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mercredi 1 décembre 2010

L'art d'improviser en fonction des circonstances

Hier, je suis tombé sur un blogue (Monsieur Caron, je crois) qui s'offusquait du manque de planification d'un prof qu'il remplaçait. Il écrivait qu'on lui avait appris à  toujours préparer six périodes d'avance dans le cas où il devrait s'absenter. Les planifs devraient en plus être lisibles pour un suppléant. Et à la suite de son billet, on pouvait lire toute une série d'interventions sur les pertes de temps, le droit à l'éducation des jeunes, l'horreur des activités récompenses et de l'occupationnel. Je dois dire que tout cela m'a faire sourire, moi qui est plutôt un adepte de la planif sur un bout de papier, assez à la dernière minute. Parfois, j'entre dans des cours, surtout dans les périodes de transition, et je ne suis tout simplement pas décidé sur ce que je vais faire avec les élèves.

En même temps, je vois un stagiaire passer des heures à planifier, réfléchir, anticiper, se questionner dans ses préparations avec un certain amusement. J'ai dû comme tous les autres passer par là. Au début, enseigner est tellement un acte inconcevable qui fait peur qu'on doit pour surmonter cette dernière passer beaucoup de temps en préparation. Enfin, à l'université, on doit communiquer ses préparations, en faire état. Ce milieu est celui du travail long alors que la planif au secondaire, au quotidien, est quelque chose d'assez différent. C'est plus un outil pour faire de la classe où c'est là qu'on va mettre 90% de son énergie.

Qu'y aurait-il à dire de tout cela? La première pensée qui m'a traversé a été: « Il y a la pratique et la théorie». Peut-être est-ce parce que j'ai d'abord passé trois ans dans une école à travailler avec des élèves en difficulté. J'ai l'habitude de l'adaptation scolaire. Probablement aussi, un peu parce que j'enseigne le français qui n'a pas des contenus aussi précis que dans un cours de maths ou un cours de science.


Avec le temps, j'ai appris une chose fondamentale dans mon métier. Ce n'est pas parce qu'on passe nécessairement beaucoup de temps à planifier qu'on est plus efficace en classe. Quand on arrive avec de belles séquences toutes bien pensées et minutées, il se trouve souvent, quasiment toujours, un petit drôle d'imprévu pour vous la défaire.


Bref, mes planifs ont un style très flexible. J'ai une ligne de conduite, bref, je connais mes objectifs dans les prochaines semaines. Je sélectionne des activités, chaque semaine, variées. Je passe plus de temps à trouver de bonnes activités, de bons exercices. Puis,  je demeure en mode écoute de mes groupes car, avec le temps, on apprend à utiliser l'état d'esprit du milieu, des élèves, de la journée pour passer des activités appropriées. Bref, la planif d'une période se conclut souvent dans les 5 minutes avant le cours et les 5 premières minutes de ce cours dans la «jasette» de départ. Parfois, même elle se décide dans une négociation ouverte avec les élèves.


Évidemment, ça ne se planifie pas 6 périodes d'avance ce genre de méthode de travail assez flexible pour, qui plus est, un suppléant qui ne connait pas nos élèves.



12 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Je fais de même. Cinq minutes avant. Mes grandes lignes de planification sont placées pour l'étape, à la semaine près. Puis, je joue le tout à l'oreille. Il faut dire que je connais le contenu de mon cours par coeur ou presque. J'ai souvent l'air d'improviser et d'être naturel alors qu'il n'en est rien.

Une planification trop rigide prend énormément de temps et brime la spontanéité du contact avec les élèves. Je suis un prof vivant qui évite d'être emprisonné dans une quelconque planification.

Le professeur masqué a dit…

Tu nous mettrais le lien vers M. Caron?

Hélène a dit…

Premièrement, ce serait la moindre des choses de mettre en lien le billet auquel vous faites référence afin que vos lecteurs puissent y aller et se faire leur propre idée du billet et des commentaires.
http://monsieurcaron.wordpress.com/2010/11/29/suppleance-ou-garderie/

Deuxièmement, je persiste à penser qu'un enseignant devrait préparer une planification pour le suppléant, que ce soit une planification détaillée qui s'inscrive dans la programmation ou une planification dépannage hors contexte mais qui ne soit pas de l'occupationnel. Je ne dis pas d'avoir six préparations d'avance .
Je viens de terminer un stage au primaire en anglais langue seconde et j'ai constaté que ces jeunes n'ont que 32 périodes en cours d'année. C'est vite passé alors je ne vois pas pourquoi ils regarderaient un film ou feraient des mots cachés/croisés à chaque fois que le prof est absent.
L'an dernier, en stage au secondaire, lorsque mon enseignante associée a dû s'absenter, elle laissait des planifications détaillées et les élèves (sec 4) étaient regagnants, à mon avis. De plus, les élèves ont regardé le Film Papillon, mais il était précédé d'une présentation des thèmes, puis suivi d'un travail s'y rattachant.
On peut être du genre flexible et sujet à s'adapter aux aléas du quotidien, mais on doit avoir un plan de match en quelque part, et celui-ci devrait être écrit , ne serait-ce que dans ses grandes lignes.

