Tiens, un petit sujet chaud pour changer!
Cet été, je suis en France en touriste pépère. Disposant de facilité d'hébergement et d'un certain confort en pleine côte d'Azur, la famille de ma conjointe y vit, j'ai le loisir de calmement vaquer à mes occupations sans trop stresser pour m'adapter, ce qui tranche avec mon mois de juin où l'on a fait, avec nos sacs aux dos, les pays scandinaves. Tranquillement, après une période des plus oisive, faite de plages et de lecture, je rouvre un peu les yeux sur ce qui m'entoure et depuis peu la télé, ici française.
Intervention française sur la délinquance «ethnique»
Fait étonnant, cet été, le gouvernement français s'active avec diverses propositions assez musclées à l'encontre d'une certaine délinquance «ethnique». Et hier carrément, des ministres se sont mis à dire ce qu'on ne peut dire en France et dans bien des pays occidentaux en fait: «Même si ce n'est pas bien de le dire, comme tout le monde sait, on ne peut pas ne pas faire un certain lien entre la délinquance et l'immigration».
Hier, on intervenait pour expulser les Gens du voyage (Roms ou Tsiganes) occupant un terrain illégalement tout en présentant les résultats d'un sondage sur l'opinion des Français concernant les mesures proposées par Sarcozy et son équipe. On y révélait de forts taux d'appui des Français à certaines mesures mises de l'avant par la présidence récemment: la possibilité de révoquer la citoyenneté française à des délinquants ethniques, une volonté d'intervenir pour enrayer la délinquance dans certains secteurs avec diverses mesures pour le moins étonnante au pays des Droits de l'Homme (rendre les parents de délinquants responsables et passibles de peine d'emprisonnement, imposer même après la peine des bracelets électroniques aux délinquants, démanteler les camps illégaux romanichels, peine plancher de 30 ans pour le meurtre de gendarmes et de policiers, etc.)
Et les mesures, d'après ce sondage récent, recueillent un appui de la population assez impressionnant et ce, autant des gens votant pour la droite que des fidèles de la gauche. Au Parti socialiste, qui était d'abord monté aux barricades, on semble maintenant désarçonné par ce fort vent d'appui.
Observations directes de réalités dont il ne faut pas parler
Pour qui s'est un peu intéressé à la question ces dernières années, il faut dire que ces problèmes couvent depuis longtemps ici. Combien de conversations ai-je pu entendre ces dernières années où des Français expriment leur exaspération devant divers abus constatés du système par une population ethnique issue des vagues d'immigrations récentes? On sent une forte présence étrangère partout en France maintenant. A vue d'oeil, on dirait un bon 30% de la population un peu partout n'est pas de souche, comme on dit par chez nous. On aurait tort de croire qu'on trouve seulement à Paris des «zones de non-droit». Ici même à Saint -Raphaël, les Roms ont débarqué et saccagé un grand parc publique. A leur départ, on a sorti 12 tonnes de déchets de l'endroit. Dans certains quartiers de Fréjus, l'agglomération adjacente, régulièrement de jeunes arabes mettent le feu à des voitures me contait un membre de la famille élargie en visite. Sa propre bagnole y était passé il y a quelques années, lui qui travaille pour une entreprise familiale présente depuis les années 50 dans ce quartier de Fréjus. J'ai pu voir quelques jeunes à l'allure arrogante en ville qui tranchent avec les habitudes ordonnées, discrètes et polis des Français. Passer dans certaines zones deviennent des «provocations», exprimés en ces termes par des délinquants ethniques réclamant le contrôle de certaines zones qu'ils se croient en droit de s'approprier. Dans ces villes de retraités, évidemment le sentiment de sécurité est souvent remis en question par cette délinquance visible et tapageuse. Les gens se barricadent en France auront remarqué les touristes parmi les moins observateurs. Fréjus compte maintenant son quartier de RMistes (équivalent de nos BS) au couleur ethnique certaine et plusieurs s'éloignent de ces zones «chaudes». En 2007, je passais à Marseilles et on me disait de faire gaffe avec les Arabes de certains secteurs. J'ai entendu les récits épiques d'altercations nocturnes avec recours à un langage intimidant pour se faire respecter («tu te barres, l'ami, ou je t'explose la tronche!») d'un ami Québécois installé à Marseilles depuis des années. Un autre ami, un costaud, en visite chez ce dernier, s'est même fait agressé un soir sans avertissement. La réalité derrière ces sondages ne me semble pas de la fiction seulement opportuniste, contrairement à ce qu'on aimerait croire.
