Ben oui, hier j'y pensais aussi déjà, qu'à matin, ce serait déjà mardi.
Je commence juste à fureter dans des directions que je ne m'autorise pas souvent parce que j'ai tant à faire et besoin de rester en équilibre pour faire mon job. Aussi, je limite les explorations, les activités intellectuelles entre autres trop éloignées de mes contingences quotidiennes.
Depuis deux jours, j'ai passé au travers un document qu'un ami du web m'avait envoyé il y a bien longtemps sur un sujet qui me captivait mais qui est d'une grande complexité. Le document aussi l'était! Je ne sais pas trop si je peux en parler, mais bon ça a eu l'effet de me ramener à la lecture et à une certaine réflexion.
Parait que je rentre dans la catégorie des cognitifs pour l'intervenant que j'ai rencontré lors des événements du mois dernier qui m'ont un peu déstabilisés pendant deux trois semaines avec des pointes certains jours. Oui, j'aime cogiter, c'est comme une drogue, comme un espoir de prendre le dessus sur la complexité dans laquelle je nage souvent. Mais c'est aussi comme le sucre que j'ai du mal à gérer. Une tendance au gavage comme quand on prend une brosse qui me perturbe passablement, fait que je m'abstiens la plupart du temps. De toute façon, j'ai des intolérances comme pour gérer toute la tolérance dont je dois faire preuve dans mon métier.
Bon, mon métier nourrit bien mon côté cognitif, mais parfois là aussi j'abuse avec mes systèmes que je mets en place et une certaine manière de gérer l'«ingérabilité» des jeunes d'aujourd'hui. Mais bon, ce ne doit pas être si mal adapté que cela. L'an dernier, parait que les jeunes d'ici envoyaient vraiment promener les profs et la prof de français en particulier. Là, ça se gère. Des incidents, des caractères désagréables, des tentatives d'intimidation ici et là, je ne me laisse pas démonter. L'équipe se tient. Enfin, ça relativise les critiques de surface de jeunes qui me reprochent de ne pas leur payer le café ou de les sortir pour une marche ou de les emmener jouer au ping pong au lieu de tenter de les amener à faire du français. Ça relativise aussi le violon de l'autre qui est toujours à me chanter la nostalgie de la prof de l'an dernier. Nostalgie de pouvoir faire son numéro de diva sans contrainte plus probablement.
Mais bon, même si je vois de très bon développements chez les quelques élèves rares à avoir des dispositions pour l'apprentissage et même qu'une en particulier m'a assez épaté dans le petit texte de l'examen d'étape où je demandais de décrire un des explorateurs sur lesquels nous avions lu pendant l'étape, je m'interroge sur la suite à tenir. J'ai encore franchement, globalement, un échec retentissant devant les yeux en ce qui a trait à la capacité que j'ai eu à tirer l'ensemble des élèves plus loin. Deuxième bulletin et deuxième raz de marée d'échecs. Mon secondaire 5 est complètement ravagé. Ils ne font rien de ce que je leur demande. Ils brettent. Grosso modo, le même portrait qu'à la première étape. Je suis trop exigeant, on dirait. Ou mes examens trop difficiles. Je devrais simplement ne rien leur demander, comme ça il ne ferait rien et ça passerait!
Ici, bien des élèves ne prennent même pas la peine de finir les examens. Je reçois plein de copies à moitié vide ou moitié plein pour les optimistes. Ça coule pareil! Je ne sais pas combien de jeunes n'ont pas fait la partie écrite de mes examens. J'en ai plein qui n'ont pas préparé l'oral. Qui ne l'ont pas fait finalement.
En près de 10 ans de carrière, étalés sur plus de 15 ans, je n'ai jamais vu autant des jeunes s'en taper. Rien ne les effraie, rien ne les intéresse vraiment. Ils sont rébarbatifs à tout ou à peu près. Plusieurs sont gelés la plupart du temps. L'absentéisme est courant, banal ici et l'absence de travail avec présence quotidienne tout aussi banal. L'an dernier, dans une autre communauté du genre, j'avais au moins un peu plus de réponse. Les jeunes se souciaient un peu de la note, des travaux à faire, de réussir. Même si le rythme était lent, ils bougeaient. Là...
Ici, j'ai 4-5 élèves avec un certain talent et 4-5 autres moyens-faibles, bref un dizaine sur les 32 du secondaire qui ressemblent à des élèves qui sont là pour apprendre quelque chose ou enfin qui se prêtent à la convention de l'école: un prof donne des travaux pour faire des apprentissages et le jeune se met en action avec ou sans aide pour les réaliser et faire ses apprentissages. Ici, il manque le «se met en action» du jeune.
En secondaire un et deux, j'arrive parfois à animer parce que j'ai les groupes séparés. C'est pas miraculeux, loin de là, mais au moins, je les fais réfléchir un peu, même s'il faut être ben patient! Au deuxième cycle, avec mes groupes qui sont jumelés sur trois niveaux, c'est une autre paire de manches . Animer un groupe, c'est arrêter les autres. Alors, j'individualise beaucoup, fais très peu de magistral, mais plusieurs ne bougent pas des cours durant. Et ici, on a beau nous demander de donner des devoirs et j'en donne quelques-uns, rien ne se fait ailleurs qu'en classe pour la plupart des jeunes. Avec des travaux à démarches plus longues, on ne s'en sort jamais.
Fait que c'est un peu démotivant ces derniers temps. J'ai beau me gratter la tête dans tous les sens, je ne sais pas vraiment ce que je vais faire. Lire, c'est trop compliqué, écrire on n'en parle pas, faire de la grammaire où ils arrivent parfois à piger le pattern, c'est plate. La bibliothèque, un lieu pour jaser de gros chars avec des bouquins de gros chars. L'informatique, un cours de surf, ou de copier-coller (prendre des notes, c'est quoi ça?) où on attend les 10 dernières minutes pour enfin «facebooker».
Je suis dans un dilemme: je fais ou je ne fais pas les programmes? Je lâche mes rares bons élèves pour tenter de m'occuper des autres en leur donnant des activités accessibles? J'arrive toujours à la conclusion que de descendre les exigences ne changera rien et, en plus, je perdrai les jeunes qui sont capables.
La différenciation? Remède miracle, y a juste un tracas: sans l'adhésion à la convention de l'école où «un jeune se met en action» dans des activités d'apprentissage avec ou sans aide, comment y arrive-t-on?
A côté de ce constat que bien des jeunes s'arrêtent à un niveau d'ignorance, je suis là moi à me creuser les méninges sur des réflexions sur l'espèce humaine dans les SF que je grapille. Parfois je me dis que l'espèce humaine qui évolue concerne peu de gens. Évoluer, pour la majorité, c'est avoir un profil de FACE... de ce temps-ci et de participer aux réseaux sociaux. Ça, mes jeunes en sont déjà capables...
Prof et goéland
Impressions de voyage sur la terre des hommes, en classe et autour...
mardi 6 mars 2012
dimanche 4 mars 2012
Relâche...
Un battement de cil, un pet! Que je lis chez les autres...
C'est vrai, c'est court. Mais je l'avais rêvé, peut-être cette année, plus que les autres. Ma conjointe, c'est sa première année, me dit qu'elle ne se sent pas en vacances. Lundi peut-être, quand on ne rentrera pas au boulot. Moi, hier déjà en me levant, le champ de force du lundi qui vient, des urgences à résoudre, tout cela, c'était loin déjà.
Bon, moi aussi, j'ai un hamster, mais bon, je ne m'énerve plus avec lui. Je lui donne de la place des fois. Puis, je retourne à mes rêveries, mes petites préoccupations. Hier, je suis allé faire mon tour en motoneige à la «dump» En régions éloignées, c'est comme un Canadian Tire, des fois même un Wal Mart à ciel ouvert tant les gens jettent des trucs encore tout à fait utiles et en condition. Je cherchais de quoi mettre sous mes patins de traineau qui en arrachent depuis que mes bandes de crazy carpet trop faibles se sont émiettés. J'ai finalement trouvé des espèces de sangles métalliques noires exceptionnellement larges qu'on utilise pour attacher les marchandises. J'ai mis ça dans le traineau avec un ballon de football américain que j'ai trouvé (que je lancerai peut-être au chien l'été prochain ou à un de mes gars qui viendra avec moi jouer au nomade dans mon camper une coupe de jours). Pis j'ai été au Labrador! Ici, c'est à côté... pour voir le village minier. J'ai fait des kilomètres dans un paysage de mines à ciel ouvert enneigées. Je me suis retourné quand j'ai vu les affiches qui prévenaient des «blasts».
Revenu à la maison, dans deux séances entrecoupées d'une sieste et d'un film, j'ai passé une coupe d'heures à me battre avec les sangles, avec les mèches de ma perceuse, à mutiler mon poinçon, à échanger une mèche contre une «bite» à tête carré 8 pour visser à -20 degrés mes vis à plancher, avec du vent et de la neige. Mettons que le «hamster» s'engourdit comme mes doigts! Bref, mes patins sont sanglés et le tout glisse bien.
Aujourd'hui, je retaperai bien la boite que je mets sur le traineau dont l'armature trop faible ne supporte pas bien les secousses de mes petites expéditions, mais il fait encore -42 avec le vent dehors. Je commence à avoir l'habitude du gros frète, mais là... Mes rallonges vont devenir moins flexibles, à la limite cassantes, c'est dure sur tout les -40! Il fait super beau, mais le soleil n'est pas chaud!
Faque je poirote sur Internet comme mes contemporains, c'est pratique, ça occupe. Bon, le hamster me ramène vite dans les petites controverses éducatives, déformation. Le cellulaire fait jaser. Cet objet qui devient un pilier identitaire pour la jeunesse qui s'en cherche une. Bon, ici, on est pas trop dérangé par les textos, quoique je soupçonne que même si les jeunes n'ont pas l'accès au réseau, ils peuvent s'en faire un entre eux. Mais je n'ai pas de preuves. Comme une intuition l'autre jour. Ben oui, on est dépassés par tout ça, parce que je n'ai pas besoin de tout ça pour vivre simplement, honnêtement. J'ai mon Visagemachin depuis cet été, histoire de voir ce que ça fait, pour quelques liens avec des collègues et amis et certains membres de ma famille, mais ça s'arrête là, les twittomanies dans ma vie. Les zozotages. Une mère au bar du village me demandait si j'étais sur le Livre des visages pour communiquer au sujet de sa fille, je lui ai donné mon mail et dis que le je limitais un peu les «faces» poliment. J'ai beau vivre au milieu d'une société où tout le monde se connait et où tout le monde est toujours en relation avec tout le monde, je ne suis pas un gars de la gang pareil, enfin c'est très occasionnel de me mêler et d'avoir à ce point besoin des autres.
Simplement, je ne pourrais pas avoir le temps de respirer si je devais me lancer tout le temps dans ce genre de conduites addictives, me dit mon hamster. Donc, je restreins, je deviens un illettré technologique par refus d'un mode de vie qui est pour moi abêtissant. Je ne connais pas la kyrielle d'applications intéressantes qui pourrait enrichir les travaux de mes étudiants. Je n'ai pas encore de «touch» machins entre les doigts qui devient la nouvelle plastique à la mode dans les visuels de la télé. Bon, l'autre jour, le Ipad fournit à l'éducatrice m'a donné l'exposé oral filmé de la jeune que je ne peux approcher comme si j'avais une tare bizarre depuis qu'il lui est passé par la tête que j'étais un «mononcle» obsédé et qu'elle a décidé d'en faire un certaine promotion. A fallu qu'on m'explique comment déverrouiller le machin d'un coquet coup de pouce vers la droite. J'en suis toujours à mon Vista édition familiale acheté en décembre 2008 sur mon portable qui fait très bien le gros de la job que je lui demande de faire, les autres environnements me ne sont pas familiers. Quand je sors je réactive mon cell Virgin assez de base qui fait aussi la job dont j'ai besoin quand je me trimbale.
On est tous dans des vitesses différentes d'intégrations de ces changements simplement parce que, câline, je ne vais pas m'acheter le dernier bidule machin tous les quatre matins. J'aurai certainement un touch machin un jour. Et puis l'autre machin 3 D qu'on n'a pas encore mis en marché. Mais, pour l'instant, c'est un peu incroyable que la société me demande d'être un conseiller avisé pour mes jeunes, quand je n'ai pas encore manié la technologie qu'ils se procurent au gré des cycles de la consommation. Je suis un prof de français, pas un conseiller en éthique pour les TICS. Je ne fais pas de projets Twitter parce que je ne m'intéresse pas à ça, les «one-liner» à chauds des gens ou aux vedettes qui se gardent branchés à leurs groupies. J'élimine même des préférences dans mon profil de Face... (!) pour ne pas alourdir mes murs de bruits inutiles que je n'ai pas demandés à recevoir ni emmerder la galerie des amis. Des profils de Face... de personnages, c'est bien, mais mettons que ça relativise la valeur des possessions de M. Zuckerburg, dont j'ai vu le film qui s'en inspire, avant-hier. J'avais pensé à multiplier mes profils pour gérer différents besoins et me disait que des gens devait le faire, d'ailleurs j'ai vu cela chez des collègues.
Bon, faudrait lâcher le hamster!
Je me suis mis un coupe de bouquins dans le chemin. J'ai les T4 à entrer dans le logiciel. Faut que je brave le froid pour quelques courses cet aprem. Faudrait que je regarde à me reprendre sur mon rôle de parent-hélicoptère, ou parent-mail-téléphone très très occasionnel. Mon gars s'est peut-être trouvé un job pour pouvoir s'acheter enfin un outil pour développer son identité sociale! Lui qui n'en a certainement aucune! Franchement! Il est plutôt le genre à se retrouver président de conseil étudiant sans tout cela... Bon, j'espère qu'il continue de s'éclater dans sa nouvelle école qui me ponctionne de coquettes sommes.
Ah, les vacances, c'est court, mais ça fait du bien!
C'est vrai, c'est court. Mais je l'avais rêvé, peut-être cette année, plus que les autres. Ma conjointe, c'est sa première année, me dit qu'elle ne se sent pas en vacances. Lundi peut-être, quand on ne rentrera pas au boulot. Moi, hier déjà en me levant, le champ de force du lundi qui vient, des urgences à résoudre, tout cela, c'était loin déjà.
Bon, moi aussi, j'ai un hamster, mais bon, je ne m'énerve plus avec lui. Je lui donne de la place des fois. Puis, je retourne à mes rêveries, mes petites préoccupations. Hier, je suis allé faire mon tour en motoneige à la «dump» En régions éloignées, c'est comme un Canadian Tire, des fois même un Wal Mart à ciel ouvert tant les gens jettent des trucs encore tout à fait utiles et en condition. Je cherchais de quoi mettre sous mes patins de traineau qui en arrachent depuis que mes bandes de crazy carpet trop faibles se sont émiettés. J'ai finalement trouvé des espèces de sangles métalliques noires exceptionnellement larges qu'on utilise pour attacher les marchandises. J'ai mis ça dans le traineau avec un ballon de football américain que j'ai trouvé (que je lancerai peut-être au chien l'été prochain ou à un de mes gars qui viendra avec moi jouer au nomade dans mon camper une coupe de jours). Pis j'ai été au Labrador! Ici, c'est à côté... pour voir le village minier. J'ai fait des kilomètres dans un paysage de mines à ciel ouvert enneigées. Je me suis retourné quand j'ai vu les affiches qui prévenaient des «blasts».
Revenu à la maison, dans deux séances entrecoupées d'une sieste et d'un film, j'ai passé une coupe d'heures à me battre avec les sangles, avec les mèches de ma perceuse, à mutiler mon poinçon, à échanger une mèche contre une «bite» à tête carré 8 pour visser à -20 degrés mes vis à plancher, avec du vent et de la neige. Mettons que le «hamster» s'engourdit comme mes doigts! Bref, mes patins sont sanglés et le tout glisse bien.
