Croyez-le ou non, nous n'avons pas eu de cloches pendant un an dans mon école. Avec un peu de concertation, beaucoup de patience, nous sommes arrivés à fonctionner, dans un coin où étrangement le temps rappelle les Montres molles de Dali. Ici, pour une raison que j'ignore, qui a surement à voir avec le fait qu'on est alimenté par une mini-centrale électrique locale, le temps de nos réveils oscille bizarrement. Mon réveil a en ce moment 20 minutes d'avance, mais à d'autres moments, il peut prendre du retard. Nous avons tous des réveils défectueux par ici qui fonctionnaient pourtant normalement en bas. Je ne sais pas si le cycle électrique est branché sur le débit de la rivière, en tout cas, nos réveils nous confirment que nous vivons dans l'«Indian time» comme on dit souvent dans les communautés!
Je ne sais pas aussi si c'est ma tentative de janvier de rétablir une cloche dans l'école, mais depuis 2 semaines, ça sonne.... avec 5 puis 6-7 minutes de retard dans l'école! En janvier, l'idée m'était venue de voir en profondeur ce qui se passait avec cette fichue cloche. Je suis venu à bout de comprendre qu'on ne pouvait plus entrer dans le logiciel (corrompu à cause d'un crackage puisqu'on avait perdu le mot de passe pour y accéder) qui gère le système de communication dans l'école (communément appelé «électrovox» dans le milieu). Enfin, un conflit légendaire entre la compagnie qui a fait l'installation et notre organisation aurait fait qu'il était impossible d'avoir une solution au problème... Devant cette impasse, j'ai pris un vieux portable, j'ai téléchargé un logiciel gratuit de sonneries, j'ai programmé les cloches, j'ai ajouté une cloche trente secondes avant chacune de nos cloches pour avertir la secrétaire de venir activer manuellement l'électrovox comme si elle faisait un message vocal et de mettre le combiné devant le petit ordinateur portable au moment où il jouait la cloche. J'avais mis une musique du film Indiana Jones qui a marqué pendant une semaine les esprits!
Bon, ce mécanisme comportait un facteur humain et disons qu'il a tenu environ une semaine, puis le facteur humain a décidé que ça ne le concernait plus et tranquillement mon système de cloche s'est mis à agoniser et nous, nous sommes remis à tenir nos horloges à l'heure et à tenir fermement nos élèves en classe jusqu'à la fin de nos cours.
Ce passage a certainement laissé des traces, car il y a deux semaines, un beau matin après plus d'un an, la cloche de l'école, la vraie, s'est remise à sonner... avec 5 bonnes minutes de retard. Il semble qu'un technicien spécialisé soit passé arranger le système finalement.
Pendant une semaine, nous avons continué nos habitudes et la cloche en retard de 5 minutes étaient devenue une sorte de deuxième cloche pour marquer une limite aux retards des élèves. Notre technicien était malade ou je ne sais, tout le monde était persuadé que ce décalage serait corrigé. La bonne nouvelle était que nous avions une cloche. Patience!
Et ben non! Le temps ici n'est pas si simple. Quand je suis allé voir le fameux personnage de la technique revenu vaquer à ses occupations dans notre école, il m'a dit que l'horloge de la cloche avait été réglée sur l'heure de Radio-Canada. J'ai eu beau argumenter que tout le monde était 5 minutes en avance sur son heure de Radio-Canada, rien à faire. Devant la fermeture complète de la discussion pour ne pas parler du personnage, je suis allé trouvé la «direct» par intérim parce que notre «direct» est longuement absent en ce moment. Je lui ai exposé le burlesque de la situation. Elle était au courant de l'impasse temporelle. Notre personnage de la technique est légendaire aussi ici, pas juste l'heure!
Déterminée, elle semble avoir tenté de faire la démonstration du temps à notre technicien, car quelques heures plus tard, elle est passée dans les classes nous dire que, dès l'après-midi qui allait suivre, nous commencerions à suivre les cloches de l'école. Elle m'a affirmé qu'elle avait vérifié avec Technos, notre dieu des machines, et l'heure de Radio-Canada était bien 5 minutes en retard! Et nous, tous, au village, n'avions pas la bonne heure. Je me suis mis à réfléchir et, peu à peu, à comprendre pourquoi nos jeunes étaient en retard systématiquement le matin!
Mais j'ai eu un reflux de bon sens et lui ai dit que je ne comprenais pas comment son ordi pouvait afficher des pages de radio-canada 5 minutes en retard car, dans ma classe, elle s'affiche bien à l'heure de mon ordi et de l'horloge que je tiens à une certaine heure dans ma classe. Et nous sommes allés ensemble de mon portable sur le site de Radio-Canada qui affiche l'heure au moment où on télécharge sa page. L'heure de Radio-Can dans ma classe concordait avec mon heure 5 minutes en avance sur la cloche de l'école.
Comme dans un problème de mathématiques, avec une question du genre: qui a la bonne heure dans ce débat, je me suis mis à lui expliquer: « Si à 10h15, mon heure, j'entre le site de Radio-Can à 10h15 et que toi, au même moment dans ton bureau, tu entres sur le même site et voit 10h10, l'heure de Technos, tu dois avoir, pour une raison inexplicable, un délai de retard sur la page affichée. Car mon heure est nécessairement celle qui est valide, puisque l'horloge ne recule pas à Radio-Can. On s'est demandé si le fait que je sois sur le réseau wifi et elle, directement connectée sur le serveur de l'école pouvait expliquer ce décalage étrange du temps. Ou bien, par un concours de circonstance incroyable, au moment où elle et Technos consultaient le site de Radio-Can, le temps s'était arrêté 5 minutes à Montréal ou il y avait eu une quasi-panne de serveur qui avait affiché la même page pendant quelques minutes! Heureusement, mes élèves étaient au travail parce qu'on a mis quelques minutes à se convaincre de ce raisonnement!