Jonathan Livingston a dit…

Bon, le lien est mis. Désolé, Hélène, mais bon, j'ai trouvé la formule «la moindre des choses» déplacée, à la limite querelleuse, à mon sens pas trop nécessaire. La vie est ce qu'elle est et parfois, il arrive qu'on néglige un détail. Je suis pas en dissertation universitaire ici, mais sur mon blogue, que diable! Et pis ce n'est pas comme si Google n'existait pas.

PM s'était un plaisir de mettre le lien pour toi en tout cas!

Jonathan Livingston a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Jonathan Livingston a dit…

Dans le monde où j'évolue, la suppléance consiste surtout à tenir le fort. L'occupationnel peut parfois s'utiliser aussi. On prévoit généralement des exercices de renforcement de matière déjà vue pour la suppléance et non de la nouvelle matière. Enfin, si l'on prévoit effectivement être absent assez longtemps, on peut laisser plus que ça (une planif détaillée) dans la circonstance où l'on sait que le remplaçant aura les compétences pour faire le boulot. Généralement, les profs d'ici préparent une banque d'exercices de dépannage pour la suppléance imprévue.

Pour le reste, j'essaie d'être présent au max. Au nombre de fois où j'ai dû prendre des tâches en cours d'année à titre de remplaçant et composer avec le néant pour reprendre la situation en main, je comprends aussi que la tâche d'un enseignant est complexe, chargée, et on n'a pas le temps de prévoir tout dans tous les détails avec six périodes d'avance au cas où nous devrions nous absenter à cause d'un imprévue.

Enfin, si le prof a 34 heures dans l'année pour l'anglais, il peut décider de les donner lors de sa présence en classe selon les priorités qu'ils jugent importantes pour ses élèves. Et faire faire au suppléant autre chose.

Quand on évolue dans le milieu, avec les mille imprévus et circonstances qui peuvent survenir dans l'année (des élèves s'absentent pour une activité d'un autre cours, un événement, des tempêtes, etc.), on sait qu'on est pas à une période près. Enfin, selon les élèves qu'on a devant soi, il faut souvent donner davantage de périodes à certains points de matières.

Enfin, je ne peux généraliser à l'ensemble de la profession mon point de vue qui est celui d'un enseignant de français au secondaire qui travaille avec une clientèle très particulière qui demande qu'on cerne des priorités dans l'ensemble des objectifs du programme, car c'est évident d'avance qu'on ne les couvrira pas tous.

Enfin, ce qui m'énerve un peu dans tout cela, c'est que notre fonction ne se réduit pas, absolument pas à celui de passer un programme coûte que coûte et que pour faire la relation avec les élèves parfois la perte de temps est productive, ce qui peut occasionnellement vouloir dire d'accepter de faire de l'occupationnel ou de diverger des objectifs pour parler d'autres choses avec les élèves en classe.

MarcAndreCaron.com a dit…

Bonjour,

J'aimerais apporter quelques précisions au sujet de mon billet auquel vous réagissez ici.

Mon but n'était pas d'affirmer que tous les enseignants devraient avoir 6 planifications d'avance afin de parer à toute éventualité, je ne le fais pas moi-même. Les 6 planifications d'avance étaient un travail universitaire qui visait à nous faire pratiquer l'art de la planification. L'art de l'improvisation (j'aime mieux dire adaptation) est quant à lui découvert en stage. Découvert et non enseigner, car cette merveilleuse capacité qu'ont les enseignants à être à l'écoute de leurs élèves et à leur offrir un cours qui réponds à leurs besoins, à leurs attentes et à leurs intérêts ne peut s'enseigner; il faut le développer dans l'action en s'investissant.

Si la lecture de mon billet vous a laissé croire que j'en ai contre les profs qui improvisent, il n'en est rien. J'improvise et adapte énormément moi-même mes cours pour rejoindre le mieux possible mes élèves. Par contre, comme le dit le Prof masqué «mes grandes lignes de planification sont placées pour l'étape».

