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dimanche 29 avril 2018

Sabbatique qui se prolongera... (1)

Je n'écris plus. Cette année, j'ai fait une longue pause. J'avais le besoin de sortir de l'école, de voir le printemps pour la première fois chez moi. Tous les ans, pour travailler dans «le plus beau des métiers du monde» et pour ne pas me retrouver dans ces courts contrats où l'intimidation règne, je dois m’exiler dans une région éloignée. Je l'ai fait huit ans.

Je ne pensais pas plus loin que ce qui m'arrivait de bon à vivre reclus sur ma très petite terre de Beauce qui n'est pas loin du paradis à mes yeux à aller faire de longues marches quotidiennes avec ma chienne du Nord.

Je me suis bien occupé.

Un peu de bricolage: j'ai fini mon sous-sol, refait ma couverture.

J'ai aidé ma femme à terminer son roman historique. Je me suis découvert des habiletés à la conseiller pour améliorer sa structure narrative.

J'ai bien donné mon nom à la commission scolaire du coin, mais le téléphone n'a toujours pas sonné.

Alors, je me suis enfilé 6 romans historiques de Robert Merle qui décrit les guerres de religion à la fin du XVIe en France. Ce contexte est le prélude aux expéditions des pionniers colonisateurs de la Nouvelle-France. Je me suis tapé des réécritures en un français lisible des ouvrages de Champlain de l'historien français Éric Thierry. J'ai lu aussi de vieux bouquins qu'on trouve en téléchargement gratuit sur Gallica et qui traite de cette époque. Des heures de plaisir et de découvertes. J'ai lu  des textes en vieux francoys de Lescarbot, cet avocat venu avec Poutrincourt, un noble méconnu de notre histoire (qui a mis sa fortune à essayer de s'établir en Acadie). Lescarbot raconte les belles heures de Port-Royal (aujourd'hui Annapolis en Nouvelle-Écosse). Il y a là un beau site historique à aller visiter si vous faites un jour un peu de tourisme maritime. Saviez-vous que Champlain a passé 3 ans en Acadie avant de venir en 1608 fonder Québec parce qu'il fallait rentabiliser la compagnie de De Mons qui allait perdre son monopole de la traite des fourrures, qui se portait mal après 3 campagnes difficiles en Acadie?

J'ai lu une étude très détaillée sur cette époque: La France de Henri IV en Amérique du Nord du même historien Thierry.

Bref, tout l'automne,  je suis devenu une sorte de seiziémiste et dix septièmiste comme disent les historiens. Pourquoi?

Bien simplement, parce que ma femme a écrit son premier roman en utilisant ce contexte historique précis. Son roman 1604 De Normandie à Cadie raconte justement l'expédition en Acadie menée par Pierre-Dugua de Mons, gentilhomme ordinaire de la cour de Henri IV, nouvellement nommé lieutenant général de la nouvelle France. C'était un ancien militaire huguenot, il était secondé par Poutrincourt qui avait été pourtant un capitaine célèbre de la Ligue catholique qui s'opposait à la venue de Henri IV, cet immonde protestant, sur le trône. Qui connait ce contexte au Québec? C'est très intéressant. À cette époque,  pas loin de 600 navires français venaient année après année faire de la pêche à la morue et échanger des peaux avec les autochtones. Il y avait au moins cent ans qu'on pratiquait les voyages transatlantiques pour des raisons commerciales. Certains avancent même que des Normands venaient là depuis le onzième siècle selon des recherches documentaires récentes que ma femme a menées. Bref, nos colonisateurs dérangeaient des gens d'affaires qui opéraient dans le secteur depuis fort longtemps.

Roman historique de Christine Sarpentier
Diponible sur ebookine.ca

Champlain n'était qu'un géographe à ce moment chargé de cartographier pour le roi cette zone. En ce printemps de cette année-là, le Don-de-Dieu, un bateau qui a fait histoire, et la Bonne Renommée, voguent vers les côtes acadiennes. Aujourd'hui, ils sont devenus des marques de bière!

La vie des gens lors de ces traversées, les tensions entre les religions, la rencontre avec les peuples autochtones, des rivalités entre les protagonistes, l'installation sur une île, l'île Sainte-Croix, 1604 abordent tout un monde aujourd'hui oublié tout en nous faisant connaître plusieurs personnages ordinaires suivant leur quête propre au milieu de cette véritable épopée.

Je vous le conseille certainement et, en format numérique, c'est très abordable. Vous avez d'ailleurs un petit extrait à consulter sur le page vers laquelle pointe ce lien que j'ai mis plus haut. C'est peut-être même un livre à mettre à un programme de lecture en classe qui touche en plus l'histoire. Enfin, je suis bien curieux de savoir ce que vont en penser les gens qui le liront.

J'avais enfin du temps pour creuser cette époque dont j'avais évidemment abondamment entendu parler. Mais j'avais aussi quelque part, comme un goût de raconter ma propre histoire dans ce contexte historique. Notamment, je me suis pas mal intéressé à l'île de Sable et à ce noble Troïlus de Mescouez, un Breton  qui a pris du galon sous les règnes de Charles IX et Henri III assez étrangement et qui en 1598 a obtenu l'accord de Henri IV d'aller installer une colonie sur l'île de Sable, une île située dans les  Grands Bancs de Terre-Neuve, au large de la Nouvelle-Écosse sous le détroit de Cabot. La route de navigation des terranovas (ces expéditions de pêche et de traite dont j'ai parlé) passait à proximité de cette île réputée dangereuse dans la mesure où de nombreux naufrages y avaient eu lieu. C'est une île que vous connaissez peut-être pour ses populations de chevaux sauvages, c'est aujourd'hui une réserve naturelle protégée.

Pendant 5 ans, là va se maintenir une colonie de 40 à 50 personnes qui va vivoter avec de rares ravitaillements et dont les membres vont finir par s'entretuer dans l'année 1602, faute de ravitaillement. Il n'y aura que 11 survivants ramenés dans l'année 1603 en France. Voilà des histoires complètement oubliées comme la plupart de ces véritables légendes qu'on peut lire sur les expéditions de ces époques en Amérique et aussi ailleurs dans le monde.

Mais bon, ce n'est pas encore en train de s'écrire, car je suis sur un autre projet. Les perspicaces vont le dénicher d'ici mon prochain texte, mais là je dois m'arrêter en faisant la promesse de vous raconter la suite dans quelque temps!

En attendant, je souhaite bon courage aux collègues sur le plancher des classes. La fin de l'année, bien que pleine de promesses, n'en finit plus de finir justement pour cela!

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