Toujours est-il que les discussions étant difficiles avec Technos, on a décidé tout de même de suivre la nouvelle heure dans l'après-midi au retour du diner ce jour-là.
Bref, en après-midi nous vivions un moment attendu avec une attention toute particulière, presque solennelle. Nous avons réglé la cloche de la grande salle d'accueil 5 minutes plus tôt. Tout le monde était aux aguets pour noter la nouvelle heure et régler son horloge en classe sur la nouvelle heure. A 13h15, nous devions mettre nos horloges à 13h10 au son du timbre!
Aussi incroyable que cela puisse paraitre cette cloche tant attendue m'a pas sonné! Technos devait être dans le coup et, si c'est le cas, la rumeur qui veut qu'il ne veut pas changer l'heure parce qu'il ne sait pas comment me parait improbable. Mais connaissant le tempérament de grand seigneur du personnage, il est plus plausible qu'il s'agissait pour le dieu de marquer à tous sa toute-puissance. Toujours est-il que nous avons mis nos horloges à l'heure de la cloche à la pause suivante où la cloche a repris sa cadence normale.
Plusieurs ont noté que Radio-Canada avait encore pris presque 2 minutes de retards sur l'ancien délai de 5 minutes, mais bon, au secondaire, voyant les avantages de suivre une cloche, même avec 7 minutes de retard sur l'heure de convention, nous nous sommes tous solidairement adaptés à cette situation rocambolesque. Certains ont fait remarqué qu'il y aurait certainement une diminution des retards en classe le matin et le midi.
Et toute la semaine, nous nous sommes habitués à arriver le matin à l'école beaucoup plus en avance. Avec ce 7 minutes de décalage entre nos horloges de maison, et celles de l'école, nous avions tout d'un coup un bonus inattendu, nous avions du temps. Tous les matins, je remerciais intérieurement Technos qui devaient avoir un lien de parenté avec Chronos, de faire descendre mon stress et de me laisser du temps pour jaser avec les collègues en déchaussant nos bottes, détendus!
Bref, je recommande aux gens pressés de reculer leur montre de quelques minutes, c'est thérapeutique.
Mais bon, oui encore un mais, hier je surveillais les jeunes, c'était ma journée de surveillance, et, pour une fois, j'étais sur les talons des jeunes au départ pour aller diner quand j'ai remarqué que l'autobus étaient là qui attendait, ce qui est inhabituel, car elle ramasse d'abord les élèves du côté primaire et tarde toujours un peu. Connaissant notre chauffeur, toujours prompt à repartir aussi vite qu'il arrive, je me suis lancé à sa rencontre lui dire de patienter un peu, nous venions de sortir des classes. On a parlé donc un peu cloche et délai du temps et que probablement le côté primaire ne nous avait pas suivi et que donc il fallait attendre un peu nos jeunes qui suivaient cette cloche en retard. Je me suis rendu compte à ce moment que les temps nouveaux n’accommodaient pas tout le monde. D'ailleurs, l'ami conducteur chialait à propos de cette aberration.
J'ai appris aussi par la suite que nos jeunes profs à tempérament du primaire (pour ne pas dire les choses autrement) avait refusé de suivre la nouvelle heure. C'était inadmissible de nous faire travailler 5 minutes de plus!
Ces derniers temps, je remarque un fossé générationnel qui se creuse entre les nouveaux profs et les plus vieux, dont moi qui finis par faire tranquillement partie des vieux. Nous, les vieux, avons comme un certain sens des responsabilités que les plus jeunes ne semblent pas comprendre de la même manière. Au secondaire, nous étions plusieurs consternés d'apprendre cette défection du primaire. Enfin, je suis tellement concentré à créer, repiquer des examens et à préparer mes élèves aux évaluations qui viennent que je n'ai pas remarqué la discorde du temps qui se jouait dans l'école cette semaine à d'autres niveaux. Puisque nous avons des enseignants, dit spécialistes qui œuvrent des deux côtés (primaire et secondaire) qui ne sont plus synchronisés, les heurts entre enseignants se sont multipliés. On a même une enseignante, excédée par les interventions intérimaires, qui a déclaré se mettre en maladie jusqu'au retour de la vraie direction... Du côté des vieux, on est vraiment estomaqués par ces enfantillages, mais bon au primaire, c'est toujours la discorde, semble-t-il, même après le départ des 2 «chialeux» du début de l'année, d'autres semblent prendre la relève...
Avec la critique adressée au primaire de n'avoir pas majoritairement fait classe vraiment ce vendredi il y a une semaine, mais des activités récompenses, dans une semaine où nous avions eu une journée et deux avant-midis de fermeture d'école en raison du temps, avec un conflit homérique autour d'un partage de cuisine entre les deux ordres, primaire et secondaire, qui a tourné au vinaigre, avec aussi ce sentiment vécu apparemment par certains de façon intense qu'on avait bafoué leurs droits inaliénables en leur enlevant lundi dernier une journée pédagogique pour reprendre du temps de classe avec les jeunes, la question du temps et des cloches a semblé mener nos jeunes enseignantes à certaines extrémités de leurs nerfs.
Bref, lundi Zeus revient, il faudra peut-être qu'ils nous aident tous à remettre nos pendules à l'heure!
samedi 16 février 2013
mercredi 6 février 2013
Chronique d'un hiver enneigé et mouvementé...
L'an dernier, janvier sur la fin avait pris des airs de drame dans ma contrée nordique. Mon double s'était fait accuser de mettre la main aux fesses d'une jeune fille. Des mois de tracas auxquels j'ai survécu assez sereinement au final.
Cette année encore, nos jeunes parmi les plus jeunes étaient turbulents! On doit les rassoir pour tenter de leur faire faire de l'école. Et ce n'est pas sans heurt, mais bon cette année, on fait déjà partie des meubles dans un endroit où le roulement de personnel est banal et c'est plus facile.