Aujourd'hui, je retaperai bien la boite que je mets sur le traineau dont l'armature trop faible ne supporte pas bien les secousses de mes petites expéditions, mais il fait encore -42 avec le vent dehors. Je commence à avoir l'habitude du gros frète, mais là... Mes rallonges vont devenir moins flexibles, à la limite cassantes, c'est dure sur tout les -40! Il fait super beau, mais le soleil n'est pas chaud!
Faque je poirote sur Internet comme mes contemporains, c'est pratique, ça occupe. Bon, le hamster me ramène vite dans les petites controverses éducatives, déformation. Le cellulaire fait jaser. Cet objet qui devient un pilier identitaire pour la jeunesse qui s'en cherche une. Bon, ici, on est pas trop dérangé par les textos, quoique je soupçonne que même si les jeunes n'ont pas l'accès au réseau, ils peuvent s'en faire un entre eux. Mais je n'ai pas de preuves. Comme une intuition l'autre jour. Ben oui, on est dépassés par tout ça, parce que je n'ai pas besoin de tout ça pour vivre simplement, honnêtement. J'ai mon Visagemachin depuis cet été, histoire de voir ce que ça fait, pour quelques liens avec des collègues et amis et certains membres de ma famille, mais ça s'arrête là, les twittomanies dans ma vie. Les zozotages. Une mère au bar du village me demandait si j'étais sur le Livre des visages pour communiquer au sujet de sa fille, je lui ai donné mon mail et dis que le je limitais un peu les «faces» poliment. J'ai beau vivre au milieu d'une société où tout le monde se connait et où tout le monde est toujours en relation avec tout le monde, je ne suis pas un gars de la gang pareil, enfin c'est très occasionnel de me mêler et d'avoir à ce point besoin des autres.
Simplement, je ne pourrais pas avoir le temps de respirer si je devais me lancer tout le temps dans ce genre de conduites addictives, me dit mon hamster. Donc, je restreins, je deviens un illettré technologique par refus d'un mode de vie qui est pour moi abêtissant. Je ne connais pas la kyrielle d'applications intéressantes qui pourrait enrichir les travaux de mes étudiants. Je n'ai pas encore de «touch» machins entre les doigts qui devient la nouvelle plastique à la mode dans les visuels de la télé. Bon, l'autre jour, le Ipad fournit à l'éducatrice m'a donné l'exposé oral filmé de la jeune que je ne peux approcher comme si j'avais une tare bizarre depuis qu'il lui est passé par la tête que j'étais un «mononcle» obsédé et qu'elle a décidé d'en faire un certaine promotion. A fallu qu'on m'explique comment déverrouiller le machin d'un coquet coup de pouce vers la droite. J'en suis toujours à mon Vista édition familiale acheté en décembre 2008 sur mon portable qui fait très bien le gros de la job que je lui demande de faire, les autres environnements me ne sont pas familiers. Quand je sors je réactive mon cell Virgin assez de base qui fait aussi la job dont j'ai besoin quand je me trimbale.
On est tous dans des vitesses différentes d'intégrations de ces changements simplement parce que, câline, je ne vais pas m'acheter le dernier bidule machin tous les quatre matins. J'aurai certainement un touch machin un jour. Et puis l'autre machin 3 D qu'on n'a pas encore mis en marché. Mais, pour l'instant, c'est un peu incroyable que la société me demande d'être un conseiller avisé pour mes jeunes, quand je n'ai pas encore manié la technologie qu'ils se procurent au gré des cycles de la consommation. Je suis un prof de français, pas un conseiller en éthique pour les TICS. Je ne fais pas de projets Twitter parce que je ne m'intéresse pas à ça, les «one-liner» à chauds des gens ou aux vedettes qui se gardent branchés à leurs groupies. J'élimine même des préférences dans mon profil de Face... (!) pour ne pas alourdir mes murs de bruits inutiles que je n'ai pas demandés à recevoir ni emmerder la galerie des amis. Des profils de Face... de personnages, c'est bien, mais mettons que ça relativise la valeur des possessions de M. Zuckerburg, dont j'ai vu le film qui s'en inspire, avant-hier. J'avais pensé à multiplier mes profils pour gérer différents besoins et me disait que des gens devait le faire, d'ailleurs j'ai vu cela chez des collègues.
Bon, faudrait lâcher le hamster!
Je me suis mis un coupe de bouquins dans le chemin. J'ai les T4 à entrer dans le logiciel. Faut que je brave le froid pour quelques courses cet aprem. Faudrait que je regarde à me reprendre sur mon rôle de parent-hélicoptère, ou parent-mail-téléphone très très occasionnel. Mon gars s'est peut-être trouvé un job pour pouvoir s'acheter enfin un outil pour développer son identité sociale! Lui qui n'en a certainement aucune! Franchement! Il est plutôt le genre à se retrouver président de conseil étudiant sans tout cela... Bon, j'espère qu'il continue de s'éclater dans sa nouvelle école qui me ponctionne de coquettes sommes.
Ah, les vacances, c'est court, mais ça fait du bien!
samedi 25 février 2012
Quelques réflexions en vrac sur la censure et la liberté ou «on ne soustrait pas au Québec, on additionne!»
Cette histoire me fait marrer. Parler de censure de Dieu dans l'histoire du Québec a quelque chose d'assez comique, non? Encore ce matin, je navigue et tombe sur cette belle unanimité à condamner la «censure» de ce prof de musique qui n'avait certainement pas prévu de recevoir autant de publicité pour cette décision qu'il a prise j'imagine un jour sans vraiment penser à son impact de toucher à ce feu sacré de la chanson française et d'en remplacer un vers.
Évidemment, on allait poser la question à un moment: «pourquoi?» et il a fallu donner une réponse.
Wow, ça s'est rendu à Québec, les dépités et les mounistres estomaqués, on va baliser les « accommodements raisonnables» pour éviter ce genre de «dérapage» RIDICULE et ABERRANT.Les fonctionnaires n'en manquent jamais une pour se donner une raison d'exister.
Je suis tombé sur un extrait d'un commentaire de la Beauchamp. J'ai trouvé assez comique tout cet attroupement et l'argumentation aussi que je résume: on ne modifie pas les paroles d'une chanson comme ça, et il n'y a pas d'interdiction de dire le mot dieu au Québec. On ne soustrait pas au Québec, on additionne!Le prof a manqué de jugement!
Car, il y a, semble-t-il, encore des relents de choses sacrées au Québec!
Bref, je comprends qu'on n'a pas le droit de soustraire le mot Dieu d'une parole de chanson au Québec!
Enfin, je ne peux que me dire que ce n'est pas drôle l'exercice de la liberté de nos jours!
Car, franchement, l'interprétation libre de je ne sais pas combien d’œuvres est quand même une pratique assez courante de nos jours. On charcute des pièces de théâtre, on les adapte, les transforme, on republie des monuments de la littérature pour les renouveler, les rendre plus contemporaine. Tiens, je suis tombé sur la énième réécriture de Don Quichotte récemment. Je vais peut-être avoir la patience d'entrer en relation avec ce machin sympathique mais dont le style, lourd et vieillot, m'a toujours soulevé un bâillement au bout de quelques pages. On est à l'époque des REMIX, des collages et où la notion même de propriété des œuvres artistiques et leur intouchabilité est remis en cause dans des argumentations pas si insensées. On revendique le droit de transformer à sa guise, comme il est naturel de le faire mentalement à chaque seconde de notre vie.
Et je me souviens de l'espèce de nausée que j'avais pour un peu tout ce qui avait le mot Dieu trop saillant dans ma vingtaine, pour ce mot qui représentait cette illusion invérifiable, cette imposture sermonnante, le mensonge, le contraire de la raison, de la science et de la vérité palpable qu'apporte l'expérience de la vie.
Moi aussi dans ce temps-là, pour des raisons bien personnelles liées à mon histoire, j'aurais peut-être retranché un vers qui m'énervait et trouvé un raisonnement comme ce n'est pas à l'école de parler de Dieu qui réunit ceux qui s'aiment... et aussi parfois les séparent! Surtout qu'on en parle tellement pu trop de ce vieux barbu du ciel qui a régimenté la vie des hommes pendant 2000 ans et même plus selon l'Ancien Testament. Ce cave qui aurait pu prendre une coupe de jours de moins pour faire le monde et ensuite se reposer, surtout se reposer une coupe de jours de plus. On aurait peut-être des semaines différentes!
Bon, depuis, je me suis fait une raison, j'ai accepté que la vie ne soit pas toujours exactement conforme à mes conceptions de la réalité. Dieu est un mot parmi d'autres pour parler de notre relation avec une certaine intelligence de l'existence et du monde ou de l'univers avec qui on converse occasionnellement pour faire du sens avec sa vie. Un mot qui peut certainement représenter pour certains, cette partie étrange, évanescente dans notre esprit avec qui on dialogue pour faire le point avec soi-même sur ce qu'on vit.
Mais évidemment, je ne parle jamais de cela avec des jeunes. Ou enfin si peu. Pour éluder, pour revenir à mon enseignement plus prosaïque.
Je vois encore des gens d'âge mur sur des blogues aimer discuter de la réalité ou non de Dieu.
Évidemment, qu'un mot qui a envoyé bien des gens au bûcher à des moments de l'histoire a encore une charge suffisante pour trouver preneur pour alimenter des sujets de conversations occasionnelles.
Mais bon, heureusement pour notre prof de musique sans «jugement», cette époque est bien révolue.
Il a au plus alimenté la machine à faire du spectacle avec de l'insolite et du singulier pour faire rejaillir le sentiment du pluriel, cette belle unanimité étrange qui se forme dans le collectif qui condamne. Cette belle unanimité solidaire qui, dans un monde pluralisé et atomisé, repose sur une nostalgie du sentiment collectif.
Et ce n'est pas étonnant de le voir s'exprimer au sujet d'un acteur de cette chose de plus en plus désâmée qu'est l'école à notre époque où il est chaque jour plus palpable que nous n'avons plus trop de valeurs collectives à y transmettre sinon qu'une certaine vision de la tolérance du vide relationnel comblé par le plein numérique.
Comme éducateur, on est souvent seul à essayer de jauger ce qui doit être transmis au milieu de ce chaos des perspectives. Et puis, si on n'est pas trop con, on sait aussi que bien des propagandes non questionnées sont véhiculées par la boîte à éduquer.
Car, évidemment, Dieu réunit ceux qui s'aiment dans cette société où la famille implose depuis des décennies, ou on a un des taux de divorce les plus élevé au monde. Ou chacun vit de plus en plus virtuellement et s'adonne de plus en plus à l'absence du présent pour une présence à l'autre dans la machine.
Pour finir, je constate qu'il est curieux de parler de censure au sujet d'un individu, car cette faculté de censurer est normalement dévolu à un système. On est dans le glissement pernicieux. Et puis, You-Tube est toujours là si on a la nostalgie de la version originale. Oui on a le droit de parler de Dieu au Québec, mais a-t-on le droit de choisir de ne pas en parler?
Évidemment, on allait poser la question à un moment: «pourquoi?» et il a fallu donner une réponse.
Wow, ça s'est rendu à Québec, les dépités et les mounistres estomaqués, on va baliser les « accommodements raisonnables» pour éviter ce genre de «dérapage» RIDICULE et ABERRANT.Les fonctionnaires n'en manquent jamais une pour se donner une raison d'exister.
Je suis tombé sur un extrait d'un commentaire de la Beauchamp. J'ai trouvé assez comique tout cet attroupement et l'argumentation aussi que je résume: on ne modifie pas les paroles d'une chanson comme ça, et il n'y a pas d'interdiction de dire le mot dieu au Québec. On ne soustrait pas au Québec, on additionne!Le prof a manqué de jugement!
Car, il y a, semble-t-il, encore des relents de choses sacrées au Québec!
Bref, je comprends qu'on n'a pas le droit de soustraire le mot Dieu d'une parole de chanson au Québec!
Enfin, je ne peux que me dire que ce n'est pas drôle l'exercice de la liberté de nos jours!
Car, franchement, l'interprétation libre de je ne sais pas combien d’œuvres est quand même une pratique assez courante de nos jours. On charcute des pièces de théâtre, on les adapte, les transforme, on republie des monuments de la littérature pour les renouveler, les rendre plus contemporaine. Tiens, je suis tombé sur la énième réécriture de Don Quichotte récemment. Je vais peut-être avoir la patience d'entrer en relation avec ce machin sympathique mais dont le style, lourd et vieillot, m'a toujours soulevé un bâillement au bout de quelques pages. On est à l'époque des REMIX, des collages et où la notion même de propriété des œuvres artistiques et leur intouchabilité est remis en cause dans des argumentations pas si insensées. On revendique le droit de transformer à sa guise, comme il est naturel de le faire mentalement à chaque seconde de notre vie.
Et je me souviens de l'espèce de nausée que j'avais pour un peu tout ce qui avait le mot Dieu trop saillant dans ma vingtaine, pour ce mot qui représentait cette illusion invérifiable, cette imposture sermonnante, le mensonge, le contraire de la raison, de la science et de la vérité palpable qu'apporte l'expérience de la vie.
Moi aussi dans ce temps-là, pour des raisons bien personnelles liées à mon histoire, j'aurais peut-être retranché un vers qui m'énervait et trouvé un raisonnement comme ce n'est pas à l'école de parler de Dieu qui réunit ceux qui s'aiment... et aussi parfois les séparent! Surtout qu'on en parle tellement pu trop de ce vieux barbu du ciel qui a régimenté la vie des hommes pendant 2000 ans et même plus selon l'Ancien Testament. Ce cave qui aurait pu prendre une coupe de jours de moins pour faire le monde et ensuite se reposer, surtout se reposer une coupe de jours de plus. On aurait peut-être des semaines différentes!
Bon, depuis, je me suis fait une raison, j'ai accepté que la vie ne soit pas toujours exactement conforme à mes conceptions de la réalité. Dieu est un mot parmi d'autres pour parler de notre relation avec une certaine intelligence de l'existence et du monde ou de l'univers avec qui on converse occasionnellement pour faire du sens avec sa vie. Un mot qui peut certainement représenter pour certains, cette partie étrange, évanescente dans notre esprit avec qui on dialogue pour faire le point avec soi-même sur ce qu'on vit.
Mais évidemment, je ne parle jamais de cela avec des jeunes. Ou enfin si peu. Pour éluder, pour revenir à mon enseignement plus prosaïque.
Je vois encore des gens d'âge mur sur des blogues aimer discuter de la réalité ou non de Dieu.
Évidemment, qu'un mot qui a envoyé bien des gens au bûcher à des moments de l'histoire a encore une charge suffisante pour trouver preneur pour alimenter des sujets de conversations occasionnelles.
Mais bon, heureusement pour notre prof de musique sans «jugement», cette époque est bien révolue.
Il a au plus alimenté la machine à faire du spectacle avec de l'insolite et du singulier pour faire rejaillir le sentiment du pluriel, cette belle unanimité étrange qui se forme dans le collectif qui condamne. Cette belle unanimité solidaire qui, dans un monde pluralisé et atomisé, repose sur une nostalgie du sentiment collectif.
Et ce n'est pas étonnant de le voir s'exprimer au sujet d'un acteur de cette chose de plus en plus désâmée qu'est l'école à notre époque où il est chaque jour plus palpable que nous n'avons plus trop de valeurs collectives à y transmettre sinon qu'une certaine vision de la tolérance du vide relationnel comblé par le plein numérique.
Comme éducateur, on est souvent seul à essayer de jauger ce qui doit être transmis au milieu de ce chaos des perspectives. Et puis, si on n'est pas trop con, on sait aussi que bien des propagandes non questionnées sont véhiculées par la boîte à éduquer.
Car, évidemment, Dieu réunit ceux qui s'aiment dans cette société où la famille implose depuis des décennies, ou on a un des taux de divorce les plus élevé au monde. Ou chacun vit de plus en plus virtuellement et s'adonne de plus en plus à l'absence du présent pour une présence à l'autre dans la machine.