Je peux comprendre qu'un enseignant qui doit s'absenter à la dernière minute ne laisse pas à son suppléant une super activité pédagogique et donne de l'occupationnel, voir un film. Mais lorsque cette absence est prévue depuis une semaine, on ne parle plus d'improvisation.

Je suis heureux de lire que d'autres enseignants s'adaptent à leurs élèves et ne font pas que suivre le programme à la lettre. C'est en rendant l'école intéressante pour les élèves que nous réduirons le nombre de décrocheurs.

Au plaisir.

Marc-André Caron
monsieurcaron.wordpresse.com

Anonyme a dit…

Toujours aussi instructif de venir ici, c'est d'ailleurs la moindre des choses de vous le dire ; )

L'engagé

Jonathan Livingston a dit…

Bonjour Marc-André, content de lire ici avec cette mise au point de votre part!

Dans la rencontre des points de vue naît une perspective plus vaste que celle qui est sécrétée dans de l'humeur du moment!

Je dois dire que l'expérience de ce métier m'incite à donner la chance au coureur quand j'observe la collégialité qui n'est pas parfaite, dans un métier qu'on idéalise tellement. Demeurons réaliste, on est humain.

Enfin, dans la suite de ce billet, me relisant, j'ajouterai une variable sur laquelle je n'ai pas insisté, dans l'art d'enseigner, il y a aussi une variable d'importance, et non la moindre, soit le sujet enseignant. La planif dépend parfois aussi de l'état intérieur de l'enseignant qui se le sent ou non, de se jeter à l'eau avec tel ou tel point de matière. En somme, il faut écouter les élèves et aussi s'écouter. Quand on a l'énergie dans le plancher, parfois perdre une période avec les élèves à des choses moins évidemment éducatives peut être indiqué. Évidemment, ce n'est pas le programme courant!

Respecter son énergie, en tenir compte, évite bien des suppléances!

Jonathan Livingston a dit…

Merci, L'engagé, pour ce clin d'oeil!

Hélène a dit…

Monsieur Prof et Goéland
Je m'excuse pour la formule utilisée qui, j'en conviens, était déplacée. Je retiens qu'il ne faut pas écrire de commentaire à brûle-pourpoint. Quoiqu'au départ, dans votre billet, vous vous prononciez sur ceux et celles qui n'aiment pas arriver en suppléance les mains vides, sans activité, vous admettez dans votre commentaire qu'en cas d'absence, dans votre commission, il y a "des exercices de renforcement de matière" de prévu.
En tant que parent, lorsque mes fils revenaient de l'école en disant qu'ils ne faisaient rien, je prenais cela avec un grain de sel. Mais s'ils étaient revenus en disant qu'ils regardaient des films de divertissement, je me serais interrogée. Heureusement, dans leur cas, ce fut chose rare. Mon but était de déplorer la nonchalance ou l'insouciance de certains enseignants qui ne placent pas l'apprentissage des élèves au cœur de leurs priorités, et ce de façon régulière.
Je suis tout à fait d'accord avec vous que la planification détaillée n'est pas gage d'un meilleur enseignement. Il y a d'autres clés dans le succès de la mission éducative.
Sans rancune, je l'espère, car je suis fidèle à votre carnet depuis longtemps.

Jonathan Livingston a dit…

Excuse acceptée!

Je sais, parfois on s'énerve comme il arrive de négliger des détails!

Je sais très bien que la tâche du suppléant est souvent ingrate. Je crois que la plupart des enseignants font leur possible pour ne pas laisser la suppléance les mains vides. Même mourant, certains tenteraient de communiquer leur planif!

On fait pas mal tous nos efforts pour maintenir dans l'apprentissage nos jeunes et pour faire assumer sa fonction première à l'école. En même temps, l'école est plein d'humains et de vie, ça ne peut pas tourner toujours avec la précision d'une machine. Enfin, on a tous l'idéal en tête, et les contraintes du réel devant soi. Ce rapport dynamique entre nos intentions et la réalité génèrent pas mal de frustrations qui est le lot quotidien de notre métier. Un enseignant qui dure apprend, à mon sens, à accepter ce côté du métier qui nous le rend bien en d'autres moments.

Parfois aussi, notre rôle est justement de corriger une situation qui part en vrille. En suppléance, comme dans le reste du métier d'ailleurs, on doit être souvent débrouillard... et accepter que parfois ça «fouarre» (foire!)....

Et tous les matins, le jour se lève! L'idéal devant, la réalité aussi.