Avec le temps, j'ai pris de l'expérience aussi, je règle les incidents moins à coup de rapports qui ne mènent nulle part, et plus à coup d'humour sportif qui s'approche du burlesque ou du «slapstick»(pour les fins connaisseurs du cinéma muet! Essentiellement une technique du reflet hyperbolique du comportement et celle qui consiste à exagérer la réception d'une attaque: un hurlement qui me renverse littéralement par exemple, dont l'effet de surprise dédramatise bien des tensions) et en jouant sur nos petites ficelles minces de dissuasion (les suspensions du jeu à forte dépendance de nos pauses et du parasco, le très populaire tennis de table. Faut dire que la relation avec les jeunes cette année est bien meilleure. Bon, je vais peut-être mettre en place un petit système de renforcement positif aussi, ma conjointe obtient bien du succès avec le sien.
Bref, un secondaire 1en folie en janvier, de la routine. Ça commence à se tasser.
Ce qui en était moins: la sommation verbale de mettre nos chiens à la porte des appartements des profs dans la première semaine du retour des fêtes, le licenciement d'un prof, qui avait creusé sa tombe lui-même, il faut le dire, et que toute l'équipe avait tenté d'aider en essayant de remblayer son trou de temps en temps par de patients conseils. Mais il avait la tête dure!
Puis la démission d'une autre, une semaine plus tard. C'était dans l'air.
Puis, on a eu l'affichage des salaires de profs au village, ces couteux personnages venus d'ailleurs. Des rumeurs diverses: on manquerait de conscience professionnelle de penser quitter nos postes pour de simples chiens. Les gens d'ici ont un rapport différent avec les canins qui n'entrent pas souvent dans les maisons. Un chien dehors au bout d'une laisse à -50, c'est normal par ici, mais ils n'ont pas un vieux Beagle, comme celui de notre voisine évidemment. Enfin, l'autre rumeur disait que ce pourrait être un prétexte pour nous faire décoller, car les coffres sont un peu vides en ce moment et qu'on coute trop cher. Faut dire qu'il y a zéro garanti d'emploi par ici... On est sur un qui-vive vivifiant comme le froid hivernal!
Bref, bien des distractions et sujets de conversation pour meubler l'ennui de l'hiver dans un petit village où les distractions par grands froids sont rares!
On a pensé aller voir ailleurs si on y était, moi et la douce, mais bon, l'équipe ici est assez unie, c'est assez rare et le lien avec les jeunes en développement certain.On a fini par régler pour les chiens. Le marché des enseignants n'offrent pas vraiment de candidats. Ça doit faire réfléchir si la rumeur avait quelque fondement. On est d'une race spéciale, ceux qui, comme moi, vont vivre dans des villes que l'on avait connues dans notre cours de géographie du Canada en secondaire 3 de naguère. En fait, chose qui me renverse toujours un peu, quand je parle du village où je déploie mes ailes, pas grand monde se souvient du fer à 1 cent la tonne d'un autre temps!
Et puis, j'ai maintenant des skis de fond. Ici, c'est le nirvana pour ce genre de sport!
J'ai une liseuse depuis les fêtes qui me fait avaler à grandes cuillères des sagas. J'ai découvert Robin Hobb dont les narrations au passé simple à la première personne me séduisent. Quelques longueurs à l'occasion, mais de grands moments inspirés. C'est évidemment une traduction. Des histoires de jeunes qui reçoivent des enseignements de magie dans des univers inventés plein d'intrigues politiques. De la trempe des Herbert, Tolkien et bien d'autres.
A part cela, j'ai aussi mes Tics portables qui m'occupent bien. Mes petits cours sur vidéos qui utilisent le logiciel de mon TBI revitalisent un peu mes contenus et concentrent l'attention de mes jeunes sur le message mieux qu'une présentation en chair et en os. En multiniveau de deuxième cycle, ce développement prend beaucoup de sens.
Et je suis redevenu étudiant (heille, une carte étudiante!) hier pour me rendre plus efficace en m'appuyant sur des données «probantes» de la recherche en éducation. Enfin, une formation plus soutenue dans ce filon qu'on boude à la formation des maîtres de nos chères universités et au MELS.
Tiens, vous saviez que l'impact d'une formation d'un jour est à peu près nulle selon les études qui se sont intéressés à cette question. On en avait tous le sentiment, mais la science nous le confirme depuis un moment. Ça ne ralentit pas le MELS de produire des catalogues de formateurs de tout poil! Vous avez l'impression qu'on vous fait perdre votre temps. Et bien, votre impression a maintenant un fondement!
Enfin, l'hiver nous grignote encore ce matin une matinée, hier toute la journée, bref, une semaine torpillée! L'hiver tranquillement me fout en l'air ma planif, y a pire!
Vous vous ennuyez? Moi pas!
Cette année encore, nos jeunes parmi les plus jeunes étaient turbulents! On doit les rassoir pour tenter de leur faire faire de l'école. Et ce n'est pas sans heurt, mais bon cette année, on fait déjà partie des meubles dans un endroit où le roulement de personnel est banal et c'est plus facile.
Avec le temps, j'ai pris de l'expérience aussi, je règle les incidents moins à coup de rapports qui ne mènent nulle part, et plus à coup d'humour sportif qui s'approche du burlesque ou du «slapstick»(pour les fins connaisseurs du cinéma muet! Essentiellement une technique du reflet hyperbolique du comportement et celle qui consiste à exagérer la réception d'une attaque: un hurlement qui me renverse littéralement par exemple, dont l'effet de surprise dédramatise bien des tensions) et en jouant sur nos petites ficelles minces de dissuasion (les suspensions du jeu à forte dépendance de nos pauses et du parasco, le très populaire tennis de table. Faut dire que la relation avec les jeunes cette année est bien meilleure. Bon, je vais peut-être mettre en place un petit système de renforcement positif aussi, ma conjointe obtient bien du succès avec le sien.
Bref, un secondaire 1en folie en janvier, de la routine. Ça commence à se tasser.