Pour finir, je constate qu'il est curieux de parler de censure au sujet d'un individu, car cette faculté de censurer est normalement dévolu à un système. On est dans le glissement pernicieux. Et puis, You-Tube est toujours là si on a la nostalgie de la version originale. Oui on a le droit de parler de Dieu au Québec, mais a-t-on le droit de choisir de ne pas en parler?
vendredi 10 février 2012
Quand le goût d'enseigner s'émousse
Je suis de mauvaises humeurs souvent de ce temps-ci. J'ai de plus en plus l'impression d'être mêlé à une situation sans issue, à une mission perdue d'avance. Un défi, passé un certain temps à se cogner constamment à des obstacles insolubles, finit par devenir une galère. La situation finit par briser le mince espoir qui, comme enseignant, me fait déployer souvent beaucoup d'énergies pour préparer mes cours et me présenter en classe jour après jour et participer à la vie de l'école dans tous ces aspects. C'est un métier intense qui déborde souvent, très souvent dans la vie privée.
Je n'ai pas bien choisi ma matière, le français qui suppose un investissement cognitif constant. On ne travaille pas dans le texte comme on travaille des problèmes de maths. Enseigner le français, c'est se lancer constamment dans mille sujets avec les jeunes. On y fait de la géographie, de l'histoire, des sciences, de l'économie, de la politique, etc. En plus de la grammaire, en plus des notions reliées à notre matière, en plus d'une auto-surveillance constante en matière d'orthographe et de justesse du sens des mots qui mobilisent beaucoup d'attention en situation d'enseignement. Et bon, comme tout prof, on a de la gestion de classe, de l'attention aux élèves, à la dynamique, les cas problèmes à gérer... En plus, cette année, je roule dans les 5 niveaux à la fois. C'est un peu infernal. Je n'arrive pas à investir autant dans tous mes niveaux à la fois. Je donne des «bourrées» à un niveau, puis un autre. Ceux qui ont déjà enseigné beaucoup de niveaux ou de matières doivent comprendre de quoi je cause. Il n'est pas simple de bien répartir son énergie pour être prêt sur tous mes niveaux ou enfin d'offrir une bonne prestation selon mes critères.
Hier, on a eu droit à une conférence imprévue - qu'une situation des plus burlesque nous a fait vivre moi et quelques collègue- «Think positif» ou «tout est une question d'attitude». Je ne ferais pas ce métier, si je n'avais pas une bonne capacité de résilience, si j'étais parano, exagérément susceptible ou encore rancunier.
Je manque parfois de sens de l'humour. Ou je suis beaucoup concentré à tenir une certaine ligne de conduite, à indiquer un direction à prendre et à tenter de faire passer tout le monde par là.
L'enseignement ou l'apprentissage est tellement l'objet d'un torpillage constant comme un vent coquin qui empêche que l'étincelle allument la flamme du feu de camp. On est souvent là à tourner le dos au vent pour allumer son feu. Parce que c'est ma job d'allumer du feu d'intelligence et c'est pas évident avec le bavardage, avec des jeunes enfants-rois pas vraiment concernés, des administrations qui annulent des cours à la dernière minutes régulièrement, une école où dès qu'un suppléant entre - et ils en entrent tout le temps - fait que l'ensemble de l'école perd beaucoup de sérieux. Des fois, les suppléants sont en retard. Alors, un prof prend les élèves dans le corridor et les intègre à son cours ou amènent tout le monde jouer au ping pong! Je rigolais hier, nos tables de ping-pong servent plus que notre matériel pédagogique des fois. Nos jeunes du sec. 1 entrent en classe et première question: «On va jouer au ping pong, on va en informatique?» Bref, on est «casseux» de party à chaque période... C'est vrai, le CP fait deux périodes de ping pong par jour. ¨Ça marche comme récompense et pour garder l'école calme en situation de survie, peut-être un peu trop. On dérive vers l'école-garderie plus l'année avance.
C'est comme ça par ici, avec la petite équipe de profs. En plus, on en a toujours un parti en formation ou en sortie avec des élèves et quand ça arrive c'est pour au moins une semaine. Depuis les fêtes, on a perdu un joueur, il n'a pas été remplacé. Ça «brette» en avant ou on cherche à faire des économies jusqu'au premier avril (ici les budgets sont souvent dépensés avant la date fatidique...) Un collègue se tape du 5 heures d'enseignement quotidien depuis. Il est immigrant, il n'est pas capable de chialer ou de s'affirmer et s'épuise peu à peu, mais bon « en avant », vu qu'on a pas vraiment la compétence pour apprécier ce qui se passe dans l'école, on s'occupe de trucs triviaux, alors que mille urgences secoue la baraque. Comme la pénurie de papier qui menace par exemple... On a aussi un prof qui est pratiquement aussi absent que présent depuis le début de l'année. Elle n'est même pas en maladie, cherchez l'erreur.
Après, il y a les activités culturelles. Bon, c'est bien, des marches pour aller encourager des causes. Mais bon, quand le deux tiers des élèves se pointent à l'école au lieu d'aller marcher et que 3 profs vont marcher avec 4-5 jeunes tandis que deux autres tiennent le fort, évidemment, l'école joue au ping pong au lieu de faire des classes. Hier, on avait trop d'activités spéciales pour la capacité de l'école à les gérer. Enfin, la capacité de gestion de certain ici est une rengaine burlesque, mais bon... On a donc eu une activité culturelle qui a foiré dans son but, un autobus scolaire qui est parti avec tout le secondaire en laissant sur place tous les profs. Oui tous les profs... Un conférencier oublié, pourtant débarqué la veille dans le grand Nord pour motiver des élèves qui se retrouvent à motiver des profs laisser en rad par une désorganisation qui dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu'ici... Pis, en après-midi, j'ai bricolé mon traineau en périodes maisons pour me refaire un peu de santé mentale. Mais à l'école, je me suis fait raconter par ma collègue conjointe estomaquée, on a eu doit à une conférence de 10 minutes, un chocolat chaud, puis une marche forcée à se battre pour faire sortir des élèves de l'école pour sensibiliser des jeunes à l'intimidation sur internet. Faut juste ce dire que c'est probable dans les communautés et que le comble de l'improvisation se sécrète naturellement par ici. Au final, pour la mission éducative, une journée foutue en l'air.
Bref, une semaine dérisoire, non scolaire ou si peu... Quand je vois certains élèves, récemment chroniquement absents, se pointer car on leur a fait un ultimatum, je suis gêné, j'ai presque honte.
Ah oui, et je ne peux pas vraiment avancer dans mon programme depuis trois semaines à cause d'évaluations de pratique d'un organisme qui tente de prendre le contrôle régional de nos écoles. On n'a pas le choix, il faut que je passe ces examens de niveau prototype d'examen du mels tout niveau. Bref, dans le contexte de mes élèves pas de niveau, d'une inconcevable inutilité. 5 niveaux de guides, de cahiers de préparation, de cahiers de version provisoire, de cahiers de version finale, de feuilles de notes, de corrigés, de fiches de rétroaction, documents auxquels il manque des copies en couleurs en format cahier. Des heures de plaisir en gestion de papiers... Ensuite, je ne sais pas si on s'imagine trois démarches du genre avec des activités de préparations dans une même classe, parce que oui j'ai le 3-4-5 ensemble! Je suis aussi mobilisé par ces aberrations que mes élèves. Le pire, c'est qu'on va faire 20 % de la note avec ce genre d'épreuves à la fin de l'année très probablement sans appliquer le principe du ministère qui est de faire passer 80 % des élèves ou de reproduire grosso modo les moyennes historiques comme j'ai lu dans un savant document du Mels. L'an prochain, je ne sais pas si on a réfléchi à ça quelque part, les élèves seront tous pratiquement recalés si l'on maintient la logique de cette machine infernale...
Et la fin d'étape qui se pointe à l'horizon et les foutus oraux que j'aimerais bien lancer pour respecter l'obligation d'évaluer au moins deux fois une compétence et aussi parce que, selon le programme de mes évaluations de pratique du dit organisme régional, je devrais avoir réglé ça depuis fin janvier...
Et la semaine prochaine, je dois réintégrer l'élève que j'aurais agressé qui a agressé en tous cas ma réputation. Une grosse semaine dans une grosse dynamique de classe s'annonce.
Je dois dire que depuis un mois je songe quotidiennement «à toute sacrer ça là»!
Et je médite cette formule entendu hier: «Tout est une question d'attitude»!
Je ne sais pas où est le moment jovialiste où on devient complice de la nullité. C'est une assez délicate question.
Enfin, je fais l'aveu que j'ai des égarements d'attitude et de mauvaises réactions parfois qui ont des effets repoussants. Mon honnêteté et ma sincérité font que je sais dire à quelqu'un:« je suis profondément irrité en ce moment par la situation» ou, au capitaine, que «je ne me sens pas aidé dans mon enseignement cette semaine» quand il me déclare que les choses, ce matin, se passeront ainsi, que «c'est comme ça» et qui signifie que j'ai jonglé pour rien depuis mon réveil à trois périodes que je ne donnerai pas.
Je me suis fait dire par ma proche que je suis parfois «lourd» et, c'est ce qui me fait me dire, que je devrais peut-être me mettre en sabbatique, une fois de plus. Je ne sais plus, de ce temps-ci, comment être constamment heureux avec un «sourire permanent et sincère» si dynamisant pour les autres! Je ne sais pas avoir plus d'attitude que de compétence. Il parait qu'on engage plus les gens pour leur attitude que pour leur compétence.
Aujourd'hui, pédago: certainement une réunion pour constater une fois de plus que ça ne tourne pas rond. Et probablement pour se dire qu'on est un peu tanné de tenter de régler des choses et qu'au final rien ne change, même que tout empire. Et pour qu'on rêve d'un autre capitaine à la barre qui naviguera avec son équipe au lieu de «barrer» contre elle. Mais bon, on va peut être juste se mettre dans la bonne attitude.
J'ai compris récemment pourquoi les équipes qui nous ont précédés avaient eu des approches dont l'apparence était limite professionnelle.
Ils survivaient.
Je n'ai pas bien choisi ma matière, le français qui suppose un investissement cognitif constant. On ne travaille pas dans le texte comme on travaille des problèmes de maths. Enseigner le français, c'est se lancer constamment dans mille sujets avec les jeunes. On y fait de la géographie, de l'histoire, des sciences, de l'économie, de la politique, etc. En plus de la grammaire, en plus des notions reliées à notre matière, en plus d'une auto-surveillance constante en matière d'orthographe et de justesse du sens des mots qui mobilisent beaucoup d'attention en situation d'enseignement. Et bon, comme tout prof, on a de la gestion de classe, de l'attention aux élèves, à la dynamique, les cas problèmes à gérer... En plus, cette année, je roule dans les 5 niveaux à la fois. C'est un peu infernal. Je n'arrive pas à investir autant dans tous mes niveaux à la fois. Je donne des «bourrées» à un niveau, puis un autre. Ceux qui ont déjà enseigné beaucoup de niveaux ou de matières doivent comprendre de quoi je cause. Il n'est pas simple de bien répartir son énergie pour être prêt sur tous mes niveaux ou enfin d'offrir une bonne prestation selon mes critères.
Hier, on a eu droit à une conférence imprévue - qu'une situation des plus burlesque nous a fait vivre moi et quelques collègue- «Think positif» ou «tout est une question d'attitude». Je ne ferais pas ce métier, si je n'avais pas une bonne capacité de résilience, si j'étais parano, exagérément susceptible ou encore rancunier.
Je manque parfois de sens de l'humour. Ou je suis beaucoup concentré à tenir une certaine ligne de conduite, à indiquer un direction à prendre et à tenter de faire passer tout le monde par là.
L'enseignement ou l'apprentissage est tellement l'objet d'un torpillage constant comme un vent coquin qui empêche que l'étincelle allument la flamme du feu de camp. On est souvent là à tourner le dos au vent pour allumer son feu. Parce que c'est ma job d'allumer du feu d'intelligence et c'est pas évident avec le bavardage, avec des jeunes enfants-rois pas vraiment concernés, des administrations qui annulent des cours à la dernière minutes régulièrement, une école où dès qu'un suppléant entre - et ils en entrent tout le temps - fait que l'ensemble de l'école perd beaucoup de sérieux. Des fois, les suppléants sont en retard. Alors, un prof prend les élèves dans le corridor et les intègre à son cours ou amènent tout le monde jouer au ping pong! Je rigolais hier, nos tables de ping-pong servent plus que notre matériel pédagogique des fois. Nos jeunes du sec. 1 entrent en classe et première question: «On va jouer au ping pong, on va en informatique?» Bref, on est «casseux» de party à chaque période... C'est vrai, le CP fait deux périodes de ping pong par jour. ¨Ça marche comme récompense et pour garder l'école calme en situation de survie, peut-être un peu trop. On dérive vers l'école-garderie plus l'année avance.
C'est comme ça par ici, avec la petite équipe de profs. En plus, on en a toujours un parti en formation ou en sortie avec des élèves et quand ça arrive c'est pour au moins une semaine. Depuis les fêtes, on a perdu un joueur, il n'a pas été remplacé. Ça «brette» en avant ou on cherche à faire des économies jusqu'au premier avril (ici les budgets sont souvent dépensés avant la date fatidique...) Un collègue se tape du 5 heures d'enseignement quotidien depuis. Il est immigrant, il n'est pas capable de chialer ou de s'affirmer et s'épuise peu à peu, mais bon « en avant », vu qu'on a pas vraiment la compétence pour apprécier ce qui se passe dans l'école, on s'occupe de trucs triviaux, alors que mille urgences secoue la baraque. Comme la pénurie de papier qui menace par exemple... On a aussi un prof qui est pratiquement aussi absent que présent depuis le début de l'année. Elle n'est même pas en maladie, cherchez l'erreur.
Après, il y a les activités culturelles. Bon, c'est bien, des marches pour aller encourager des causes. Mais bon, quand le deux tiers des élèves se pointent à l'école au lieu d'aller marcher et que 3 profs vont marcher avec 4-5 jeunes tandis que deux autres tiennent le fort, évidemment, l'école joue au ping pong au lieu de faire des classes. Hier, on avait trop d'activités spéciales pour la capacité de l'école à les gérer. Enfin, la capacité de gestion de certain ici est une rengaine burlesque, mais bon... On a donc eu une activité culturelle qui a foiré dans son but, un autobus scolaire qui est parti avec tout le secondaire en laissant sur place tous les profs. Oui tous les profs... Un conférencier oublié, pourtant débarqué la veille dans le grand Nord pour motiver des élèves qui se retrouvent à motiver des profs laisser en rad par une désorganisation qui dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu'ici... Pis, en après-midi, j'ai bricolé mon traineau en périodes maisons pour me refaire un peu de santé mentale. Mais à l'école, je me suis fait raconter par ma collègue conjointe estomaquée, on a eu doit à une conférence de 10 minutes, un chocolat chaud, puis une marche forcée à se battre pour faire sortir des élèves de l'école pour sensibiliser des jeunes à l'intimidation sur internet. Faut juste ce dire que c'est probable dans les communautés et que le comble de l'improvisation se sécrète naturellement par ici. Au final, pour la mission éducative, une journée foutue en l'air.
Bref, une semaine dérisoire, non scolaire ou si peu... Quand je vois certains élèves, récemment chroniquement absents, se pointer car on leur a fait un ultimatum, je suis gêné, j'ai presque honte.
