseignant de français. Il y a aussi un effet de clique, une d'entre elle est mariée avec un adjoint, vous voyez le truc... Bon, je veux pas être sexiste ou macho, mais franchement ce n'est pas souvent évident de prendre sa place au milieu de ses bonnes femmes qui ont une vision de la langue et du cours de français assez particulière. Il y a les effets de copines, le style nonne sans vie personnelle, perfectionniste et orgueilleuse. Enfin spécialistes des détails, les dames n'ont pas toujours le regard d'ensemble bien clair et franchement j'ai souvent l'impression de parler un autre langage et de comprendre le monde au travers d'une autre lunette. Enfin, juste pour étayer les deux autres gars de l'équipe, je les trouve d'une discrétion admirable. Bref, un gars dans ce monde assez féminin a bien souvent du mal à se sentir à l'aise.

Pour avoir croisé bien des profs de français, je sais que la pallette des personnalités peut franchement varier: certains sont des amoureux de la formule, de la poésie, de l'art dramatique, de la nouvelle. D'autres sont plus intéressés par des types de discours plus courants, je suis de ceux-là. Souvent ce dernier groupe aime assez les romans aussi. D'Autres aiment bien les aspects structurels de la langue, la grammaire entre autres. D'autres sont de bonnes mamans qui voient à tout, certains autres favorisent l'autonomie du jeune dans un style plus masculin.

Enfin, chaque discours peut être transmis avec une approche personnalisée aussi. En argumentation, je peux préférer insister sur le raisonnement démonstratif et trouver un peu vaseuse l'approche explicative pour arriver à des résultats avec les jeunes. Un autre pourrait se trouver fort à l'aise avec l'explication argumentative et davantage insister sur ce point. Même si les programmes visent qu'on présente un large éventail de situations d'écriture, il reste que dans tout ce vaste champs de la langue, nous avons tous quelque part des points forts et des points moins développés.

Le problème se pose quand l'équipe impose à tous un agenda d'enseignement des plus rigoureux et que constamment on se retrouve à se faire imposer sans égard à notre personnalité des activités, des visions de la matière, des instruments d'évaluation qui dicte un enseignement précis de notions parfois même discutables.

Là, le combat de coq ou de poule fait rage. C'est quasiment violent. Quand on ne peut pas changer une question ou deux, dans un examen pour mieux convenir à l'enseignement dispensé cohérente à notre vision et notre personnalité dans un examen de 3e étape, quand on se fait imposer le moment des évaluations constamment, où est la liberté pédagogique et le respect des personnalités enseignantes.

Quand au nom d'un idéal (souvent faux et cachant des intérêt assez douteux), on fait fi des particularités des enseignants, qu'on ose mettre même en doute leur compétence parce qu'il ne partage pas une vision théorique fort discutable, une équipe peu devenir assez violente. Enfin, il n'y a qu'en français en passant que j'ai vu des rigidités aussi manifestes. Mais bon, j'ai vu aussi ailleurs parfois des équipes plus détendus et respectueuses des différences individuelles. A mon école, j'ai parfois l'impression qu'il est simplement impossible de discuter. C'est presque tabou de parler d'une variété de styles en enseignement du français.

Hier, imaginez la directrice adjointe a voulu s'assurer que j'employais l'examen de l'équipe en même temps que l'équipe, avec les mêmes questions, que si je choisissais un autre instrument de le faire valider par la direction, qui en passant n'a aucune compétence en français. Elle a même tenu à s'assurer que j'enseignais vraiment tout le contenu évalué par la grille de la commission scolaire en écriture. Tout ça parce que j'ai suggéré un changement à deux questions d'examens à des collègues et que la discussion a tourné en queue de poisson avec l'une, la nonne, pour des divergeances de conceptions qui, à mon sens, viennent de profil de formation assez différent et de personnalités manifestement différentes.

Comme si je n'avais aucun sens professionnel, comme si je n'avais pas la compétence pour discuter de théorie argumentative...

Bon, je lui ai répondu, parce que le tout se fait par courriel maintenant, que je l'assurais que je travaillais avec tout le professionalisme qui s'impose (!). Ça m'a fait du bien!

Voilà un exemple qui démontre bien que la liberté pédagogique de l'enseignant ne va absolument pas de soi. Il faut considérer les effets d'équipe. Quand on y trouve une parenté d'esprit, on peut s'y développer. Dans le cas contraire, malgré la meilleure des volontés, on finit par passer pour un paria et subir un mur de silence et l'expression d'une violence sourde. Combien de burnout sont en rapport avec ce genre de dynamique? La guerre de tranchée dans les couloirs d'une école est une métaphore tout à fait appropriée. La réforme se passe sur fond de guerre de tranchée insidieuse de ce genre.

Bon, on est encore moins libre pédagogiquement si on est à statut précaire. L'expérience, le bagage antérieur, la bonne volonté, les milles succès d'adaptation qu'on a démontré en deux mois, ne changeront rien à l'affaire. On est suspect d'incompétence. A 40 ans très bientôt, la blessure d'orgueil reste vive en ces zones chatouilleuses...


Encore un fois, je suis un peu dégoûté d'un milieu scolaire...


Bon, un de mes pères (je suis moderne!) me rappelait récemment qu'il faut souvent avoir une "gang" pour se protéger et avoir de l'impact!

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