Ce qui en était moins: la sommation verbale de mettre nos chiens à la porte des appartements des profs dans la première semaine du retour des fêtes, le licenciement d'un prof, qui avait creusé sa tombe lui-même, il faut le dire, et que toute l'équipe avait tenté d'aider en essayant de remblayer son trou de temps en temps par de patients conseils. Mais il avait la tête dure!
Puis la démission d'une autre, une semaine plus tard. C'était dans l'air.
Puis, on a eu l'affichage des salaires de profs au village, ces couteux personnages venus d'ailleurs. Des rumeurs diverses: on manquerait de conscience professionnelle de penser quitter nos postes pour de simples chiens. Les gens d'ici ont un rapport différent avec les canins qui n'entrent pas souvent dans les maisons. Un chien dehors au bout d'une laisse à -50, c'est normal par ici, mais ils n'ont pas un vieux Beagle, comme celui de notre voisine évidemment. Enfin, l'autre rumeur disait que ce pourrait être un prétexte pour nous faire décoller, car les coffres sont un peu vides en ce moment et qu'on coute trop cher. Faut dire qu'il y a zéro garanti d'emploi par ici... On est sur un qui-vive vivifiant comme le froid hivernal!
Bref, bien des distractions et sujets de conversation pour meubler l'ennui de l'hiver dans un petit village où les distractions par grands froids sont rares!
On a pensé aller voir ailleurs si on y était, moi et la douce, mais bon, l'équipe ici est assez unie, c'est assez rare et le lien avec les jeunes en développement certain.On a fini par régler pour les chiens. Le marché des enseignants n'offrent pas vraiment de candidats. Ça doit faire réfléchir si la rumeur avait quelque fondement. On est d'une race spéciale, ceux qui, comme moi, vont vivre dans des villes que l'on avait connues dans notre cours de géographie du Canada en secondaire 3 de naguère. En fait, chose qui me renverse toujours un peu, quand je parle du village où je déploie mes ailes, pas grand monde se souvient du fer à 1 cent la tonne d'un autre temps!
Et puis, j'ai maintenant des skis de fond. Ici, c'est le nirvana pour ce genre de sport!
J'ai une liseuse depuis les fêtes qui me fait avaler à grandes cuillères des sagas. J'ai découvert Robin Hobb dont les narrations au passé simple à la première personne me séduisent. Quelques longueurs à l'occasion, mais de grands moments inspirés. C'est évidemment une traduction. Des histoires de jeunes qui reçoivent des enseignements de magie dans des univers inventés plein d'intrigues politiques. De la trempe des Herbert, Tolkien et bien d'autres.
A part cela, j'ai aussi mes Tics portables qui m'occupent bien. Mes petits cours sur vidéos qui utilisent le logiciel de mon TBI revitalisent un peu mes contenus et concentrent l'attention de mes jeunes sur le message mieux qu'une présentation en chair et en os. En multiniveau de deuxième cycle, ce développement prend beaucoup de sens.
Et je suis redevenu étudiant (heille, une carte étudiante!) hier pour me rendre plus efficace en m'appuyant sur des données «probantes» de la recherche en éducation. Enfin, une formation plus soutenue dans ce filon qu'on boude à la formation des maîtres de nos chères universités et au MELS.
Tiens, vous saviez que l'impact d'une formation d'un jour est à peu près nulle selon les études qui se sont intéressés à cette question. On en avait tous le sentiment, mais la science nous le confirme depuis un moment. Ça ne ralentit pas le MELS de produire des catalogues de formateurs de tout poil! Vous avez l'impression qu'on vous fait perdre votre temps. Et bien, votre impression a maintenant un fondement!
Enfin, l'hiver nous grignote encore ce matin une matinée, hier toute la journée, bref, une semaine torpillée! L'hiver tranquillement me fout en l'air ma planif, y a pire!
Vous vous ennuyez? Moi pas!
mardi 5 février 2013
Privatisation! OU Pour ces mots qui disent!
Moi aussi?
Ben non!
Je n'ai pas de menaces immédiates et, franchement, je m'en balance. Indépendant! Enfin, presque. Comme une indétermination. Comme le Québec finalement. Branleux! Je pendrais une sabbatique après 4-5 ans de constance, je ne comprends pas comment on peut être prof sans interruption! C'est tellement...! Pour respirer seul un moment donné...
Non, je voulais parler d'Un autre prof qui se privatise, on aimerait savoir, je saurai peut-être puisque que je me suis mis à nu pour continuer de la lire. Non, que je sois un fan inconsidéré, mais bon elle fait partie d'une certaine famille en ces temps de virtualisation. Ne pas me dévoiler aurait été comme de perdre ce pot virtuel qui s'ignore, Prof solitaire, ce «lucky» pot! Original, entouré de matantes du primaire., plein de BD dans la tête... Voilà 5 ans que je suis ces gens, mes collègues anonymes qui s'expriment. Avec inconstance, j'avoue. Mais tout de même, ils font partie de ma vie, de ces vies nouvelles que le Net nous a tricotées.
Et oui, j'existe avec un nom sans rapport avec mon pseudo, je ne m'appelle pas Jonathan. Jonathan pour des raisons littéraires, même pas bonnes! C'est le Messie que j'ai aimé chez Bach qui a débordé... Et je ne suis pas, bizarrement, prof de français pour la forme, mais pour le fond... Ces mots qui disent... C'est bien de vous lire, comme de vous entendre, dans ces mots qui disent...
vendredi 18 janvier 2013
Développer des Tics!
Je ne sais pas pour les autres. Mais bon, je fais mon chemin avec les TICS et, première constatation, après avoir reçu mes 15 portables pour mes classes, je ne suis pas un technicien d'informatique! L'air de rien, gérer son parc d'ordinateurs portables n'est pas si simple.
D'accord, je n'ai pas la haute vitesse dans ma région éloignée, mais juste pour démarrer mes ordis, faire les installations de logiciels, les mises à jour, les configurer un minimum pour éviter des surprises avec mes charmants et créatifs élèves, j'en ai mis des heures et je continuerai d'en mettre juste pour entretenir le parc en ordre. Je parle d'un 60 heures en surplus de tâches depuis que je les ai. Ils sont arrivés au début de décembre.
