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samedi 24 septembre 2011

Dictée ouverte et le TAC

J'ai remis la dictée au menu cette année. J'en fais une au moins toutes les deux semaines. L'an dernier, j'ai vraiment trouvé que mes jeunes manquaient d'outils de révision de leur texte et laissaient encore tellement d'erreurs inutiles dans leur copie. Il ne savaient pas gérer la correction de brouillon. La dictée m'est apparue un bon moyen de mettre en place l'enseignement  d'une technique d'autocorrection.

J'y ajoute une dimension nouvelle que j'ai trouvée dans un document glané dans le «stock» d'un conseiller pédagogique, qui avait été abandonné dans des locaux quand je travaillais aux adultes il y a deux ans en région.

Pour transférer des connaissances et même en acquérir

L'idée est simple: pendant la dictée, on n'a pas le droit de dire comment s'écrit un mot. Mais tous peuvent évoquer une règle de grammaire qui s'applique et même la formuler. Dans le document, cette forme de dictée portait un joli nom, mais faute de mémoire et par paresse de chercher si j'ai gardé le dit document, je la rebaptise: dictée ouverte.

J'avais trouvé l'idée intéressante qu'on en viennent à formuler verbalement des règles de grammaire pour les transférer dans l'écriture. A l'usage, les jeunes n'ont pas commencé à intervenir, je donne l'exemple pour le moment. Je vais peut-être à un moment, question de faire lever la sauce des interactions, attribuer des boni pour les interventions pertinentes.

Je vais même plus loin: déjà en circulant, je repère des fautes que beaucoup font et je peux me lancer dans une capsule d'enseignement pour régler des problèmes.

Et pour travailler des routines d'autocorrection: le TAC.


L'an dernier, une enseignante m'avait mis le document dans les mains. Je l'avais distribué aux élèves et leur avaient expliqué chaque niveau. Il s'agit d'une technique d'autocorrection  (TAC) en 5 points qui auraient fait ses preuves dans un autre milieu d'enseignement. Je l'ai mis en onglet du blogue aussi où il apparait plus gros. Dans le rectangle-ampoule 100 Watts!, on doit comprendre que «sexai», par exemple, sont les lettres finales possibles dans l'accord du verbe avec le «je». C'est plutôt simple. Pas trop lourd, pas exhaustif, ça vise les points payants à enseigner ou à régler. Bref, c'est pas mal.

  A l'usage, les jeunes ne s'en servaient pas vraiment. J'avoue que je n'avais pas été fort! Je me suis promis de mettre un peu plus de muscles cette année à cet enseignement qui m'est apparu une nécessité. Bref, en ce début d'année, on planche là-dessus. J'aime bien cette technique pour la raison commode qu'elle ne demande pas de couleurs comme dans bien des techniques similaires. Mais bon, rien n'empêche de laisser les jeunes faire à leur manière. Évidemment, faire écrire, euh exiger, tout à double interligne à vos jeunes sera un avantage indéniable pour permettre l'expression de cette nouvelle compétence à acquérir.

L'utilisation de la technique que j'enseigne est notée et même permet de faire presque autant de points que la dictée. Les plus vieux se sont bien essayés de ne pas la faire. Mais bon, moi, je suis le principe du train qui suit son chemin sans dévier, je ne m'obstine même pas, et je mets invariablement mes 0/20 en TAC, ce qui, dans le total, abîme pas mal la note des élèves, même parmi mes championnes un peu rebelles. Pour moi, les notes, c'est d'abord un moteur pour ma loco-motive!  N'en déplaise aux idéalistes qui n'aiment pas les courbes normales (de Gauss), les notes ont le don de mobiliser. Je ne vais pas me priver d'un carburant si économique. Après deux stations, les passagers commencent à embarquer! Pour le moment, je ne corrige que les deux premières étapes, j'enseigne doucement la 3e qui est toujours optionnelle. De temps en temps, hors dictée, on se fait le TAC d'une phrase que j'ai délibérément amochée orthographiquement au tableau et dans les cahiers de dictée pour renforcer l'enseignement. C'est de l'enseignement explicite, collaboratif; les meilleures deviennent des alliées, j'ai l'impression que ça peut prendre des proportions cette histoire! On m'a dit que, dans l'école où ça a été lancée par une équipe de profs chevronnés, au bout de deux ans, les jeunes réclamaient leur tableau pour le cours d'histoire et que l'ensemble des élèves avaient significativement amélioré leur orthographe! Me semble qu'il faut que ça se sache!

Bon, les notes sont rattrapables. S'ils finissent par me faire leur TAC dans la correction, je leur donne tous leurs points de TAC. Je ne suis pas maniaque, je laisse passer des erreurs, je laisse les jeunes personnaliser aussi, en autant que le jeune fait le travail avec l'outil.

Évidemment, le TAC est aussi obligatoire dans les rédactions! J'ai  comme l'impression qu'avec tous ces «barbouillages»,  mes maniaques du caractère parfait sans tache, vont se mettre un peu plus aisément à la pratique du propre final!

Enfin, j'observe que les jeunes réalisent d'eux-mêmes qu'il trouve des fautes dans leurs copies et, tranquillement, il développe la connaissance de leurs classes de mot.  Les noms deviennent une réalité pour tous en ce moment! L'adjectif aussi. Ah oui, j'impose aussi les «lunettes» d'accord du nom au singulier, même si sur l'exemple du  TAC, elles ne sont pas faites, je me souviens de ma maladie de mettre des «s» partout quand j'étais jeune.