Ah oui, et je ne peux pas vraiment avancer dans mon programme depuis trois semaines à cause d'évaluations de pratique d'un organisme qui tente de prendre le contrôle régional de nos écoles. On n'a pas le choix, il faut que je passe ces examens de niveau prototype d'examen du mels tout niveau. Bref, dans le contexte de mes élèves pas de niveau, d'une inconcevable inutilité. 5 niveaux de guides, de cahiers de préparation, de cahiers de version provisoire, de cahiers de version finale, de feuilles de notes, de corrigés, de fiches de rétroaction, documents auxquels il manque des copies en couleurs en format cahier. Des heures de plaisir en gestion de papiers... Ensuite, je ne sais pas si on s'imagine trois démarches du genre avec des activités de préparations dans une même classe, parce que oui j'ai le 3-4-5 ensemble! Je suis aussi mobilisé par ces aberrations que mes élèves. Le pire, c'est qu'on va faire 20 % de la note avec ce genre d'épreuves à la fin de l'année très probablement sans appliquer le principe du ministère qui est de faire passer 80 % des élèves ou de reproduire grosso modo les moyennes historiques comme j'ai lu dans un savant document du Mels. L'an prochain, je ne sais pas si on a réfléchi à ça quelque part, les élèves seront tous pratiquement recalés si l'on maintient la logique de cette machine infernale...
Et la fin d'étape qui se pointe à l'horizon et les foutus oraux que j'aimerais bien lancer pour respecter l'obligation d'évaluer au moins deux fois une compétence et aussi parce que, selon le programme de mes évaluations de pratique du dit organisme régional, je devrais avoir réglé ça depuis fin janvier...
Et la semaine prochaine, je dois réintégrer l'élève que j'aurais agressé qui a agressé en tous cas ma réputation. Une grosse semaine dans une grosse dynamique de classe s'annonce.
Je dois dire que depuis un mois je songe quotidiennement «à toute sacrer ça là»!
Et je médite cette formule entendu hier: «Tout est une question d'attitude»!
Je ne sais pas où est le moment jovialiste où on devient complice de la nullité. C'est une assez délicate question.
Enfin, je fais l'aveu que j'ai des égarements d'attitude et de mauvaises réactions parfois qui ont des effets repoussants. Mon honnêteté et ma sincérité font que je sais dire à quelqu'un:« je suis profondément irrité en ce moment par la situation» ou, au capitaine, que «je ne me sens pas aidé dans mon enseignement cette semaine» quand il me déclare que les choses, ce matin, se passeront ainsi, que «c'est comme ça» et qui signifie que j'ai jonglé pour rien depuis mon réveil à trois périodes que je ne donnerai pas.
Je me suis fait dire par ma proche que je suis parfois «lourd» et, c'est ce qui me fait me dire, que je devrais peut-être me mettre en sabbatique, une fois de plus. Je ne sais plus, de ce temps-ci, comment être constamment heureux avec un «sourire permanent et sincère» si dynamisant pour les autres! Je ne sais pas avoir plus d'attitude que de compétence. Il parait qu'on engage plus les gens pour leur attitude que pour leur compétence.
Aujourd'hui, pédago: certainement une réunion pour constater une fois de plus que ça ne tourne pas rond. Et probablement pour se dire qu'on est un peu tanné de tenter de régler des choses et qu'au final rien ne change, même que tout empire. Et pour qu'on rêve d'un autre capitaine à la barre qui naviguera avec son équipe au lieu de «barrer» contre elle. Mais bon, on va peut être juste se mettre dans la bonne attitude.
J'ai compris récemment pourquoi les équipes qui nous ont précédés avaient eu des approches dont l'apparence était limite professionnelle.
Ils survivaient.
samedi 4 février 2012
Garder son calme même quand la cloche ne sonne plus
Pour moi, quelque part, les temps sont durs. J'ai appris cette semaine qu'un « dossier a été ouvert» me concernant. Nouvelle montée émotionnelle, amplifiée par les collègues qui eux aussi sont atteints par cette situation. Solidarité, identification, je ne sais, en tout cas, des gens ont des réactions beaucoup plus spectaculaires dans l'équipe assez liée dans laquelle j'évolue. On a perdu notre sentiment d'invulnérabilité, on regarde en face notre réelle fragilité. Au point que, même si je travaille à garder mon calme et à rester centré et que je réussis pas mal à le faire, l'émotion des collègues en vient à me faire me demander si je ne devrais pas avoir peur. C'est moi l'accusé et c'est moi qui me rassure et rassure dans l'histoire. Pour gérer tout ça, j'ai besoin que quelqu'un prenne autour de moi cette position rassurante et je n'ai trouvé personne d'autre que moi-même pour la tenir, cette position. Il faut même faire attention à la contagion, car je suis sensible. Par moment, j'ai effectivement peur. Elle est une des composantes majeures des émotions qui me traversent.
Il y a beaucoup à apprendre sur soi en vivant ce genre de situation. Je me vois sous l'effet de l'émotion aussi devenir par moment catégorique, totalement rigide. Comme si un être défensif prenait par moment le contrôle de ma baraque intérieure. Je fais par moment des déclarations inappropriées, excessives.
Heureusement, j'ai quelques expériences qui m'ont donné des outils pour m'aider. J'ai déjà vécu un an de procédures judiciaires pour une affaire où moi et quelques amis n'avions rien à nous reprocher. Je me rappelle d'une situation qui a été au plus un peu emmerdante. J'ai eu la maladie pour apprendre la patience et à gérer mon calme et la grande épreuve: un divorce avec enfants.
Dans ces situations, garder la tête claire pour répondre adéquatement au défi qui se pose m'apparait d'une importance capitale. Me décider à aller voir la ressource des services sociaux qu'on m'avait proposée pour aller ventiler a été une de ces décisions importantes de la semaine. Surtout que j'avais appris qu'un membre des SS avait réclamé ma mise à pied auprès de la direction. C'était plus avisé que de me prendre une bière ou un scotch en entrant!Je suis allé incarner mon rôle et combattre les «projections» que tous font dans ce genre de crise.
Enfin bref, les temps sont durs. Le groupe de secondaire un est en pleine régression dans la suite ou la concomitance de l'événement, par exemple. Et le moral des troupes enseignantes est plutôt bas. On est en pleine crise de leadership et ce, à tout niveau. La poignée de porte de l'école est restée dans les mains d'une enseignante cette semaine. J'étais là. Événement symbolique. Plus personne n'a les clés de l'école puisqu'on a changé tout le mécanisme.
Les cloches ne sonnent plus depuis le retour de janvier. L'impact d'un simple détail a eu des répercussions fabuleuses.Que de montées d'adrénaline depuis!
Tout cela m'évoque ce passage d'Apocalypse Now, vous vous souvenez de ce moment où, sur un champ de bataille, il n'y a plus un officier pour diriger les soldats...
On n'en est pas là encore, mais les officiers sont perturbés et le fonctionnement global s'en ressent. Tout de même, on aurait bien besoin d'un commandant en forme et avisé.
Il y a beaucoup à apprendre sur soi en vivant ce genre de situation. Je me vois sous l'effet de l'émotion aussi devenir par moment catégorique, totalement rigide. Comme si un être défensif prenait par moment le contrôle de ma baraque intérieure. Je fais par moment des déclarations inappropriées, excessives.
Heureusement, j'ai quelques expériences qui m'ont donné des outils pour m'aider. J'ai déjà vécu un an de procédures judiciaires pour une affaire où moi et quelques amis n'avions rien à nous reprocher. Je me rappelle d'une situation qui a été au plus un peu emmerdante. J'ai eu la maladie pour apprendre la patience et à gérer mon calme et la grande épreuve: un divorce avec enfants.
Dans ces situations, garder la tête claire pour répondre adéquatement au défi qui se pose m'apparait d'une importance capitale. Me décider à aller voir la ressource des services sociaux qu'on m'avait proposée pour aller ventiler a été une de ces décisions importantes de la semaine. Surtout que j'avais appris qu'un membre des SS avait réclamé ma mise à pied auprès de la direction. C'était plus avisé que de me prendre une bière ou un scotch en entrant!Je suis allé incarner mon rôle et combattre les «projections» que tous font dans ce genre de crise.
Enfin bref, les temps sont durs. Le groupe de secondaire un est en pleine régression dans la suite ou la concomitance de l'événement, par exemple. Et le moral des troupes enseignantes est plutôt bas. On est en pleine crise de leadership et ce, à tout niveau. La poignée de porte de l'école est restée dans les mains d'une enseignante cette semaine. J'étais là. Événement symbolique. Plus personne n'a les clés de l'école puisqu'on a changé tout le mécanisme.
Les cloches ne sonnent plus depuis le retour de janvier. L'impact d'un simple détail a eu des répercussions fabuleuses.Que de montées d'adrénaline depuis!
Tout cela m'évoque ce passage d'Apocalypse Now, vous vous souvenez de ce moment où, sur un champ de bataille, il n'y a plus un officier pour diriger les soldats...
On n'en est pas là encore, mais les officiers sont perturbés et le fonctionnement global s'en ressent. Tout de même, on aurait bien besoin d'un commandant en forme et avisé.
Et selon moi ça commence à la maison...
«C'est
dans de petits gestes qu'on observe des attitudes prédisposant à la
réussite scolaire. L'enfant en maternelle qui écoute les consignes, se
concentre sur les exercices demandés – même ceux qui ne lui plaisent pas
d'emblée – et respecte l'autorité aura de meilleures notes en quatrième
année du primaire que celui qui désobéit, défie l'éducatrice et ne
termine pas ses exercices.
Trouvé ici.
Voilà qui correspond à ce que je pensais sans avoir fait des études longitudinales. J'avais cette attitude positive moi aussi dès le premier jour où j'ai mis les pieds dans une classe. Mes trois garçons l'avaient et réussissent et continuent de réussir très bien à l'école, malgré qu'ils aient fréquenté pas la plus recommandable des écoles de Montréal.
Quotidiennement, j'observe le cul-de-sac de l'attitude oppositionnelle des jeunes pour leurs apprentissages. Dans le milieu où je suis, c'est l'apothéose! Focaliser sur les raisons de ne pas faire le travail ou sur la manière de contester le prof occupe toutes les pensées de trop nombreux jeunes. Au lieu d'écouter ce qu'il y a à faire, de le faire, de se concentrer, ils ont développé des réflexes de contestations inappropriées. J'observe même que tout le système scolaire stimule cette attitude de défi perpétuel en cadrant que les jeunes doivent être intéressés et que c'est le rôle des enseignants de stimuler cet intérêt. On veut développer leur esprit critique dès le primaire. C'est évidemment trop tôt et ça fout tout en l'air, car avant de pouvoir critiquer quelque chose, il faut bien sûr comprendre. Il faut même avoir quelques expériences, conceptions ou points de vue dissonants sur lesquels s'appuyer pour construire une critique utile et pertinente.
Et vous devinez quoi? La question qui vient après le constat de cette chercheuse est la plus intéressante. Comment ces jeunes ont-ils acquis ces attitudes et ces gestes appropriés qui peuvent prédire la réussite scolaire?
Je suis certain que la réponse, aussi simple, va nous mener au constat que l'intervention sociale pour y arriver a peu de moyens pour réussir à atteindre cet objectif, car c'est à la maison, sous la supervision d'un parent, que s'apprend cette attitude et ces gestes dans les phases préscolaires des étapes du développement. En garderie, c'est déjà foutu. Les éducateurs du préscolaire ont rarement les coudés franches pour faire intérioriser la nécessité hiérarchique à l'enfant qui permet à l'appareil cognitif de trouver le calme nécessaire à son développement.
Et cette vision personnelle repose simplement sur mon expérience de parent et le souvenir de ma propre relation avec mes parents quand j'étais jeune. J'ai tout simplement appris très tôt pour mon bien que je devais écouter les consignes que mes parents me donnaient.
vendredi 27 janvier 2012
Kafka et moi
Ça y est. J'y ai goûté. Le cauchemar des mâles enseignants. L'accusation qui tue. J'aurais mis la main aux ... d'une jeune il y a deux semaines. L'allégation a été proférée une semaine plus tard, lors d'un conflit avec une autre élève qui a forcé le chemin et m'a bousculé pour sortir de la classe pour une retenue ridicule de 5 minutes. Elle avait peur du gros méchant loup que je serais, a-t-elle laissé entendre. Et la copine d'en remettre et d'affirmer catégoriquement que je me suis comporté en éducateur indigne...
Bon, j'ai l'avantage d'avoir une conduite tout à fait irréprochable en ces domaines depuis toujours et que l'ensemble de mes collègues ne croient pas la gamine.
Nous voilà une semaine plus tard, l'histoire n'est sûrement pas terminée. On ne m'a pas mis à pied, ça ne va pas sortir dans les médias. A part quelques remarques d'un jeune petit con qui a été rencontré par la direction, je n'ai pas reçu de marques d'intimidation désobligeantes. J'ai eu trois jours d'incrédulité protectrice, deux jours de déprime/irritation et puis depuis deux jours ma vie continue.
J'ai été étonné de voir des amis collègues être super indignés, alors que pour moi dans la suite fréquente des tentatives d'intimidation que nous devons gérer de la part de nos jeunes qui tentent ainsi de maladroitement s'affirmer ou d'exister aux yeux des autres, ou de tenter de nous faire peur pour nous obliger à l'indulgence face à leur manque de travail, ce n'est qu'un chapitre de plus.
Évidemment, le tout a un potentiel de judiciarisation. Il est possible que j'aie à donner ma version des faits à des enquêteurs... Enfin, pour ne pas prêter flan à des critiques malveillances et se protéger, l'école a demandé une vérification aux autorités compétentes. Ni la victime ni l'abuseur allégués n'ont été rencontrés.
Mais bon, d'abord l'accusation est assez anodine dans l'échelle des actes répréhensibles et à peine croyable quand on y pense. Je l'aurais commis en public dans un couloir en allant aux cours dans le mouvement de la ruée vers les classes. On ne parle pas de dynamique malsaine longtemps préparée dans des endroits isolés comme le fond les abuseurs.
J'ai aussi la chance d'être en poste dans un tout petit patelin où les liens entre les gens sont tissés serrés. Ce pourrait être un désavantage, mais ici des collègues convaincus que l'accusation n'a aucun sens, car ils me connaissent assez bien déjà, ont des liens très implantés dans la communauté et désamorce la rumeur infondée. Dans de telles circonstances, le temps fait que l'accusatrice voit que peu la croit et franchement, tout a de fortes chances de tomber dans le désintéressement d'ici bientôt.
Tout de même, dans nos métiers où la réputation a une forte incidence sur notre capacité d'action avec les jeunes, on repense évidemment au Procès de Kafka où Joseph K. se débat avec des accusateurs qui ne lui disent pas vraiment ce qu'on lui reproche. Moi, je me souviens à peine de cette journée pareille à des dizaines d'autres où bien des moments sombrent dans l'oubli. Et c'est dans cette journée oubliée que j'aurais commis l'insensé.
Bon, j'ai l'avantage d'avoir une conduite tout à fait irréprochable en ces domaines depuis toujours et que l'ensemble de mes collègues ne croient pas la gamine.
Nous voilà une semaine plus tard, l'histoire n'est sûrement pas terminée. On ne m'a pas mis à pied, ça ne va pas sortir dans les médias. A part quelques remarques d'un jeune petit con qui a été rencontré par la direction, je n'ai pas reçu de marques d'intimidation désobligeantes. J'ai eu trois jours d'incrédulité protectrice, deux jours de déprime/irritation et puis depuis deux jours ma vie continue.
J'ai été étonné de voir des amis collègues être super indignés, alors que pour moi dans la suite fréquente des tentatives d'intimidation que nous devons gérer de la part de nos jeunes qui tentent ainsi de maladroitement s'affirmer ou d'exister aux yeux des autres, ou de tenter de nous faire peur pour nous obliger à l'indulgence face à leur manque de travail, ce n'est qu'un chapitre de plus.
Évidemment, le tout a un potentiel de judiciarisation. Il est possible que j'aie à donner ma version des faits à des enquêteurs... Enfin, pour ne pas prêter flan à des critiques malveillances et se protéger, l'école a demandé une vérification aux autorités compétentes. Ni la victime ni l'abuseur allégués n'ont été rencontrés.
Mais bon, d'abord l'accusation est assez anodine dans l'échelle des actes répréhensibles et à peine croyable quand on y pense. Je l'aurais commis en public dans un couloir en allant aux cours dans le mouvement de la ruée vers les classes. On ne parle pas de dynamique malsaine longtemps préparée dans des endroits isolés comme le fond les abuseurs.