Je n'ai pas grand notions en gestion de réseau non plus, donc je bricole et m'enlise des fois. Comme la fois où après avoir créé un petit réseau ad hoc et après avoir trouvé le moyen de créer un réseau résidentiel après certainement une quinzaine d'heures de recherche, mes jeunes, à qui j'essayais de montrer la procédure pour avoir accès à mon dossier public sur un ordi faisant office de serveur wifi, s'amusaient à déplacer des dossiers. Enfin, j'ai dû me rendre à l'évidence, avec une classe qui veut s'amuser, c'est difficile de gérer ce genre de réseau, autant revenir à la clé USB ou utiliser des clés identifiées qu'on distribue à chaque cours comme on le ferait avec des cahiers d'exercices. Il y a certainement une façon de gérer un réseau de manière à empêcher ce genre de clowneries, mais j'ignore humblement comment.
J'ai essayé une session par élève. L'ennui, c'est qu'au moindre changement de logiciel, il faut faire des manipulations dans chacune des sessions élèves. Et puis, récupérer les travaux dans 15 portables avec 25 sessions d'élèves, ce n'est pas très pratique. Je jongle encore pour voir comment rendre la collection des travaux un tantinet plus souple. Bon, je n'ai que 25 élèves en tout, mais c'est fabuleusement long tout de même. J'ose à peine penser à ceux qui sautent à pieds joints dans la technologie avec leur centaine d'élèves avec des groupes à 30. Bref, je n'ai pas la science infuse et je tâtonne.
Et puis, je serai étonné qu'on donne à un prof de français le temps d'un technicien pour l'assister. Ici, je compte sur mes moyens.
Dans un monde idéal, j'ai pas mal d'idées pour mes jeunes. Évidemment, j'ai fait recopier des dictées sur Word ou des productions écrites pour en faire corriger l'orthographe à l'aide de correcteurs et je viens d'installer Antidote 8, qui me semble fabuleusement puissant au premier examen. Mais franchement, je ne sais pas trop encore comment mesurer le bénéfice à long terme de ce genre d'activités. Mon penchant à voir dans la facilité un obstacle aux apprentissages réels m'obscurcit peut-être les espoirs, mais bon je jugerai de visu bientôt. En jouant avec le logiciel Antidote, je trouve qu'il a le don d'interpeler le jeune par des propositions simples, je dois lui concéder ce potentiel.
J'ai aussi pensé mettre la machine à contribution en lecture. J'enregistre, par exemple, des démonstrations d'utilisation de stratégies sur vidéo pour mon groupe multiniveau de sec. 3-4-5 avec le logiciel ActivInspire pour le tableau interactif: on entend ma voix et on voit la flèche diriger les élèves comme si je donnais un cours. J'ai pensé aussi préparer pour des exercices où j'anticipe des difficultés une sorte d'accompagnement question par question avec ces petites vidéos comme je le ferais au tableau interactif. Je compte distribuer les feuilles et laisser faire par la machine mes démonstrations ou exemples, ou mes explications, pour ne répondre qu'au besoin d'informations supplémentaires. Ce sera pratique dans une classe où, chaque fois que j'interviens pour les besoins spécifiques d'un niveau, les deux autres sont distraits par les interactions et n'avancent plus. Et aussi pratique, dans cette région où l'assiduité scolaire n'est pas vraiment valorisée!
Mais, je n'ai pas encore commencé, je ne sais vraiment pas comment ça va se passer. Je devrais jeter les premières pierres la semaine prochaine.
Bref, pour un champ où l'on prétend faire de l'éducation une science, je me trouve la plupart du temps en train de défricher un continent! En fait, je suis dans un processus d'essai et erreur.
Mais bon, honnêtement, je me permets cet aparté, on développe tout le temps l'enseignement, notre art, de cette manière, peu importe ce qu'en dit le haut clergé pédagogique de l'heure (en passant, ce texte chez Prof qui fesse est vraiment au diapason de ce que je développe dans ce paragraphe sur l'art d'exercer ce métier). Je le répète aux nouveaux de la profession ou à ces collègues venant d'un autre domaine connexe (on en a ici plus qu'ailleurs, faute de candidats) qui, devant leurs difficultés, croit qu'un retour aux études règleraient leurs problèmes, notre expérience d'élèves observateurs d’antan fonde au départ 80% de notre manière d'enseigner. Les études nous font découvrir le système scolaire, maîtriser certains savoirs, nous donnent des concepts pour réfléchir à la pratique. Mais l'art d'enseigner se développe surtout, je crois, dans l'action et à partir de ce que l'on a été comme apprenant exposé à des enseignants. Pour enseigner, il faut du sens pratique, de la capacité de rester à l'écoute du destinataire pour voir si ce qu'on fait ou dit percute et une grande capacité à dynamiser les autres dans l'action qui mène à des apprentissages et cet art se développe à partir de ce que l'on est en interaction avec les jeunes qu'on a devant soi. Et un gros, énorme, brin de souplesse relationnelle! Qu'on devra développer si l'on ne l'a pas! Ici plus qu'ailleurs, car on navigue dans l'interculturel avec des conceptions opposées de l'encadrement éducatif en plus. Il y a de quoi en perdre son latin! On a eu un licenciement et une démission depuis une semaine, c'est dire que ce n'est pas gagné tout le temps. Bon, cette conjoncture particulière n'arrive pas souvent quand même.
Ici, si je reviens à la question, je peux bien me permettre d'expérimenter puisque, de toute façon, les méthodes usuelles sont assez nulles à faire réussir vraiment les jeunes assez particuliers que j'ai devant moi. Ailleurs ou d'un point de vue de parents, on pourrait être certainement un peu surpris que l'enseignement soit si expérimental. Rappelons tout de même que nous transférons dans ces recherches notre expérience et que les jeunes sont toujours mis devant des défis pédagogiques. C'est l'impact qui est souvent difficile d'anticiper.