Ceci dit, ici la crise frappe de chômage beaucoup de gens et contrairement à ce qu'on fait au Canada, qui ne me semble pas moins frappé, on en parle régulièrement dans les médias. Bref, les gens ont peut-être du temps pour exprimer certaines indignations qui couvent depuis longtemps. Ces périodes sont, on le sait, historiquement propice à la montée des intolérances.
Parallèle avec l'éducation
Cette situation me rappelle cet article paru au début du mois sur des mesures en Grande-Bretagne permettant le recours à la force par les enseignants à l'école. J'ai été frappé par la présence, dans les commentaires de l'article qui en faisait état sur un blogue québécois, d'un ras-le-bol de beaucoup de gens sur les conduites irrespectueuses des jeunes. Même si cette mesure ne joue pas dans l'ethnique, il m'a semblé que l'on y exprimait plus ouvertement que ces dernières années, la nécessité d'une certaine vigueur pour régler les problèmes d'inconduites.
Dans tout ceci, ne voit-on pas un peu l'expression d'un ras-le-bol du laisser-faire et laisser-être d'un manque d'interventions et d'exigences dans le domaine du respect des règles de vie en société? Il semble que l'on remette en question la recette usée de l'approche rationnelle qui consiste à tolérer et d'inviter les gens à une meilleure conduite en leur tenant un discours explicatif, en les mettant en réflexion. On commence à remettre au goût du jour des expressions comme la punition, l'autorité. J'ai vu le mot «détention» pour «retenu» sur un autre blogue. Il faut dire que je ne suis pas étonné: j'ai été témoin de classes à quelques occasions à titre de suppléant à l'allure de «zone de non droit».
Suffit les gants blancs et les pincettes?
En revenant, dans l'ethnique, j'ai été étonné de sentir une certaine interprétation ou supposition de manipulation pour prendre le contrôle de certaines zones à Montréal par des postures «victimisantes» exagérées dans les propos d'un blogueur très fréquenté. Et ce, sans trop susciter de vagues. Vous ne trouvez pas que l'expression (l'air) du temps change un peu?
Et je me demande si finalement ces débats souvent houleux qu'on observe dans les fils de discussions sur Internet ne donnait pas finalement plus de présence réelle à certaines préoccupations des gens qui ne sont pas toujours «policaly correct», ces sujets qu'on aborde avec des pincettes depuis tant d'années.
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samedi 7 août 2010
mercredi 7 avril 2010
Cours d'autorité pour enseignants en France
On dirait que les enseignants européens en reviennent de l'approche éducative de l'autorité comme celle sur laquelle je suis tombé (un peu rose bonbon) en faisant cette recherche de vidéo d'un reportage que j'ai vu hier sur France 2 à TV5.
Ici, je ne sais trop où l'on en est avec la discipline, j'ai comme l'impression qu'on fait le plus souvent comme s'il n'y avait pas de problèmes... Et pourtant!
Une enseignante du reportage disait qu'il n'y a pas si longtemps on ne pouvait pas parler de difficultés de gestion de classe, car évidemment la gestion, on l'a ou on ne l'a pas, se faisait-on répondre. Il semble que devant l'incapacité d'aider, on peut ainsi nier le problème en lui enlevant toute légitimité. J'ai vu cette attitude-là par ici aussi et celle défaitiste du genre: «tsé quand les parents laissent tout faire à la maison... » Comme si c'était né hier ce genre de style parental!
La vérité est bien sûr dans le fait que la gestion de classe et l'exercice de l'autorité s'apprend et peut se transmettre puisqu'on prépare des cours et de la supervision pour ce genre de difficultés. Enfin, quand l'école offre une structure d'encadrement et du support, notre métier devient nettement plus intéressant au secondaire en tout cas.