J'ai aussi la chance d'être en poste dans un tout petit patelin où les liens entre les gens sont tissés serrés. Ce pourrait être un désavantage, mais ici des collègues convaincus que l'accusation n'a aucun sens, car ils me connaissent assez bien déjà, ont des liens très implantés dans la communauté et désamorce la rumeur infondée. Dans de telles circonstances, le temps fait que l'accusatrice voit que peu la croit et franchement, tout a de fortes chances de tomber dans le désintéressement d'ici bientôt.
Tout de même, dans nos métiers où la réputation a une forte incidence sur notre capacité d'action avec les jeunes, on repense évidemment au Procès de Kafka où Joseph K. se débat avec des accusateurs qui ne lui disent pas vraiment ce qu'on lui reproche. Moi, je me souviens à peine de cette journée pareille à des dizaines d'autres où bien des moments sombrent dans l'oubli. Et c'est dans cette journée oubliée que j'aurais commis l'insensé.
samedi 12 novembre 2011
Quand on oublie la réalité...
Mollesse en évaluation
Ces dernières années, avec la réforme, qu'on traine toujours dans notre sillage, nos jeunes ont été habitués à la mollesse des évaluations. Nous sommes encore sous l'empire des grosses situations d'évaluation qui s'étirent sur deux semaines avec des tâches complexes à mener. Bref, au secondaire, BIM, la banque d'instrument de mesure bien connue, naguère florissante, ne produit plus grand chose d'exécutable dans un format d'examen. Les méthodes d'enseignement, dépendant qui les a choisies dans les années que vous n'étiez pas là, à la sauvette en mai, par on ne sait qui, quand il ou elle avait d'autres chats à fouetter, sont souvent navrantes aussi.
Le prof débordé a rarement le temps de faire de bons instruments pour vérifier les acquisitions de ses jeunes, mais surtout on a perdu l'art de mobiliser les troupes vers des objectifs d'examens. D'ailleurs, y a-t-il encore des sessions d'examens régulières? On s'épargne la complexité d'organiser la chose assez simplement de nos jours en oubliant tout le profit qu'on peut en tirer. Évidemment, les raisonnements tordus des hérauts de la réforme ont bien travaillé à saper notre capacité d'éduquer les jeunes en torpillant ces pratiques, comme tous les affreux instruments de «bourrages de crânes» du genre.
Néanmoins, je pose la question: comment évaluer les jeunes sans un format qui ne permet pas la triche ou les faux-fuyants? Ces dernières années, combien de fois je devais évaluer mes jeunes dans mes deux compétences fondamentales (lecture, écriture) en français sans vraiment avoir un espace significatif pour le faire. Quand les productions écrites s'étirent sur plus d'une semaine, de cours en cours, avec toutes les possibilités d'avoir un coup de pouce d'amis dans une atmosphère difficile à cadrer aussi longtemps avec le sérieux que cela requerrait, quand l'examen de lecture aussi s'étend sur plusieurs périodes, franchement, comment peut-on prétendre être sérieux en évaluation?
Une question de crédibilité
Comment nos jeunes peuvent-ils trouver crédible l'école qui leur permet aussi facilement de s'en tirer en ne foutant à peu près rien?
Peut-être vos jeunes ont-ils à voir avec ceux que j'ai devant moi cette année. Même si je suis dans un petit milieu, qui souffre d'être en région éloignée, qui a de la difficulté à recruter des profs qui vont rester, qui en trouve souvent mais avec un niveau d'éthique professionnel plutôt discutable, mes jeunes ressemblent à trop de jeunes que j'ai vus aussi dans les grandes et petites villes. J'ai beaucoup d'ados qui s'en foutent.
Les travaux clones
De jeunes habitués de ne rien faire, et quand je dis cela, je dis «rien» ou tout comme, et qui se contentent de copier les exercices demandés, les devoirs, à se faire faire des travaux par l'ami(e) qui a un peu de talent. On reçoit souvent des travaux qui ont le don de se ressembler. Dans mes classes très petites, ça devient assez frappant, je me suis amusé à noter dans la copie d'un élève de secondaire trois tout ce qu'il avait copié sur le travail des autres dans un travail de compréhension de texte en classe. Quand le jeune copie à la lettre aussi les fautes d'orthographe typiques des autres élèves qui ont vraiment fait le travail, il n'y a pas de doute. Le jeune ne sait probablement rien faire de lui-même. Il n'a, en tout cas, rien tiré de l'exercice. Je pouvais lui dire où il avait copié telle suite de numéros, puis sur qui il s'était «inspiré» pour ces autres numéros et, enfin, une fois établies ces sources providentielles, il ne restait que les numéros dont il m'avait tété les réponses. Sur les 5 élèves qui «avait fait le travail», deux l'avait vraiment fait, les 3 autres avait copié 80% de leurs réponses. Les réponses étaient clonées sans même prendre la peine de corriger les fautes! J'ai commencé à inscrire des notes sur les travaux qui ressemblent à ceci: 40 points copiés sur 48. Ou 42/48 dont 40 points copiés.
Ce n'est qu'un exemple, mais c'est ici pour beaucoup de mes groupes la seule façon qu'ils connaissent de faire de l'école. Ils viennent jaser, socialiser, s'absente aussi très souvent, ils attendent que l'amie fasse les travaux et, d'une manière des plus efficace, ils produisent finalement en retard leur ouvrage. Évidemment, à l'ère du respect du rythme de l'élève, on est un peu coincé et obligé de laisser souvent faire ce genre de chose.
J'ai aussi d'autres élèves ici qui attendent en espérant qu'on les oublie. Qui ne font tout simplement pas les travaux, ou qui promettent de les faire. On ne voit pratiquement jamais la couleur de leurs travaux. Ces jeunes ont compris que l'école fait des évaluations sommatives vers la fin des étapes et qu'ils arrivent toujours à tricher un peu et à se tirer avec des notes sur le bord de 60 et que les profs ont du mal à les sanctionner dans ces situations.
Pire, mes jeunes m'interrogent en examen pour que je leur explique la matière comme si c'était tout à fait normal. Et me font de gros yeux quand je leur dis que l'heure des explications est terminée, que j'évalue leurs apprentissages et non les miens que je sais valables! Il est sorti cette semaine dans une entrevue avec l'éducatrice que les élèves sont habitués à des profs qui leur payent souvent le café et qui leur donne des réponses en examen.
On part de loin. On atteint des sommets ici. L'année dernière, mes jeunes étaient fainéants, mais avec le petit système des travaux, qui tous comptent, consignés à faire au mur, ils s'étaient au moins mobilisés. Ici, depuis le début de l'année, j'en vois beaucoup afficher l'attitude cause-toujours-tu-m'intéresses quand je leur rappelle comment j'évalue. Il ne me crois pas. L'école, ici, a toujours été une récréation permanente ou une garderie scolaire à peine déguisée et moi, Jo Blo, sorti d'on ne sait où, je prétends vouloir changer cela!
Une session d'examens
Bref, manquant de temps pour faire mes évaluations dans les grilles horaires habituelles parce qu'on m'a sorti pour un comité pendant une semaine dans le cadre de mes fonctions à trois semaines de la fin d'étape, j'ai proposé à l'équipe avec une autre enseignante avec qui je suis de mèche de faire une session d'examens. J'ai dû l'organiser, mais on a pu la faire.
Résultat: franchement fascinant. Le directeur, n'en revenait pas cette semaine de voir ces jeunes aussi tranquilles en train de faire leurs examens. Certains jeunes aussi n'en revenaient pas. Le plus beau de l'affaire, c'est le prof qui prend des jeunes en cheminement particulier qui a fait aussi des examens et qui a battu des record d'assistance: les jeunes, ceux qui ne fonctionnent pas dans les classes régulières, voulaient faire leurs examens!
L'avantage d'une session commune d'examens en plus, c'est que les interventions des profs sont publiques si on a pris la précaution de mettre un surveillant qui n'est pas de la matière en classe. On contrecarre les excès de complaisance. Je me suis même permis d'influencer les collègues en leur donnant les petites formulent chocs qui me permettent de ne pas passer mon temps à niaiser avec les téteux: «Je veux pas savoir ce que je sais, je le sais déjà, mais ce que tu es capable de faire». J'appelle cela de la réalité-thérapie.
J'en ai travaillé un coup, avec mes 5 niveaux: 5 prétests de grammaire, 5 tests de grammaire, 5 cahiers de préparation de l'écriture, 5 documents pour la production écrite, 5 examens de lecture. En plus des sessions intensives de saisi de la sauce dans la semaine précédant les examens.
Mais, en corrigeant tout cela, je vois émerger la réalité claire, nette, incontestable. Je vois la jeune que je croyais douée, par exemple, n'être finalement que la bonne amie de l'autre élève vraiment douée. Les effets masquants sont découverts. Tel jeune que je déclarais être pas vraiment de niveau, l'est maintenant incontestablement. Quand un jeune se tape 25 % à l'examen de lecture, 26 % à l'écriture, on a de quoi faire un rapport de la situation.
Et le stress d'évaluation, et leur «faire vivre l'échec»
J'ai vu un cas sortir de l'école pour un problème de santé, mais c'était trop avant la semaine d'examens pour être directement relié, pour cette jeune fille maladive.
Pour les autres, j'aimerais parler de stress positif. Quand mes jeunes m'ont réclamé pour un cours où on m'avait retardé en raison d'une rencontre imprévue avec un parent, j'étais content de voir qu'enfin, l'approche de l'échéance faisait que plusieurs élèves s'inquiétaient de pouvoir avoir la dernière leçon ou répétition des notions clés avant les examens. Enfin, je les voyais mobilisés dans le bon sens.
Oui, ils sont anxieux de savoir s'ils ont «passé», mais quelle leçon de réalité!
Quant au faire vivre l'échec, je crois ici que pour beaucoup d'entre eux l'expérience de l'échec est une réalité à vivre urgemment. Parce qu'en ce moment, ils vivent sur une autre planète, ils sont dans le rêve, dans la prétention, dans l'intuition quelque part qu'ils sont en fait des faussaires, et dans l'absence de contrôle total sur leur apprentissage. Ils ne voit aucune relation entre leur travail et leurs résultats. Ils ont toujours été gavé de notes bonbons. Combien de fois, en les écoutant parler, je me surprends à m'inquiéter de leur absence de sens des réalité. Ils ne connaissent rien, mais font comme s'ils savaient tout.
Bref, j'ai mis mes jeunes devant la réalité, devant l'exigence. Et dans les semaines qui s'en viennent devant la réalité que le seuil minimal à l'école ne s'obtient pas en ne faisant rien. Que l'école est véritablement un endroit dédié à l'apprentissage.
Compassion n'est pas complaisance.
Je vois trop de monde compatir pour nos jeunes. Pauvres petits pits, ils manquent de modèles masculins. Ils ont des vies si difficiles. Non, nos jeunes souffrent de ne pas avoir une école sérieuse, exigeante, encadrante, qui met devant eux des défis réels, qui poussent au dépassement de la paresse naturelle, qui permet de développer ses habiletés, parce qu'on n'a pas le choix de le faire, pour se rendre compte un jour qu'on a réellement appris quelque chose et que ces acquis ont valu les efforts. Éduquer, c'est canaliser l'énergie des jeunes vers l'apprentissage de connaissances de base et pour cela, nous avons besoin de processus qui ne laissent pas fuir cette énergie trop facilement. On a perdu le sens formateur des épreuves.
Quand des profs compatissent au point d'en perdre tout professionnalisme et de travestir l'éducation, je m'inquiète pour nos jeunes et notre avenir collectif. N'importe qui peut acheter la paix avec des bonbons. Mais ce n'est pas notre rôle d'éducateur d'agir ainsi. Nous avons certainement à comprendre nos jeunes et à accepter leurs réactions, ce qu'ils sont, leurs difficultés, à les écouter, jusqu'à un certain point, mais cela ne veut dire en rien être complaisant.
Je m'entends moi-même souvent me plaindre quand le travail et les exigences d'une conduite professionnelle m'imposent de longues heures de boulot et que je ressens la fatigue accumulée. Cela ne veut pas dire que j'en ai trop, ni que je ne trouve pas ce que je fais important. Cela veut juste dire que j'ai besoin de prendre du repos. Ce ne sont pas les exigences qui sont le problème, c'est la gestion de mes énergies. Nos jeunes aussi ont besoin de faire ces apprentissages pour un jour mener à bien les entreprises qu'ils auront à cœur de faire réussir.
Ces dernières années, avec la réforme, qu'on traine toujours dans notre sillage, nos jeunes ont été habitués à la mollesse des évaluations. Nous sommes encore sous l'empire des grosses situations d'évaluation qui s'étirent sur deux semaines avec des tâches complexes à mener. Bref, au secondaire, BIM, la banque d'instrument de mesure bien connue, naguère florissante, ne produit plus grand chose d'exécutable dans un format d'examen. Les méthodes d'enseignement, dépendant qui les a choisies dans les années que vous n'étiez pas là, à la sauvette en mai, par on ne sait qui, quand il ou elle avait d'autres chats à fouetter, sont souvent navrantes aussi.
Le prof débordé a rarement le temps de faire de bons instruments pour vérifier les acquisitions de ses jeunes, mais surtout on a perdu l'art de mobiliser les troupes vers des objectifs d'examens. D'ailleurs, y a-t-il encore des sessions d'examens régulières? On s'épargne la complexité d'organiser la chose assez simplement de nos jours en oubliant tout le profit qu'on peut en tirer. Évidemment, les raisonnements tordus des hérauts de la réforme ont bien travaillé à saper notre capacité d'éduquer les jeunes en torpillant ces pratiques, comme tous les affreux instruments de «bourrages de crânes» du genre.
Néanmoins, je pose la question: comment évaluer les jeunes sans un format qui ne permet pas la triche ou les faux-fuyants? Ces dernières années, combien de fois je devais évaluer mes jeunes dans mes deux compétences fondamentales (lecture, écriture) en français sans vraiment avoir un espace significatif pour le faire. Quand les productions écrites s'étirent sur plus d'une semaine, de cours en cours, avec toutes les possibilités d'avoir un coup de pouce d'amis dans une atmosphère difficile à cadrer aussi longtemps avec le sérieux que cela requerrait, quand l'examen de lecture aussi s'étend sur plusieurs périodes, franchement, comment peut-on prétendre être sérieux en évaluation?
Une question de crédibilité
Comment nos jeunes peuvent-ils trouver crédible l'école qui leur permet aussi facilement de s'en tirer en ne foutant à peu près rien?
Peut-être vos jeunes ont-ils à voir avec ceux que j'ai devant moi cette année. Même si je suis dans un petit milieu, qui souffre d'être en région éloignée, qui a de la difficulté à recruter des profs qui vont rester, qui en trouve souvent mais avec un niveau d'éthique professionnel plutôt discutable, mes jeunes ressemblent à trop de jeunes que j'ai vus aussi dans les grandes et petites villes. J'ai beaucoup d'ados qui s'en foutent.
Les travaux clones
De jeunes habitués de ne rien faire, et quand je dis cela, je dis «rien» ou tout comme, et qui se contentent de copier les exercices demandés, les devoirs, à se faire faire des travaux par l'ami(e) qui a un peu de talent. On reçoit souvent des travaux qui ont le don de se ressembler. Dans mes classes très petites, ça devient assez frappant, je me suis amusé à noter dans la copie d'un élève de secondaire trois tout ce qu'il avait copié sur le travail des autres dans un travail de compréhension de texte en classe. Quand le jeune copie à la lettre aussi les fautes d'orthographe typiques des autres élèves qui ont vraiment fait le travail, il n'y a pas de doute. Le jeune ne sait probablement rien faire de lui-même. Il n'a, en tout cas, rien tiré de l'exercice. Je pouvais lui dire où il avait copié telle suite de numéros, puis sur qui il s'était «inspiré» pour ces autres numéros et, enfin, une fois établies ces sources providentielles, il ne restait que les numéros dont il m'avait tété les réponses. Sur les 5 élèves qui «avait fait le travail», deux l'avait vraiment fait, les 3 autres avait copié 80% de leurs réponses. Les réponses étaient clonées sans même prendre la peine de corriger les fautes! J'ai commencé à inscrire des notes sur les travaux qui ressemblent à ceci: 40 points copiés sur 48. Ou 42/48 dont 40 points copiés.