Mais c'est une réalité puisque je ne trouve pas de méthodologie valide pour baliser mes gestes. On a beau dire que la Commission scolaire Esthern Township machin a hissé ses élèves dans les palmarès avec le développement des TICS, je ne vois pas encore les canaux de partage de compétences qui permettent de faire avancer ceux qui s'y mettent un peu partout. Avec ces nouveaux outils, nous devenons tous des pionniers malgré nous.
Bon, j'ose à peine penser à ceux qui, parmi nous, peinent encore à ouvrir des mails... Il y en a! Ils n'ont aucune chance dans ce dédale de pièges incommensurable!
Mais honnêtement, je suis venu à l'enseignement pour son côté expérimental qui allume mon esprit et là, je suis servi!
D'accord, je n'ai pas la haute vitesse dans ma région éloignée, mais juste pour démarrer mes ordis, faire les installations de logiciels, les mises à jour, les configurer un minimum pour éviter des surprises avec mes charmants et créatifs élèves, j'en ai mis des heures et je continuerai d'en mettre juste pour entretenir le parc en ordre. Je parle d'un 60 heures en surplus de tâches depuis que je les ai. Ils sont arrivés au début de décembre.
Je n'ai pas grand notions en gestion de réseau non plus, donc je bricole et m'enlise des fois. Comme la fois où après avoir créé un petit réseau ad hoc et après avoir trouvé le moyen de créer un réseau résidentiel après certainement une quinzaine d'heures de recherche, mes jeunes, à qui j'essayais de montrer la procédure pour avoir accès à mon dossier public sur un ordi faisant office de serveur wifi, s'amusaient à déplacer des dossiers. Enfin, j'ai dû me rendre à l'évidence, avec une classe qui veut s'amuser, c'est difficile de gérer ce genre de réseau, autant revenir à la clé USB ou utiliser des clés identifiées qu'on distribue à chaque cours comme on le ferait avec des cahiers d'exercices. Il y a certainement une façon de gérer un réseau de manière à empêcher ce genre de clowneries, mais j'ignore humblement comment.
J'ai essayé une session par élève. L'ennui, c'est qu'au moindre changement de logiciel, il faut faire des manipulations dans chacune des sessions élèves. Et puis, récupérer les travaux dans 15 portables avec 25 sessions d'élèves, ce n'est pas très pratique. Je jongle encore pour voir comment rendre la collection des travaux un tantinet plus souple. Bon, je n'ai que 25 élèves en tout, mais c'est fabuleusement long tout de même. J'ose à peine penser à ceux qui sautent à pieds joints dans la technologie avec leur centaine d'élèves avec des groupes à 30. Bref, je n'ai pas la science infuse et je tâtonne.
Et puis, je serai étonné qu'on donne à un prof de français le temps d'un technicien pour l'assister. Ici, je compte sur mes moyens.
Dans un monde idéal, j'ai pas mal d'idées pour mes jeunes. Évidemment, j'ai fait recopier des dictées sur Word ou des productions écrites pour en faire corriger l'orthographe à l'aide de correcteurs et je viens d'installer Antidote 8, qui me semble fabuleusement puissant au premier examen. Mais franchement, je ne sais pas trop encore comment mesurer le bénéfice à long terme de ce genre d'activités. Mon penchant à voir dans la facilité un obstacle aux apprentissages réels m'obscurcit peut-être les espoirs, mais bon je jugerai de visu bientôt. En jouant avec le logiciel Antidote, je trouve qu'il a le don d'interpeler le jeune par des propositions simples, je dois lui concéder ce potentiel.
J'ai aussi pensé mettre la machine à contribution en lecture. J'enregistre, par exemple, des démonstrations d'utilisation de stratégies sur vidéo pour mon groupe multiniveau de sec. 3-4-5 avec le logiciel ActivInspire pour le tableau interactif: on entend ma voix et on voit la flèche diriger les élèves comme si je donnais un cours. J'ai pensé aussi préparer pour des exercices où j'anticipe des difficultés une sorte d'accompagnement question par question avec ces petites vidéos comme je le ferais au tableau interactif. Je compte distribuer les feuilles et laisser faire par la machine mes démonstrations ou exemples, ou mes explications, pour ne répondre qu'au besoin d'informations supplémentaires. Ce sera pratique dans une classe où, chaque fois que j'interviens pour les besoins spécifiques d'un niveau, les deux autres sont distraits par les interactions et n'avancent plus. Et aussi pratique, dans cette région où l'assiduité scolaire n'est pas vraiment valorisée!
Mais, je n'ai pas encore commencé, je ne sais vraiment pas comment ça va se passer. Je devrais jeter les premières pierres la semaine prochaine.
Bref, pour un champ où l'on prétend faire de l'éducation une science, je me trouve la plupart du temps en train de défricher un continent! En fait, je suis dans un processus d'essai et erreur.
Mais bon, honnêtement, je me permets cet aparté, on développe tout le temps l'enseignement, notre art, de cette manière, peu importe ce qu'en dit le haut clergé pédagogique de l'heure (en passant, ce texte chez Prof qui fesse est vraiment au diapason de ce que je développe dans ce paragraphe sur l'art d'exercer ce métier). Je le répète aux nouveaux de la profession ou à ces collègues venant d'un autre domaine connexe (on en a ici plus qu'ailleurs, faute de candidats) qui, devant leurs difficultés, croit qu'un retour aux études règleraient leurs problèmes, notre expérience d'élèves observateurs d’antan fonde au départ 80% de notre manière d'enseigner. Les études nous font découvrir le système scolaire, maîtriser certains savoirs, nous donnent des concepts pour réfléchir à la pratique. Mais l'art d'enseigner se développe surtout, je crois, dans l'action et à partir de ce que l'on a été comme apprenant exposé à des enseignants. Pour enseigner, il faut du sens pratique, de la capacité de rester à l'écoute du destinataire pour voir si ce qu'on fait ou dit percute et une grande capacité à dynamiser les autres dans l'action qui mène à des apprentissages et cet art se développe à partir de ce que l'on est en interaction avec les jeunes qu'on a devant soi. Et un gros, énorme, brin de souplesse relationnelle! Qu'on devra développer si l'on ne l'a pas! Ici plus qu'ailleurs, car on navigue dans l'interculturel avec des conceptions opposées de l'encadrement éducatif en plus. Il y a de quoi en perdre son latin! On a eu un licenciement et une démission depuis une semaine, c'est dire que ce n'est pas gagné tout le temps. Bon, cette conjoncture particulière n'arrive pas souvent quand même.