En fait, je commence à soupçonner que cet outil va devenir un point intégrateur fabuleux pour l'enseignement de la grammaire. 


7 commentaires:

Le professeur masqué a dit…

Le document que tu mets en lien est une méthode de correction pour une production écrite puisqu'en dictée, on n'a pas besoin de vérifier la syntaxe.

Par ailleurs, la plupart des méthodes de correction ont le défaut d'accorder les dernières places au vocabulaire, à la syntaxe et à la ponctuation. Or, il s'agit selon d'une grave erreur.

On doit d'abord éviter les longues phrases interminables. Cette étape est primordiale. Ensuite, on veillera à s'assurer d'éliminer les répétitions et les termes impropres. Suivra la correction des erreurs grossières de syntaxe. Et enfin, on validera la ponctuation.

En effet, si on atteint à la toute fin pour effectuer ces trois dernières opérations, on devra procéder à nouveau à des étapes comme la vérification des modifications qu'on a apportées quant au vocabulaire, à l'orthographe et à la syntaxe, par exemple. De même, la correction de la ponctuation entraine parfois la reformulation de certaines phrases mal construites. On doit alors recorriger l'orthographe et la grammaire de celle-ci.

Le vocabulaire, la syntaxe et la ponctuation (à cause des reformulations qu'elle nécessite parfois) sont donc les trois premières étapes de ma méthode de correction. Par contre, je dois t'avouer que j'enseigne à des élèves généralement forts

Le professeur masqué a dit…

Une dernière chose: lorsque vient le temps de corriger la dictée, j'utilise la technique de la modélisation. J'écris au tableau sous la dictée d'un élève le texte que je leur ai donné et j'effectue devant eux toutes les démarches que je leur demande. J'incarne mes exigences, je les illustre et je leur en montre la pertinence.

Jonathan Livingston a dit…

Que voilà des commentaires très pertinents! Quoique les miens oublient des mots et des virgules en dictée!

Cependant, avant de les lancer en syntaxe, je les prépare, les bases sont à renforcer ou carrément enseigner. En attendant, je leur apprends à voir dans une ligne écrite des éléments sur lesquels agir. Je crois que, pour plusieurs, c’est une première! Bientôt, on s’attaque aux accords du verbe. Dans mes schèmes en tout cas, reconnaître un verbe est souvent un préalable à bien des vérifications syntaxiques. Je n’ai pas cet acquis chez trop d’entre eux. Je dois montrer comment trouver un sujet aussi («De qu’ossé?» Sec.4). En parallèle, je forge du côté des groupes syntaxiques pour aller vers la juxtaposition, la coordination et la subordination, que je mettrai en lien avec nos tâches d’autocorrection.

Parfois, je me demande comment ils font pour ne pas être pire que ça, vu le néant de connaissances qu’ils ont acquis. Bon, ils en ont sûrement fait du français, mais ce qui reste est subliminal! On s’entend, il reste du boulot à faire! Non, on n’a pas la même clientèle! Le français est la langue seconde pour la plupart.

Oui, la modélisation est évidemment la voie royale! Mais bon, les tiens ont probablement la patience de tenir pour un texte assez long puisqu’ils y voient leur intérêt. De mon bord, c’est une autre histoire. J'aime bien passer rapidement à la pratique guidée aussi, le jeune est en mouvement, on le guide. Je me contente de faire des bouts assez courts en modélisation. Avec mes groupes plus petits, je finis par faire le tour de tout avec tous.

Profquifesse a dit…

La grille et ses applications correspondent à peu près à ce que certains profs du collégial utilisent pour se conformer à la nouvelle directive du MELS qui exige que nous enseignions aux étudiants (pitié! je ne peux plus supporter le mot clientèle) à réviser leur texte. Je dis Certains profs (désolé, j'ai perdu les guillemets sur mon clavier) parce que cette directive a été très mal reçue par la plupart qui refusent systématiquement de s'abaisser à ce type d'enseignement, la littérature étant, bien sûr, au-dessus de tout ça.

Addendum : merci de rouvrir la porte de ce blogue.

Le professeur masqué a dit…

Un beau jour, on se votera un restau et on jasera..

Jonathan Livingston a dit…

À Profquifesse: Ouin, c'est assez navrant de constater, quoique peu étonnant dans le contexte où il y a des coups de marteaux qui se perdent, qu'on doive enseigner des techniques d'autocorrection au cégep. Comme il est déroutant que je doive consacrer un temps appréciable aux classes de mot. On dirait que le système instaure des pratiques de rattrapage de défaillance en amont.

Pour le blogue, je suis plus enthousiaste cette année. Dans mon nouveau milieu, l'équipe a bien de l'allure et la dynamique est très bonne et le train semble aller quelque part. Ma conjointe est devenue enseignante: elle a déjà la trempe du superprof qui prend un certain leadership pédagogique. Elle a des tours dans son sac. On projette bien des collaborations interdisciplinaires pour préparer, entre autres, nos jeunes à la folie de l'examen d'histoire qui, cette année, se promet coriace. Bref, mon blogue risque d'être alimenté.

À Professeur masqué, dans le temps des fêtes, j'irai sûrement du côté de Montréal. Je serai j'imagine dans un rayon de 100 km... Partant pour un resto!

Le professeur masqué a dit…

La route ne me fait pas peur.