Ce n'est qu'un exemple, mais c'est ici pour beaucoup de mes groupes la seule façon qu'ils connaissent de faire de l'école. Ils viennent jaser, socialiser, s'absente aussi très souvent, ils attendent que l'amie fasse les travaux et, d'une manière des plus efficace, ils produisent finalement en retard leur ouvrage. Évidemment, à l'ère du respect du rythme de l'élève, on est un peu coincé et obligé de laisser souvent faire ce genre de chose.
J'ai aussi d'autres élèves ici qui attendent en espérant qu'on les oublie. Qui ne font tout simplement pas les travaux, ou qui promettent de les faire. On ne voit pratiquement jamais la couleur de leurs travaux. Ces jeunes ont compris que l'école fait des évaluations sommatives vers la fin des étapes et qu'ils arrivent toujours à tricher un peu et à se tirer avec des notes sur le bord de 60 et que les profs ont du mal à les sanctionner dans ces situations.
Pire, mes jeunes m'interrogent en examen pour que je leur explique la matière comme si c'était tout à fait normal. Et me font de gros yeux quand je leur dis que l'heure des explications est terminée, que j'évalue leurs apprentissages et non les miens que je sais valables! Il est sorti cette semaine dans une entrevue avec l'éducatrice que les élèves sont habitués à des profs qui leur payent souvent le café et qui leur donne des réponses en examen.
On part de loin. On atteint des sommets ici. L'année dernière, mes jeunes étaient fainéants, mais avec le petit système des travaux, qui tous comptent, consignés à faire au mur, ils s'étaient au moins mobilisés. Ici, depuis le début de l'année, j'en vois beaucoup afficher l'attitude cause-toujours-tu-m'intéresses quand je leur rappelle comment j'évalue. Il ne me crois pas. L'école, ici, a toujours été une récréation permanente ou une garderie scolaire à peine déguisée et moi, Jo Blo, sorti d'on ne sait où, je prétends vouloir changer cela!
Une session d'examens
Bref, manquant de temps pour faire mes évaluations dans les grilles horaires habituelles parce qu'on m'a sorti pour un comité pendant une semaine dans le cadre de mes fonctions à trois semaines de la fin d'étape, j'ai proposé à l'équipe avec une autre enseignante avec qui je suis de mèche de faire une session d'examens. J'ai dû l'organiser, mais on a pu la faire.
Résultat: franchement fascinant. Le directeur, n'en revenait pas cette semaine de voir ces jeunes aussi tranquilles en train de faire leurs examens. Certains jeunes aussi n'en revenaient pas. Le plus beau de l'affaire, c'est le prof qui prend des jeunes en cheminement particulier qui a fait aussi des examens et qui a battu des record d'assistance: les jeunes, ceux qui ne fonctionnent pas dans les classes régulières, voulaient faire leurs examens!
L'avantage d'une session commune d'examens en plus, c'est que les interventions des profs sont publiques si on a pris la précaution de mettre un surveillant qui n'est pas de la matière en classe. On contrecarre les excès de complaisance. Je me suis même permis d'influencer les collègues en leur donnant les petites formulent chocs qui me permettent de ne pas passer mon temps à niaiser avec les téteux: «Je veux pas savoir ce que je sais, je le sais déjà, mais ce que tu es capable de faire». J'appelle cela de la réalité-thérapie.
J'en ai travaillé un coup, avec mes 5 niveaux: 5 prétests de grammaire, 5 tests de grammaire, 5 cahiers de préparation de l'écriture, 5 documents pour la production écrite, 5 examens de lecture. En plus des sessions intensives de saisi de la sauce dans la semaine précédant les examens.
Mais, en corrigeant tout cela, je vois émerger la réalité claire, nette, incontestable. Je vois la jeune que je croyais douée, par exemple, n'être finalement que la bonne amie de l'autre élève vraiment douée. Les effets masquants sont découverts. Tel jeune que je déclarais être pas vraiment de niveau, l'est maintenant incontestablement. Quand un jeune se tape 25 % à l'examen de lecture, 26 % à l'écriture, on a de quoi faire un rapport de la situation.
Et le stress d'évaluation, et leur «faire vivre l'échec»
J'ai vu un cas sortir de l'école pour un problème de santé, mais c'était trop avant la semaine d'examens pour être directement relié, pour cette jeune fille maladive.
Pour les autres, j'aimerais parler de stress positif. Quand mes jeunes m'ont réclamé pour un cours où on m'avait retardé en raison d'une rencontre imprévue avec un parent, j'étais content de voir qu'enfin, l'approche de l'échéance faisait que plusieurs élèves s'inquiétaient de pouvoir avoir la dernière leçon ou répétition des notions clés avant les examens. Enfin, je les voyais mobilisés dans le bon sens.
Oui, ils sont anxieux de savoir s'ils ont «passé», mais quelle leçon de réalité!
Quant au faire vivre l'échec, je crois ici que pour beaucoup d'entre eux l'expérience de l'échec est une réalité à vivre urgemment. Parce qu'en ce moment, ils vivent sur une autre planète, ils sont dans le rêve, dans la prétention, dans l'intuition quelque part qu'ils sont en fait des faussaires, et dans l'absence de contrôle total sur leur apprentissage. Ils ne voit aucune relation entre leur travail et leurs résultats. Ils ont toujours été gavé de notes bonbons. Combien de fois, en les écoutant parler, je me surprends à m'inquiéter de leur absence de sens des réalité. Ils ne connaissent rien, mais font comme s'ils savaient tout.
Bref, j'ai mis mes jeunes devant la réalité, devant l'exigence. Et dans les semaines qui s'en viennent devant la réalité que le seuil minimal à l'école ne s'obtient pas en ne faisant rien. Que l'école est véritablement un endroit dédié à l'apprentissage.
Compassion n'est pas complaisance.
Je vois trop de monde compatir pour nos jeunes. Pauvres petits pits, ils manquent de modèles masculins. Ils ont des vies si difficiles. Non, nos jeunes souffrent de ne pas avoir une école sérieuse, exigeante, encadrante, qui met devant eux des défis réels, qui poussent au dépassement de la paresse naturelle, qui permet de développer ses habiletés, parce qu'on n'a pas le choix de le faire, pour se rendre compte un jour qu'on a réellement appris quelque chose et que ces acquis ont valu les efforts. Éduquer, c'est canaliser l'énergie des jeunes vers l'apprentissage de connaissances de base et pour cela, nous avons besoin de processus qui ne laissent pas fuir cette énergie trop facilement. On a perdu le sens formateur des épreuves.
Quand des profs compatissent au point d'en perdre tout professionnalisme et de travestir l'éducation, je m'inquiète pour nos jeunes et notre avenir collectif. N'importe qui peut acheter la paix avec des bonbons. Mais ce n'est pas notre rôle d'éducateur d'agir ainsi. Nous avons certainement à comprendre nos jeunes et à accepter leurs réactions, ce qu'ils sont, leurs difficultés, à les écouter, jusqu'à un certain point, mais cela ne veut dire en rien être complaisant.
Je m'entends moi-même souvent me plaindre quand le travail et les exigences d'une conduite professionnelle m'imposent de longues heures de boulot et que je ressens la fatigue accumulée. Cela ne veut pas dire que j'en ai trop, ni que je ne trouve pas ce que je fais important. Cela veut juste dire que j'ai besoin de prendre du repos. Ce ne sont pas les exigences qui sont le problème, c'est la gestion de mes énergies. Nos jeunes aussi ont besoin de faire ces apprentissages pour un jour mener à bien les entreprises qu'ils auront à cœur de faire réussir.
vendredi 28 octobre 2011
Supervision informelle dans le monde post-réforme
On a une stagiaire dans l'école. Bon, elle m'avait demandé de la superviser, mais vu que je ne vise pas super bien, j'ai refusé. Non, sans déconner, j'ai une tâche assez chargée et puis, en plus, je me suis mis en tête tranquillement qu'ici, on pouvait faire pas mal pour changer le cours de l'histoire de l'école pour autant qu'on y mette du temps. L'école est petite, la «gang» est allumée cette année, suffit juste de prendre le «lead» par l'exemple ou en faisant, par un petit effort, arriver les choses. Comme notre première session d'examens d'étape 1 de l'histoire de l'école, je crois, qui est en train de prendre forme. Tranquillement, je sens même que les parties désillusionnées de notre groupe qui se sont laissés gagnés par la paresse commence à réveiller en eux un peu le feu sacré de prendre le risque de la réalité et du défi d'élever nos jeunes vers un peu plus que les destins écrits d'avance.
Bref, superviser quelqu'une juste parce que j'ai un bac d'enseignement et qui ne vient même pas travailler ma matière, ce qui pourrait me libérer de l'énergie pour mes autres mandats, je trouvais cela énergivore pour rien. Surtout que sa manière, à son arrivée dans l'école, de jouer les Kassandra (de la série) qui sait tout et se permet tout m'énervait.J'avais peur de me retrouver dans une supervision de discussions sans fin. Et pis en plus, j'envisageais que pondre un rapport de supervision pour les apparences de l'establishment pro-réforme me ferait vivre un cas de conscience.
Bon, elle s'est arrangée, elle est normalement «coaché» par le prof responsable de la matière, mais bon, comme il arrive souvent dans nos milieux, il n'a pas tout à fait la qualification légale, mais des diplômes très pertinents pour enseigner enfin une matière importante de celles qu'il doit enseigner.
Ainsi, elle a commencé son stage en sciences depuis quelques semaines et vient jaser de temps en temps avec ses grandes questions. Autour d'une cigarette, dans l'informelle, je suis de nature généreuse, on essaie de comprendre les raisons de ses difficultés, qui ne sont pas que les siennes!
Elle est bien sûr éberluée par le niveau en français. Nos jeunes ont véritablement de la difficulté à verbaliser, et mettre en mots une pensée est toute une histoire. Bref, comme elle suit comme tout bon prof qui se respecte le programme, elle veut faire faire à ses jeunes des beaux rapports d'expérience de lab en suivant la démarche scientifique, mais ça coince assez vite autour de la rédaction de l'hypothèse!
Bienvenue dans le réel!
Comme j'ai un peu d'expérience et que je suis tout à fait au fait de la situation, je lui ai donné quelques pistes et réflexions.
- Comme j'arrive dans cette école, disons que je n'ai pas de miracles à proposer. Je suis très certainement sur le dossier d'amener ces jeunes à développer une capacité plus fluide de mettre en mots leur pensée, mais je me donne franchement quelques années pour y arriver!
- J'ai constaté, que nos jeunes, comme bien des jeunes au Québec d'ailleurs, n'ont pas la science infuse et ont besoin qu'on leur montre le chemin à suivre pour espérer développer en eux les processus de pensée qu'on voudrait qu'il ait de façon spontanée! Bref, il faut souvent leur préparer des grilles d'analyse pour traiter l'information, des organisateurs de pensées, des plans pour ordonner l'information que la grille d'analyse qu'on a conçu préformait déjà si on y met un peu d'habiletés à la concevoir. Ensuite, on fait revivre plusieurs fois la «trail» ainsi faite dans des situations similaires avant de passer à l'étape suivante qui est de lâcher un peu la structure mis en place pour les laisser la reproduire par eux-mêmes. Bref, faire rédiger en autonomie de travail d'équipe un rapport de lab prendra probablement pas mal plus de temps que ce que la théorie suppose!
Ce n'est pas impossible, il faut juste y mettre du temps. Évidemment, la durée d'un stage peut être insuffisant pour arriver à destination.
Enfin, hier, ma Kassandre, me parle de je ne sais plus quel cycle lié aux champignons, le genre de diagrammes avec des petites flèches qu'on voyait dans les cours d'écologie que j'ai enseigné il y a belles lurettes. Elle s'était évertuée à leur réexpliquer le cycle je ne sais combien de fois et les jeunes ne le savent pas vraiment après toute cette performance salivaire!
- Encore là, j'ai quelques idées sur la question, ce n'est pas parce que le prof est un démonstrateur brillant que les jeunes assimilent ce qui est dit au point de le maîtriser pour le recommuniquer. Il faut qu'ils le fassent ce cycle, qu'ils l'écrivent, partiellement au début, oui des trucs troués, oui des dessins à copier, oui, des questions. Oui, des séances d'évocation orales. Faut faire des événements de nos contenus d'enseignement des fois. Oui, oui, le manuel n'a rien prévu dans cette voie, parce que nos programmes ne prévoient pas ce genre de nécessité au cœur de l'assimilation des connaissances qui permettent éventuellement de passer aux étapes subséquentes qui est de comprendre et de réfléchir à ce que la connaissance permet d'appréhender par la suite quand on porte son regard, habité par cette information, sur le monde.
Je me suis ouvert sur mes très grandes réticences à l'endroit de cette réforme monstrueusement ambitieuse qui escamote, oublie, dévalorise le cœur de ce que nous devrions construire dans la formation de base: des réseaux de connaissances moins nombreux mais relativement solides chez nos jeunes pour qu'ils puissent plus réalistement quand ils grandiront intellectuellement avoir des mots, des idées, des concepts, des grilles, des cartes mentales, des lunettes pour lire, des prises sur le réel pour pouvoir se situer, comprendre et intervenir sur les réalités.
Le cerveau est un circuit de neurones, ça, elle a compris, ma prof de sciences en devenir, qui a besoin de refaire circuler les informations pour que ça se fixe, et on ne va personne changer cette réalité. La mémoire se résume à un réseau neuronal qui se renforce parce que l'influx nerveux a circulé plusieurs fois de la même façon au point que la biologie pour s'économiser facilitent la circulation future de l'influx pour gagner en efficacité et donc renforce par la multiplication des terminaisons et des réseaux de neurones associées aux apprentissages, à l'acquisition d'information nouvelle. Les interconnections vont permettre en plus de relier ce réseau à d'autres et c'est ce qui explique pourquoi au détour d'une action ou d'une réflexion surgira une pensée issue de mémoires: des idées.
Ce n'est pas de l'invention, c'est de la science très bien décrite qu'on commence à enseigner au secondaire en plus. Mais nos penseurs fonctionnaires, chums des faiseurs de manuels, qui ont très certainement rarement ouvert un manuel de sciences prétendent que tu n'as qu'à enseigner la démarche scientifique pour que l'intelligence jaillisse et que notre jeune éclairé devienne un scientifique. D'ailleurs, je me demande toujours pourquoi nous perdons notre temps à organiser des formations professionnelles de techniciens et de scientifiques dans les universités. J'exagère, mais à peine, quand on regarde la hauteur avec laquelle nos manuels scolaires abordent certains sujets. Je n'ai qu'à ouvrir mon manuel de secondaire 4 en français qui expose la théorie argumentative dans des pages super denses pour voir tout de suite que le type qui a pondu ce texte et l'autre guignol qui l'a mis en page ne savent absolument pas ce dont est capable un jeune de 15 ans normal qui regarde un truc du genre. Ces drôles qui nous font des manuels ont oublié qu'ils comprennent ce genre de texte et seraient capables de l'utiliser parce qu'ils ont derrière la cravate pas mal d'années de scolarité. Nous, sur le plancher, devons trouver autre chose, parce que ce roc de texte va généralement agir comme un éteignoir fabuleux si on s'évertue à faire apprendre nos jeunes de cette manière.