Ici, si je reviens à la question, je peux bien me permettre d'expérimenter puisque, de toute façon, les méthodes usuelles sont assez nulles à faire réussir vraiment les jeunes assez particuliers que j'ai devant moi. Ailleurs ou d'un point de vue de parents, on pourrait être certainement un peu surpris que l'enseignement soit si expérimental. Rappelons tout de même que nous transférons dans ces recherches notre expérience et que les jeunes sont toujours mis devant des défis pédagogiques. C'est l'impact qui est souvent difficile d'anticiper.
Mais c'est une réalité puisque je ne trouve pas de méthodologie valide pour baliser mes gestes. On a beau dire que la Commission scolaire Esthern Township machin a hissé ses élèves dans les palmarès avec le développement des TICS, je ne vois pas encore les canaux de partage de compétences qui permettent de faire avancer ceux qui s'y mettent un peu partout. Avec ces nouveaux outils, nous devenons tous des pionniers malgré nous.
Bon, j'ose à peine penser à ceux qui, parmi nous, peinent encore à ouvrir des mails... Il y en a! Ils n'ont aucune chance dans ce dédale de pièges incommensurable!
Mais honnêtement, je suis venu à l'enseignement pour son côté expérimental qui allume mon esprit et là, je suis servi!
mercredi 9 janvier 2013
Folie évaluative
Épreuves uniques, épreuves obligatoires, prototypes, épreuves régionales, c'est pas mêlant, j'ai à mes 5 niveaux du secondaire 2 gros examens auxquels je dois préparer mes jeunes vraiment en difficulté avec notre langue. Quand je regarde l'avalanche de documentations qu'on me balance pour soi disant me préparer à préparer mes élèves, ça me sort par les oreilles. Et toutes ces folies auront lieu en mai. Autant dire que mon année d'enseignement se terminent en avril avec eux. Après, il restent une semaine ou deux avant l'autre session d'examens de juin. Ridicule.
Mes jeunes ne sont pas des cent watts ni très motivés par l'école, en partie en réaction face à la langue seconde pour des raisons culturelles. Leur rythme de travail est lent et ils ont besoin de soutien constamment. Il manque de vocabulaire à un point où un texte d'une page d'un bête fait divers devient souvent un défi de compréhension. Après pas loin d'une quinzaine de mois avec eux, j'arrive à les faire travailler un peu notre langue de Molière en faisant attention de ne pas trop les brusquer, en évitant de les mettre en situation d'échec constamment et en essayant de monter une à une les marches de l'escalier de l'apprentissage. Le fait de rester avec eux plus qu'une année, au contraire de la plupart de profs qui passent par ce village éloignée de la consommation névrotique et trop froid en hiver, me permet d'obtenir cette modeste réussite. Je déploie beaucoup d'énergie de trouver de nouvelles façons de les exposer à la langue. Bref, je fais de l'adaptation scolaire en plein programme régulier.
Mais, nos charmants programmes et nos institutions provinciales et régionales s'acharnent à nous faire atteindre l'inaccessible et, en regard de leurs exigences, nous serons probablement encore cette année dans les bas-fond de l'échec.
De gros textes, avec des démarches d'annotation, de prise de notes, des questions Réagir au texte, ou Porter un jugement critique sur le texte courant ou littéraire en fonction de critère et ce, dès secondaire 1. Mes jeunes ont du mal à lire un texte d'une page en ce moment et à répondre à des questions de repérage simples (où? quand? quoi ? pourquoi? comment?). Porter un jugement critique? Sur des extraits de roman en secondaire 1 (la découverte d'hier dans mes documents d'info). Pffff! Je n'arrive pas encore à faire lire un roman par année à la majorité d'entre eux et ce, à tout niveau, il faudra que je consacre des périodes de lecture en classe animées pour y arriver et j'hésite à me lancer là-dedans, car il faudra sacrifier ce temps précieux pour autre chose d'aussi important. Je sais, on me dira, fais-les lire à la maison. Faut pas rêver, ils ne font rien à la maison pour l'école par ici. Les devoirs ne rentrent pas déjà. Et ces jeunes, dans leurs cultures, sont libres, peu encadrés depuis toujours. C'est à l'école qu'ils apprivoisent cela.
Ainsi, il faudrait que je passe la moitié de mes années à leur montrer comment gérer convenablement ce genre de démarches d'évaluation qui s'étalent sur des semaines. Et ce n'est malheureusement même pas praticable, ils s'enliserait certainement, car leur développement cognitif ne permet pas vraiment de gérer ce genre de tâche. D.'ailleurs, à ce stade, c'est tout le contraire qu'il est indiqué de faire: sérier les tâches, garder ça simple, miser sur la répétition qui mène à des petites maîtrises. Ce n'est absolument pas encore le temps de les lancer dans les aventures intellectuelles.
Car les bases, faire de bonnes phrases, maitriser un peu mieux l'orthographe, savoir lire, développer du vocabulaire, ne sont même pas là pour une bonne partie d'entre eux. Dès qu'un texte dépasse une certaine longueur, il n'en finissent plus avec les tâches demandées.
Ils nous arrivent du primaire dans un tel état de vacuité d'apprentissage qui consterne au début. Et quand on sait toute l'agitation que vivent les profs au primaire par ici avec des enfants difficiles à gérer, qui ont encore tout à apprendre de l'éducation de base, on comprend que l'apprentissage en souffre.