Des trucs, on s'en développe sur le tas aussi! Par exemple, je n'entrais plus dans une classe inconnue ou encore partiellement connue sans un plan de classe ou en faire un (grossier, les prénoms suffisent) in situ pendant la prise des présences. Évidemment, avec un groupe d'élèves doués souvent plus naturellement disciplinés, on peut s'en passer. Au régulier, c'est comme une télécommande pour le reste de la période. Rien de mieux que d'apostropher Ti-jo par son vrai prénom pour le ramener à la raison... Évidemment, ça peut prendre une coupe d'autres ingrédients... Mais bon, ça calme un peu le climat de Party qu'on veut partir avec le suppléant. Bon, tu apprends ça à la dure, quand sans plan de classe tu essaies de hurler à Chose Bine de se la fermer et qu'il fait comme si t'avais rien dit ou que tu n'existes pas, bien sûr pour épater la galerie! Je veux bien voir le comportement déviant comme l'expression d'un besoin, mais bon le besoin de faire le «smat» peut aussi ne pas se faire à mes dépens! Bref, le plan pendant la prise des présences est une habitude que je suggère au suppléant débarquant sur la nouvelle planète!
Enfin, on peut très bien fonctionner dans différents contextes avec peu de moyens et apprendre sur la tas ou de collègues attentifs et généreux les trucs du métier, n'empêche qu'on peut se retrouver un jour dépassé par des dynamiques de groupes et avoir donc besoin d'un peu d'aide. Pourquoi n'avons-nous pas de conseillers en gestion de classe compétents dans nos écoles? Pas un patron, ce qui peut créer des conflits d'intérêts, non une aide professionnelle... (des profs à la retraite partis trop vite sans avoir le temps de transmettre les trucs du métier par exemple).
Quand on pense que nous avons souvent sous notre responsabilité 30 jeunes, je trouve assez téméraire de se lancer dans des aventures sans une certaine autorité établie qui ne peut exister sans une certaine relation et un cadre de relations bien mené, bien compris par les jeunes. Malheureusement, souvent il faut se planter quelques fois avant de se résoudre à une méthode préventive et active!
Ici, je ne sais trop où l'on en est avec la discipline, j'ai comme l'impression qu'on fait le plus souvent comme s'il n'y avait pas de problèmes... Et pourtant!
Une enseignante du reportage disait qu'il n'y a pas si longtemps on ne pouvait pas parler de difficultés de gestion de classe, car évidemment la gestion, on l'a ou on ne l'a pas, se faisait-on répondre. Il semble que devant l'incapacité d'aider, on peut ainsi nier le problème en lui enlevant toute légitimité. J'ai vu cette attitude-là par ici aussi et celle défaitiste du genre: «tsé quand les parents laissent tout faire à la maison... » Comme si c'était né hier ce genre de style parental!
La vérité est bien sûr dans le fait que la gestion de classe et l'exercice de l'autorité s'apprend et peut se transmettre puisqu'on prépare des cours et de la supervision pour ce genre de difficultés. Enfin, quand l'école offre une structure d'encadrement et du support, notre métier devient nettement plus intéressant au secondaire en tout cas.
Des trucs, on s'en développe sur le tas aussi! Par exemple, je n'entrais plus dans une classe inconnue ou encore partiellement connue sans un plan de classe ou en faire un (grossier, les prénoms suffisent) in situ pendant la prise des présences. Évidemment, avec un groupe d'élèves doués souvent plus naturellement disciplinés, on peut s'en passer. Au régulier, c'est comme une télécommande pour le reste de la période. Rien de mieux que d'apostropher Ti-jo par son vrai prénom pour le ramener à la raison... Évidemment, ça peut prendre une coupe d'autres ingrédients... Mais bon, ça calme un peu le climat de Party qu'on veut partir avec le suppléant. Bon, tu apprends ça à la dure, quand sans plan de classe tu essaies de hurler à Chose Bine de se la fermer et qu'il fait comme si t'avais rien dit ou que tu n'existes pas, bien sûr pour épater la galerie! Je veux bien voir le comportement déviant comme l'expression d'un besoin, mais bon le besoin de faire le «smat» peut aussi ne pas se faire à mes dépens! Bref, le plan pendant la prise des présences est une habitude que je suggère au suppléant débarquant sur la nouvelle planète!