Autre confidence intéressante: «Il y a des bouts du manuel que je ne comprends même pas et pourtant j'ai étudié là-dedans et le prof de sciences aussi il ne les comprend. Et il s'en sort en mettant les réponses au tableau sans plus expliquer. - Ouin, on se sent souvent cons des fois... Bon, je pense qu'il est plus professionnel de sauter des trucs de fous du genre. On enseigne mieux ce qu'on comprend et on comprend mieux en essayant d'enseigner aussi. C'est fou le nombre de subtilités de langage que je découvre souvent en enseignant: tient hier, sur ma liste de vocabulaire le mot dessein pour mes jeunes de secondaire un. Je me suis amusé avec ce des-seins! Et j'ai compris là in situ dans la classe que ce mot, on le disait, même dans le langage populaire: maudit que je suis sans-dessein des fois.
C'est justement ce qu'on doit tâcher d'être: moins sans-dessein avec nos jeunes! En tout cas, mes jeunes vont surement bien orthographier ce mot le jour où je leur demanderai et vont même peut-être comprendre des phrases dans un texte qui l'utilise dans quelques années! Le neurone, ne jamais oublier les neurones, faire des liens, toutes sortes de liens, mais les faire faire. Et oui, souvent il faut laisser le manuel sur l'étagère. La stagiaire a vite compris: «Je trouve plus d'informations utiles et d'exercices aidant sur Internet, les manuels sont trop souvent hors de portée.»
Faut croire qu'il y a une certaine solidarité dans le monde enseignant puisque les profs de sciences se mettent en ligne! En enseignement du français, on a encore du chemin à faire!
Enfin, en terminant, je lui ai parlé d'un point et en lui en parlant, j'ai compris ce que j'étais en train de faire. Oui, des fois on avance avec intuition! Enfin, j'avais piqué une idée à une collègue en fait, et je comprends juste maintenant tout le bénéfice de l'activité qu'elle m'a suggéré pour mon premier cycle. Et c'est tellement capital. En début d'année, je fais faire des trucs simples à mes jeunes, routiniers, cette activité vocabulaire par exemple, finit par faire faire un apprentissage fondamental, qui rend impossible le reste si on ne s'y attarde pas. Nos jeunes doivent apprendre à se la fermer un peu, à se concentrer, à faire un truc simple pendant un heure. A se calmer, à gérer une tâche, à écouter ou produire quelque chose.
Ce n'est qu'une fois acquise cette disposition qu'on peut penser leur faire apprendre et travailler des contenus plus costauds... sinon on risque de très certainement gaspiller sa salive... La gestion de classe commence par un exercice simple et un entrainement à la concentration. Moi, avec mes secondaires un, pendant ce temps, ils cherchent des mots au dictionnaire dont je leur impose de recopier sans faute la définition, ils fabriquent des phrases, pratiquent ma technique d'autocorrection et recopient des verbes qu'ils ne savent pas encore conjuguer! Et je peux les surveiller et leur dire de rester en place au lieu de les voir papillonner dans la classe comme des mouches fatigantes. Une fois par cycle, à la dernière, c'est un bon investissement pour le reste du cycle et l'année qui vient et probablement le reste de leur secondaire.
Bref, superviser quelqu'une juste parce que j'ai un bac d'enseignement et qui ne vient même pas travailler ma matière, ce qui pourrait me libérer de l'énergie pour mes autres mandats, je trouvais cela énergivore pour rien. Surtout que sa manière, à son arrivée dans l'école, de jouer les Kassandra (de la série) qui sait tout et se permet tout m'énervait.J'avais peur de me retrouver dans une supervision de discussions sans fin. Et pis en plus, j'envisageais que pondre un rapport de supervision pour les apparences de l'establishment pro-réforme me ferait vivre un cas de conscience.
Bon, elle s'est arrangée, elle est normalement «coaché» par le prof responsable de la matière, mais bon, comme il arrive souvent dans nos milieux, il n'a pas tout à fait la qualification légale, mais des diplômes très pertinents pour enseigner enfin une matière importante de celles qu'il doit enseigner.
Ainsi, elle a commencé son stage en sciences depuis quelques semaines et vient jaser de temps en temps avec ses grandes questions. Autour d'une cigarette, dans l'informelle, je suis de nature généreuse, on essaie de comprendre les raisons de ses difficultés, qui ne sont pas que les siennes!
Elle est bien sûr éberluée par le niveau en français. Nos jeunes ont véritablement de la difficulté à verbaliser, et mettre en mots une pensée est toute une histoire. Bref, comme elle suit comme tout bon prof qui se respecte le programme, elle veut faire faire à ses jeunes des beaux rapports d'expérience de lab en suivant la démarche scientifique, mais ça coince assez vite autour de la rédaction de l'hypothèse!
Bienvenue dans le réel!
Comme j'ai un peu d'expérience et que je suis tout à fait au fait de la situation, je lui ai donné quelques pistes et réflexions.
- Comme j'arrive dans cette école, disons que je n'ai pas de miracles à proposer. Je suis très certainement sur le dossier d'amener ces jeunes à développer une capacité plus fluide de mettre en mots leur pensée, mais je me donne franchement quelques années pour y arriver!
- J'ai constaté, que nos jeunes, comme bien des jeunes au Québec d'ailleurs, n'ont pas la science infuse et ont besoin qu'on leur montre le chemin à suivre pour espérer développer en eux les processus de pensée qu'on voudrait qu'il ait de façon spontanée! Bref, il faut souvent leur préparer des grilles d'analyse pour traiter l'information, des organisateurs de pensées, des plans pour ordonner l'information que la grille d'analyse qu'on a conçu préformait déjà si on y met un peu d'habiletés à la concevoir. Ensuite, on fait revivre plusieurs fois la «trail» ainsi faite dans des situations similaires avant de passer à l'étape suivante qui est de lâcher un peu la structure mis en place pour les laisser la reproduire par eux-mêmes. Bref, faire rédiger en autonomie de travail d'équipe un rapport de lab prendra probablement pas mal plus de temps que ce que la théorie suppose!
Ce n'est pas impossible, il faut juste y mettre du temps. Évidemment, la durée d'un stage peut être insuffisant pour arriver à destination.
Enfin, hier, ma Kassandre, me parle de je ne sais plus quel cycle lié aux champignons, le genre de diagrammes avec des petites flèches qu'on voyait dans les cours d'écologie que j'ai enseigné il y a belles lurettes. Elle s'était évertuée à leur réexpliquer le cycle je ne sais combien de fois et les jeunes ne le savent pas vraiment après toute cette performance salivaire!
- Encore là, j'ai quelques idées sur la question, ce n'est pas parce que le prof est un démonstrateur brillant que les jeunes assimilent ce qui est dit au point de le maîtriser pour le recommuniquer. Il faut qu'ils le fassent ce cycle, qu'ils l'écrivent, partiellement au début, oui des trucs troués, oui des dessins à copier, oui, des questions. Oui, des séances d'évocation orales. Faut faire des événements de nos contenus d'enseignement des fois. Oui, oui, le manuel n'a rien prévu dans cette voie, parce que nos programmes ne prévoient pas ce genre de nécessité au cœur de l'assimilation des connaissances qui permettent éventuellement de passer aux étapes subséquentes qui est de comprendre et de réfléchir à ce que la connaissance permet d'appréhender par la suite quand on porte son regard, habité par cette information, sur le monde.
Je me suis ouvert sur mes très grandes réticences à l'endroit de cette réforme monstrueusement ambitieuse qui escamote, oublie, dévalorise le cœur de ce que nous devrions construire dans la formation de base: des réseaux de connaissances moins nombreux mais relativement solides chez nos jeunes pour qu'ils puissent plus réalistement quand ils grandiront intellectuellement avoir des mots, des idées, des concepts, des grilles, des cartes mentales, des lunettes pour lire, des prises sur le réel pour pouvoir se situer, comprendre et intervenir sur les réalités.
Le cerveau est un circuit de neurones, ça, elle a compris, ma prof de sciences en devenir, qui a besoin de refaire circuler les informations pour que ça se fixe, et on ne va personne changer cette réalité. La mémoire se résume à un réseau neuronal qui se renforce parce que l'influx nerveux a circulé plusieurs fois de la même façon au point que la biologie pour s'économiser facilitent la circulation future de l'influx pour gagner en efficacité et donc renforce par la multiplication des terminaisons et des réseaux de neurones associées aux apprentissages, à l'acquisition d'information nouvelle. Les interconnections vont permettre en plus de relier ce réseau à d'autres et c'est ce qui explique pourquoi au détour d'une action ou d'une réflexion surgira une pensée issue de mémoires: des idées.
Ce n'est pas de l'invention, c'est de la science très bien décrite qu'on commence à enseigner au secondaire en plus. Mais nos penseurs fonctionnaires, chums des faiseurs de manuels, qui ont très certainement rarement ouvert un manuel de sciences prétendent que tu n'as qu'à enseigner la démarche scientifique pour que l'intelligence jaillisse et que notre jeune éclairé devienne un scientifique. D'ailleurs, je me demande toujours pourquoi nous perdons notre temps à organiser des formations professionnelles de techniciens et de scientifiques dans les universités. J'exagère, mais à peine, quand on regarde la hauteur avec laquelle nos manuels scolaires abordent certains sujets. Je n'ai qu'à ouvrir mon manuel de secondaire 4 en français qui expose la théorie argumentative dans des pages super denses pour voir tout de suite que le type qui a pondu ce texte et l'autre guignol qui l'a mis en page ne savent absolument pas ce dont est capable un jeune de 15 ans normal qui regarde un truc du genre. Ces drôles qui nous font des manuels ont oublié qu'ils comprennent ce genre de texte et seraient capables de l'utiliser parce qu'ils ont derrière la cravate pas mal d'années de scolarité. Nous, sur le plancher, devons trouver autre chose, parce que ce roc de texte va généralement agir comme un éteignoir fabuleux si on s'évertue à faire apprendre nos jeunes de cette manière.
Autre confidence intéressante: «Il y a des bouts du manuel que je ne comprends même pas et pourtant j'ai étudié là-dedans et le prof de sciences aussi il ne les comprend. Et il s'en sort en mettant les réponses au tableau sans plus expliquer. - Ouin, on se sent souvent cons des fois... Bon, je pense qu'il est plus professionnel de sauter des trucs de fous du genre. On enseigne mieux ce qu'on comprend et on comprend mieux en essayant d'enseigner aussi. C'est fou le nombre de subtilités de langage que je découvre souvent en enseignant: tient hier, sur ma liste de vocabulaire le mot dessein pour mes jeunes de secondaire un. Je me suis amusé avec ce des-seins! Et j'ai compris là in situ dans la classe que ce mot, on le disait, même dans le langage populaire: maudit que je suis sans-dessein des fois.
C'est justement ce qu'on doit tâcher d'être: moins sans-dessein avec nos jeunes! En tout cas, mes jeunes vont surement bien orthographier ce mot le jour où je leur demanderai et vont même peut-être comprendre des phrases dans un texte qui l'utilise dans quelques années! Le neurone, ne jamais oublier les neurones, faire des liens, toutes sortes de liens, mais les faire faire. Et oui, souvent il faut laisser le manuel sur l'étagère. La stagiaire a vite compris: «Je trouve plus d'informations utiles et d'exercices aidant sur Internet, les manuels sont trop souvent hors de portée.»
Faut croire qu'il y a une certaine solidarité dans le monde enseignant puisque les profs de sciences se mettent en ligne! En enseignement du français, on a encore du chemin à faire!
Enfin, en terminant, je lui ai parlé d'un point et en lui en parlant, j'ai compris ce que j'étais en train de faire. Oui, des fois on avance avec intuition! Enfin, j'avais piqué une idée à une collègue en fait, et je comprends juste maintenant tout le bénéfice de l'activité qu'elle m'a suggéré pour mon premier cycle. Et c'est tellement capital. En début d'année, je fais faire des trucs simples à mes jeunes, routiniers, cette activité vocabulaire par exemple, finit par faire faire un apprentissage fondamental, qui rend impossible le reste si on ne s'y attarde pas. Nos jeunes doivent apprendre à se la fermer un peu, à se concentrer, à faire un truc simple pendant un heure. A se calmer, à gérer une tâche, à écouter ou produire quelque chose.
Ce n'est qu'une fois acquise cette disposition qu'on peut penser leur faire apprendre et travailler des contenus plus costauds... sinon on risque de très certainement gaspiller sa salive... La gestion de classe commence par un exercice simple et un entrainement à la concentration. Moi, avec mes secondaires un, pendant ce temps, ils cherchent des mots au dictionnaire dont je leur impose de recopier sans faute la définition, ils fabriquent des phrases, pratiquent ma technique d'autocorrection et recopient des verbes qu'ils ne savent pas encore conjuguer! Et je peux les surveiller et leur dire de rester en place au lieu de les voir papillonner dans la classe comme des mouches fatigantes. Une fois par cycle, à la dernière, c'est un bon investissement pour le reste du cycle et l'année qui vient et probablement le reste de leur secondaire.
vendredi 21 octobre 2011
Un maître capitaine dans la tourmente!
«Si je te dis que tu tournes à droite, tu tournes à droite, si je te dis que tu tournes à gauche, tu tournes à gauche, ça te va?» Voilà ce que dit ce directeur au postulant enseignant qui veut venir travailler dans son école! Contrôlant,vous direz? Très!
Après quelques heures à entendre parler ce type, on en veut un pareil.
Dans son école, pas d'éducateurs, de psychoéducateurs, de spécialistes qu'il désigne toujours avec un petit trémolo dans la voix avec une touche de dédain délibérément affectée. Non, ils ne règlent rien avec leur écoute et leur compréhension. Non, il veut plus de profs, des ortho-profs avec une tâche, car le un à un ne règle rien. Il veut plus de profs pour faire plus de projets, plus de programmes, plus de cheminements particuliers: les minis-entreprises foisonnent dans son école. Les profs sont organisés et dégagés pour encadrer les jeunes. Et pour les indisciplinés, les profs ont leur gestion de classe et s'ils ne l'ont pas, il devrait changer de métier selon lui. Pour le reste, il s'en charge lui-même et ... avec quelle efficacité!
Il peut virer 15 élèves trop souvent en retard un matin.«Allez réfléchir et soyez à l'heure demain matin, bonne journée!». Il peut aller faire «réfléchir» (les mots sont importants) un élève une semaine s'il a manqué de respect à un enseignant et le retourner pour une autre semaine s'il n'a pas le sourire quand il revient dans son bureau! Il a déjà fait jouer tout seul au billard un jeune, qui disait ne pas vouloir aller à ses cours et qui voulait continuer à jouer, pendant plus d'une semaine sur heures de cours. Un autre a poiroté trois jours dans un couloir à côté de son bureau avant de le supplier de retourner travailler en classe!
Un dictateur, direz-vous? Pas du tout, ce type s'occupe de son monde tout le temps. Il animait notre comité et continuait de diriger son école. Aux pauses, il est dans les couloirs, ils blaguent avec les jeunes, les houspillent amicalement. Son monde a l'air heureux en fait. Des jeunes immobilisés parce qu'ils sont trop occupés à vouloir avoir du pouvoir sur les autres et stupidement butés ne résistent pas à sa médecine de cheval et il prouve chaque jour A par B, que l'humain et le groupe humain a besoin d'un leader fort pour bien fonctionner et être heureux comme la plupart des animaux sociaux ou évolués d'ailleurs.
En fait, un directeur a tout autorité dans une école. Sa seule limite est qu'on peut le faire sauter. On peut le démettre. Mais sur le terrain, légalement, la police ne peut entrer dans l'école sans son autorisation. La DPJ ne peut imposer un élève comme ça sans passer en cour. Alors pourquoi autant de couillards dans nos directions? Pour ne pas se faire démettre dans un milieu où le siège éjectable est sensible, bien il faut l'appui des parents. Dans cette école, il y a 9 communications par an. On met toujours les parents dans le coup et ce type convaincu de sa mission est assez convaincant. Et son école est la meilleure dans son réseau.Son école va si bien que ses patrons seraient bien mal venus de le mettre à la porte, les parents se révolteraient.