Pendant ce temps-là, on nous bassine toujours avec des concept oiseux comme la pédagogie différentielle. Pffff! Où est l'espace pour faire différent avec cette folie de cols blancs qui se fichent de la réalité de certaines situations du plancher des vaches? J'ai demandé de décaler de quelques jours l'examen d'écriture obligatoire en sec. 2, parce qu'ici, on sera en relâche la semaine d'avant (congé culturel traditionnel) et qu'on ne pourra pas faire les activités de préparation convenablement. On m'a répondu que ça ne demandait que trois heures de préparation et qu'on pourrait trouver le moyen de faire faire ça les deux jours qui précèdent l'épreuve.
C'est une réponse de fonctionnaire. Ils se prennent vraiment au sérieux ces mecs et «mèques»! Pour une épreuve corrigée par ici, où il n'y a aucune surprise de dernières minutes, qui ne sanctionne pas grand chose aussi. Le pire est que l'organisme régional qui devrait être plus sensible au réalité d'ici se prend autant au sérieux, bref, j'aurai trois niveaux (sec. 1 à 3) de situations d'écriture à gérer dans ce contexte pas très favorable aux performances. On me parle de rigueur, je pense rigidité.
Bref, folie.
Mes jeunes ne sont pas des cent watts ni très motivés par l'école, en partie en réaction face à la langue seconde pour des raisons culturelles. Leur rythme de travail est lent et ils ont besoin de soutien constamment. Il manque de vocabulaire à un point où un texte d'une page d'un bête fait divers devient souvent un défi de compréhension. Après pas loin d'une quinzaine de mois avec eux, j'arrive à les faire travailler un peu notre langue de Molière en faisant attention de ne pas trop les brusquer, en évitant de les mettre en situation d'échec constamment et en essayant de monter une à une les marches de l'escalier de l'apprentissage. Le fait de rester avec eux plus qu'une année, au contraire de la plupart de profs qui passent par ce village éloignée de la consommation névrotique et trop froid en hiver, me permet d'obtenir cette modeste réussite. Je déploie beaucoup d'énergie de trouver de nouvelles façons de les exposer à la langue. Bref, je fais de l'adaptation scolaire en plein programme régulier.
Mais, nos charmants programmes et nos institutions provinciales et régionales s'acharnent à nous faire atteindre l'inaccessible et, en regard de leurs exigences, nous serons probablement encore cette année dans les bas-fond de l'échec.
De gros textes, avec des démarches d'annotation, de prise de notes, des questions Réagir au texte, ou Porter un jugement critique sur le texte courant ou littéraire en fonction de critère et ce, dès secondaire 1. Mes jeunes ont du mal à lire un texte d'une page en ce moment et à répondre à des questions de repérage simples (où? quand? quoi ? pourquoi? comment?). Porter un jugement critique? Sur des extraits de roman en secondaire 1 (la découverte d'hier dans mes documents d'info). Pffff! Je n'arrive pas encore à faire lire un roman par année à la majorité d'entre eux et ce, à tout niveau, il faudra que je consacre des périodes de lecture en classe animées pour y arriver et j'hésite à me lancer là-dedans, car il faudra sacrifier ce temps précieux pour autre chose d'aussi important. Je sais, on me dira, fais-les lire à la maison. Faut pas rêver, ils ne font rien à la maison pour l'école par ici. Les devoirs ne rentrent pas déjà. Et ces jeunes, dans leurs cultures, sont libres, peu encadrés depuis toujours. C'est à l'école qu'ils apprivoisent cela.
Ainsi, il faudrait que je passe la moitié de mes années à leur montrer comment gérer convenablement ce genre de démarches d'évaluation qui s'étalent sur des semaines. Et ce n'est malheureusement même pas praticable, ils s'enliserait certainement, car leur développement cognitif ne permet pas vraiment de gérer ce genre de tâche. D.'ailleurs, à ce stade, c'est tout le contraire qu'il est indiqué de faire: sérier les tâches, garder ça simple, miser sur la répétition qui mène à des petites maîtrises. Ce n'est absolument pas encore le temps de les lancer dans les aventures intellectuelles.
Car les bases, faire de bonnes phrases, maitriser un peu mieux l'orthographe, savoir lire, développer du vocabulaire, ne sont même pas là pour une bonne partie d'entre eux. Dès qu'un texte dépasse une certaine longueur, il n'en finissent plus avec les tâches demandées.
Ils nous arrivent du primaire dans un tel état de vacuité d'apprentissage qui consterne au début. Et quand on sait toute l'agitation que vivent les profs au primaire par ici avec des enfants difficiles à gérer, qui ont encore tout à apprendre de l'éducation de base, on comprend que l'apprentissage en souffre.
Pendant ce temps-là, on nous bassine toujours avec des concept oiseux comme la pédagogie différentielle. Pffff! Où est l'espace pour faire différent avec cette folie de cols blancs qui se fichent de la réalité de certaines situations du plancher des vaches? J'ai demandé de décaler de quelques jours l'examen d'écriture obligatoire en sec. 2, parce qu'ici, on sera en relâche la semaine d'avant (congé culturel traditionnel) et qu'on ne pourra pas faire les activités de préparation convenablement. On m'a répondu que ça ne demandait que trois heures de préparation et qu'on pourrait trouver le moyen de faire faire ça les deux jours qui précèdent l'épreuve.
C'est une réponse de fonctionnaire. Ils se prennent vraiment au sérieux ces mecs et «mèques»! Pour une épreuve corrigée par ici, où il n'y a aucune surprise de dernières minutes, qui ne sanctionne pas grand chose aussi. Le pire est que l'organisme régional qui devrait être plus sensible au réalité d'ici se prend autant au sérieux, bref, j'aurai trois niveaux (sec. 1 à 3) de situations d'écriture à gérer dans ce contexte pas très favorable aux performances. On me parle de rigueur, je pense rigidité.
Bref, folie.
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