Enfin, on peut très bien fonctionner dans différents contextes avec peu de moyens et apprendre sur la tas ou de collègues attentifs et généreux les trucs du métier, n'empêche qu'on peut se retrouver un jour dépassé par des dynamiques de groupes et avoir donc besoin d'un peu d'aide. Pourquoi n'avons-nous pas de conseillers en gestion de classe compétents dans nos écoles? Pas un patron, ce qui peut créer des conflits d'intérêts, non une aide professionnelle... (des profs à la retraite partis trop vite sans avoir le temps de transmettre les trucs du métier par exemple).
Quand on pense que nous avons souvent sous notre responsabilité 30 jeunes, je trouve assez téméraire de se lancer dans des aventures sans une certaine autorité établie qui ne peut exister sans une certaine relation et un cadre de relations bien mené, bien compris par les jeunes. Malheureusement, souvent il faut se planter quelques fois avant de se résoudre à une méthode préventive et active!
lundi 5 avril 2010
Gestion de classe et autorité: 2 lectures
Je crois que la question de l'autorité en classe ou de la discipline est une préoccupation dans la profession. Café pédagogique propose deux ouvrages et des entrevues avec leurs auteurs. Les deux semblent d'accord pour parler de la nécessité d'exercer encore de nos jours l'autorité pour installer dans la classe un cadre sécurisant permettant l'apprentissage. Bref, avoir des règles claires, se déterminer à sanctionner, travailler aussi au niveau de la relation affective, mais aussi faire un travail sur soi comme professionnel semble toujours un B-a-Ba nécessaire même en ces temps où personne ne semble savoir clairement ce que l'école devrait enseigner.
Extraits:
« Les difficultés actuelles viennent nous rappeler l’importance de l’autorité dans l’éducation des enfants et la nécessité d’un cadre structuré pour permettre aux enseignants d’accomplir leur travail. Depuis les années 70, l’idée d’autorité est essentiellement chargée de connotations négatives. Elle évoque pour beaucoup de personnes l’abus de pouvoir, la contrainte, l’obligation, l’interdit. Il est évident que l’autoritarisme à l’ancienne a été et est toujours destructeur pour la personnalité, mais le manque d’autorité a de graves conséquences lui aussi. Nous en avons maintenant la preuve. L’atteinte des objectifs scolaires et éducatifs n’est possible que s’il règne un climat de travail positif et sécurisant dans les classes. C’est la tâche des enseignants, soutenus par leur direction, de le garantir en assumant d’exercer une relation d’autorité. Il ne s’agit pas de revenir à un autoritarisme dépassé, mais d’apprendre à poser, avec bienveillance et détermination, une nouvelle forme de relation d’autorité qui repose sur l’harmonieux équilibre de plusieurs composantes.» (Jean-Claude Richoz : La sanction est une nécessité éducative)
Bonnes lectures!
http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/laclasse/Pages/2010/111_Autorite.aspx#a2
Extraits:
«Il y aussi l'aspect politique. Dans une société démocratique l'autorité scolaire peut-elle être autre chose que démocratique ?
Oui et non. Et d'abord, non. La relation prof-élève est asymétrique. L'adulte n'est pas l'enfant. Le prof n'est pas l'élève. Mais pour que l'autorité puisse fonctionner, il faut en même temps faire vivre une dimension symétrique dans la relation. De fait, la façon d'exercer l'autorité est sujette à questionnements, à conflits, à échanges de paroles. Pour le professeur, il s’agit d’entendre a minima ce que disent les élèves, de s’accorder sur certains arrangements et modes de fonctionnement, mais sans perdre de vue que certains éléments sont non négociables. C'est ce que je montre en rappelant dans une fiche en fin de livre, les trois lois fondatrices de toute vie sociale que l'enseignant doit poser. L'autorité repose sur cette tension entre l'asymétrie et la symétrie entre prof et élève. » (La crise de l'autorité, c'est la crise de l'autorité autoritariste – Bruno Robbes)
Bonnes lectures!
http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/laclasse/Pages/2010/111_Autorite.aspx#a2
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