Pour les profs, oui ils sont conduits, on peut changer leur tâche du jour au lendemain comme dans un remaniement ministériel, mais chacun se fait offrir des responsabilités à sa mesure et on semble très bien de travailler dans une école qui fonctionne et évolue si bien. Évidemment, les fainéants ne font pas long feu. L'équipe-école est solidement guidée et orientée pour permettre l'innovation et évoluer. Je n'ai pas vu d'enseignants désabusés même au fumoir dehors! A l'oeil, les profs ne perdent pas leur temps à discuter de ce qui ne va pas dans leur école ou à se faire des guéguerres, ils font leur travail avec engagement.
Bref, on cherche des modèles de réussite, il y en a et ce monsieur doit être connu, car il ne laisse personne indifférent et j'entends parler de cette légende vivante depuis deux ans! Mais bon, tant que des connards se disant compétents en éducation tiennent la barre, on risque de s'épuiser dans la tempête. C'est de leadership compétent et avisé que notre système a besoin, pas de demi-mesures débiles.
Après quelques heures à entendre parler ce type, on en veut un pareil.
Dans son école, pas d'éducateurs, de psychoéducateurs, de spécialistes qu'il désigne toujours avec un petit trémolo dans la voix avec une touche de dédain délibérément affectée. Non, ils ne règlent rien avec leur écoute et leur compréhension. Non, il veut plus de profs, des ortho-profs avec une tâche, car le un à un ne règle rien. Il veut plus de profs pour faire plus de projets, plus de programmes, plus de cheminements particuliers: les minis-entreprises foisonnent dans son école. Les profs sont organisés et dégagés pour encadrer les jeunes. Et pour les indisciplinés, les profs ont leur gestion de classe et s'ils ne l'ont pas, il devrait changer de métier selon lui. Pour le reste, il s'en charge lui-même et ... avec quelle efficacité!
Il peut virer 15 élèves trop souvent en retard un matin.«Allez réfléchir et soyez à l'heure demain matin, bonne journée!». Il peut aller faire «réfléchir» (les mots sont importants) un élève une semaine s'il a manqué de respect à un enseignant et le retourner pour une autre semaine s'il n'a pas le sourire quand il revient dans son bureau! Il a déjà fait jouer tout seul au billard un jeune, qui disait ne pas vouloir aller à ses cours et qui voulait continuer à jouer, pendant plus d'une semaine sur heures de cours. Un autre a poiroté trois jours dans un couloir à côté de son bureau avant de le supplier de retourner travailler en classe!
Un dictateur, direz-vous? Pas du tout, ce type s'occupe de son monde tout le temps. Il animait notre comité et continuait de diriger son école. Aux pauses, il est dans les couloirs, ils blaguent avec les jeunes, les houspillent amicalement. Son monde a l'air heureux en fait. Des jeunes immobilisés parce qu'ils sont trop occupés à vouloir avoir du pouvoir sur les autres et stupidement butés ne résistent pas à sa médecine de cheval et il prouve chaque jour A par B, que l'humain et le groupe humain a besoin d'un leader fort pour bien fonctionner et être heureux comme la plupart des animaux sociaux ou évolués d'ailleurs.
En fait, un directeur a tout autorité dans une école. Sa seule limite est qu'on peut le faire sauter. On peut le démettre. Mais sur le terrain, légalement, la police ne peut entrer dans l'école sans son autorisation. La DPJ ne peut imposer un élève comme ça sans passer en cour. Alors pourquoi autant de couillards dans nos directions? Pour ne pas se faire démettre dans un milieu où le siège éjectable est sensible, bien il faut l'appui des parents. Dans cette école, il y a 9 communications par an. On met toujours les parents dans le coup et ce type convaincu de sa mission est assez convaincant. Et son école est la meilleure dans son réseau.Son école va si bien que ses patrons seraient bien mal venus de le mettre à la porte, les parents se révolteraient.
Pour les profs, oui ils sont conduits, on peut changer leur tâche du jour au lendemain comme dans un remaniement ministériel, mais chacun se fait offrir des responsabilités à sa mesure et on semble très bien de travailler dans une école qui fonctionne et évolue si bien. Évidemment, les fainéants ne font pas long feu. L'équipe-école est solidement guidée et orientée pour permettre l'innovation et évoluer. Je n'ai pas vu d'enseignants désabusés même au fumoir dehors! A l'oeil, les profs ne perdent pas leur temps à discuter de ce qui ne va pas dans leur école ou à se faire des guéguerres, ils font leur travail avec engagement.
Bref, on cherche des modèles de réussite, il y en a et ce monsieur doit être connu, car il ne laisse personne indifférent et j'entends parler de cette légende vivante depuis deux ans! Mais bon, tant que des connards se disant compétents en éducation tiennent la barre, on risque de s'épuiser dans la tempête. C'est de leadership compétent et avisé que notre système a besoin, pas de demi-mesures débiles.
vendredi 14 octobre 2011
Le surplace: les poids qu'on traine.
Il est parfois surprenant de constater ce que nous font soulever parfois les petites conversations de corridor ou dans le cercle des fumeurs. Oui, je sais, ce n'est pas bon, mais ne pas l'être me priverait de ces temps bénis!
Bref, on revenait sur la réunion d'hier qui nous avait une fois de plus confrontés à ce qui arrive souvent à des gens bien intentionnés à trouver des solutions à un problème,c'est -à-dire de constater qu'on n'en a pas. Oui, oui, le manque de ressources. Oui, oui, les pauvres petits «pits» avec des vies si difficiles. On est pris comme bien des profs du monde avec un groupe où la dynamique ne lève pas trop à cause d'une moitié de classe d'inactifs et perturbateurs qui entrainent par le fond l'autre moitié qui voudrait très bien. Des élèves trop perturbés, ou en manque de capacités, qui viennent se planter dans l'école et ne font rien, mais rien. Ils sont arrêtés, ils attendent on ne sait trop quoi pour bouger. Enfin, 2 ne font rien, 1 autre fait un peu, mais perturbe et une autre fait, mais perturbe beaucoup avec son hyperactivité très certainement potentialisé par la consommation d'amphétamine, le fléau ici de la jeunesse. On a beau en avoir 8, reste que cette moitié qui ne bouge pas vraiment dans le bon sens entraine par le fond la dynamique et, comme on est dans une petite école, les options ne sont pas forcément évidentes. Bref, on cherche, on a besoin de créativité. Dans ce temps-là, rien de mieux que d'essayer de comprendre ce qui se passe ou d'élargir la perspective. Ces 8 se suivent de cours en cours avec leur dynamique qui stagne où avance péniblement comme un prisonnier avec son boulet.
Mais bon je me suis entendu dire quelque chose de latent comme, car je n'ai malheureusement pas la mémoire exacte des conversations: «C'est vrai qu'on arrive souvent à un cul-de-sac dans nos discussions, mais je crois que tout repose sur un problème que nous n'avons pas réglé. Une problème de valeurs, nous sommes partagés entre une voix qui nous dit: on ne va pas les changer, ils ont toujours été comme ça, la plupart vont finir par rester dans les régions. Et l'autre qui nous dit: il faut les pousser au-delà, les faire avancer vers autre chose, les outiller, les sortir de leur zone de confort, celle qui ne les bouscule pas trop. Et nous aussi, quelque part, dans cette indétermination de l'intention, nous faisons du surplace.»
Ça s'est terminé là, mais tranquillement, j'aime à penser que ma collègue cheminera un peu dans cette réflexion et finira par se positionner. Je crois beaucoup à la force ou au pouvoir du leadership. Et à la clarté des intentions, à la prise de conscience de nos propres blocages dans une dynamique de groupe où nous sommes leaders. Comme le dit souvent cette ces paroles maintes fois entendues et inspirées de la sagesse: «Change et les autres changeront».
Pour moi, c'est clair, je suis de ceux qui sont ici pour outiller les jeunes, pour les sortir de leur zone de confort, qui croit que le job enseignant est aussi d'assumer le conflit fondamental de l'éducation. Je rêve comme ces femmes du village qui nous ont invités à aller marcher cet après-midi pour la jeunesse et la prise en main de la communauté de ses problème de dépendance et de consommation, que les jeunes d'ici seront des profs de demain ou des intervenants outillés ou des personnes utiles à leur communauté par leur compétence, leur savoir-faire et leur savoir-être. Et pour fabriquer ce genre de rêve qui devient vision d'avenir, je crois qu'il faut vraiment être sérieux et engagé, car ça n'arrivera pas tout seul.
Je ne suis pas un faiseur de bulle ou de mirage qui croit que tout arrive facilement comme la fortune pour nos affairistes opportunistes.Non, mon rôle c'est de les crever pour gagner en connaissance, en compréhension, en vérité, en force.
Enfin, en terminant, l'image du boulet, de cette stagnation, fait beaucoup de sens dans cette petite communauté. On traine toujours des habitudes qui immobilisent, qui paralysent pendant qu'un sous-groupe d'autres essaient d'avancer, de faire avancer.
Et même avec la charge à tirer, malgré tout, le prisonnier, il avance! Un jour, il sera peut-être tanné de tirer tout ça...
Bref, on revenait sur la réunion d'hier qui nous avait une fois de plus confrontés à ce qui arrive souvent à des gens bien intentionnés à trouver des solutions à un problème,c'est -à-dire de constater qu'on n'en a pas. Oui, oui, le manque de ressources. Oui, oui, les pauvres petits «pits» avec des vies si difficiles. On est pris comme bien des profs du monde avec un groupe où la dynamique ne lève pas trop à cause d'une moitié de classe d'inactifs et perturbateurs qui entrainent par le fond l'autre moitié qui voudrait très bien. Des élèves trop perturbés, ou en manque de capacités, qui viennent se planter dans l'école et ne font rien, mais rien. Ils sont arrêtés, ils attendent on ne sait trop quoi pour bouger. Enfin, 2 ne font rien, 1 autre fait un peu, mais perturbe et une autre fait, mais perturbe beaucoup avec son hyperactivité très certainement potentialisé par la consommation d'amphétamine, le fléau ici de la jeunesse. On a beau en avoir 8, reste que cette moitié qui ne bouge pas vraiment dans le bon sens entraine par le fond la dynamique et, comme on est dans une petite école, les options ne sont pas forcément évidentes. Bref, on cherche, on a besoin de créativité. Dans ce temps-là, rien de mieux que d'essayer de comprendre ce qui se passe ou d'élargir la perspective. Ces 8 se suivent de cours en cours avec leur dynamique qui stagne où avance péniblement comme un prisonnier avec son boulet.
Mais bon je me suis entendu dire quelque chose de latent comme, car je n'ai malheureusement pas la mémoire exacte des conversations: «C'est vrai qu'on arrive souvent à un cul-de-sac dans nos discussions, mais je crois que tout repose sur un problème que nous n'avons pas réglé. Une problème de valeurs, nous sommes partagés entre une voix qui nous dit: on ne va pas les changer, ils ont toujours été comme ça, la plupart vont finir par rester dans les régions. Et l'autre qui nous dit: il faut les pousser au-delà, les faire avancer vers autre chose, les outiller, les sortir de leur zone de confort, celle qui ne les bouscule pas trop. Et nous aussi, quelque part, dans cette indétermination de l'intention, nous faisons du surplace.»
Ça s'est terminé là, mais tranquillement, j'aime à penser que ma collègue cheminera un peu dans cette réflexion et finira par se positionner. Je crois beaucoup à la force ou au pouvoir du leadership. Et à la clarté des intentions, à la prise de conscience de nos propres blocages dans une dynamique de groupe où nous sommes leaders. Comme le dit souvent cette ces paroles maintes fois entendues et inspirées de la sagesse: «Change et les autres changeront».
Pour moi, c'est clair, je suis de ceux qui sont ici pour outiller les jeunes, pour les sortir de leur zone de confort, qui croit que le job enseignant est aussi d'assumer le conflit fondamental de l'éducation. Je rêve comme ces femmes du village qui nous ont invités à aller marcher cet après-midi pour la jeunesse et la prise en main de la communauté de ses problème de dépendance et de consommation, que les jeunes d'ici seront des profs de demain ou des intervenants outillés ou des personnes utiles à leur communauté par leur compétence, leur savoir-faire et leur savoir-être. Et pour fabriquer ce genre de rêve qui devient vision d'avenir, je crois qu'il faut vraiment être sérieux et engagé, car ça n'arrivera pas tout seul.
Je ne suis pas un faiseur de bulle ou de mirage qui croit que tout arrive facilement comme la fortune pour nos affairistes opportunistes.Non, mon rôle c'est de les crever pour gagner en connaissance, en compréhension, en vérité, en force.
Enfin, en terminant, l'image du boulet, de cette stagnation, fait beaucoup de sens dans cette petite communauté. On traine toujours des habitudes qui immobilisent, qui paralysent pendant qu'un sous-groupe d'autres essaient d'avancer, de faire avancer.
Et même avec la charge à tirer, malgré tout, le prisonnier, il avance! Un jour, il sera peut-être tanné de tirer tout ça...
Évaluer les directions? Non, les orienter.
Il y a quelques jours, je voulais parler de l'importance des directions dans l'efficacité et la santé de nos écoles, mais j'ai dû régler le cas de l'évaluation avant, cette stupidité ambiante qu'on claironne depuis un bout de temps.
Car, effectivement, on aime aller travailler dans un endroit en enseignement parce que l'organisation fait que les relations sont bonnes et positives et que le travail, ou la mission, avance et qu'on est participant à cette dynamique. La pierre angulaire de l'école efficace m'apparait la coordination de l'équipe-école.
Bref, la bonne question à se poser est quelle est la structure d'encadrement de l'équipe-école qui favorise son efficacité. Et indéniablement, la direction a un très gros rôle à jouer pour mettre en place ces conditions propices en tant que leader attitré par sa fonction.
Ainsi, si on veut améliorer le fonctionnement de nos écoles, il faut s'assurer que nos directions mettent en place un ensemble de stratégies pertinentes.
J'ai observé certaines composantes de l'école plutôt efficace, que j'ai observées dans certains milieux, je vous en fais part:
1) une équipe qui marche et a une cohésion est une équipe dont les membres se parlent régulièrement. Bref, il faut créer beaucoup d'espace pour cela, malgré les cyniques de la «réunionite»! Les comités spécifiques ont aussi leur rôle à jouer pour amener à l'équipe des plans élaborés à discuter en plénière. Tout cela demande du temps.
2) La coordination doit être faite par un comité de plusieurs membres idéalement aussi en relation avec l'ensemble des membre de l'équipe pour plus de souplesse et de cohésion. L'école mime la position parentale, la cohérence est de mise avec des jeunes pour les encadrer efficacement.
3) Impliquer tout le monde dans la résolution des problèmes et permettre la discussion et les initiatives. Bref, il faut déléguer. Une direction devrait seulement se réserver un droit de véto la plupart du temps, mais laisser l'essentiel des initiatives à ses membres. Évidemment, elle doit faire parti prenante des discussions. C'est toute une mentalité à changer. Ces dernières années, on nous a pris pour des adeptes de sectes en nous envoyant des gourous du Mels ou leurs apôtres «brainwashés» dans des formations.
4) Une direction doit être à l'écoute vraiment des besoins des membres de l'équipe pour accorder du temps de discussion à des thèmes pertinents et permettre la résolution des problèmes réels.
5) Une équipe qui avance se permet l'expérimentation, le risque, la naïveté même. Il n'y a rien comme l'expérience pour s'informer.
6) Une équipe qui avance respecte ses membres et favorise l'entraide, les projets communs.
7) Une équipe efficace n'oublie jamais ce qu'est une école et sa mission.
8) Une équipe qui avance est capable de discuter franchement des choses sans que ses membres se retranchent dans la susceptibilité stupide de trop nombreux enseignants ou adjoints rencontrés ces dernières années.
9) Dans une école, on réservait un après-midi de pédagogique par semaine, quite à allonger une journée de classe pour mener à bien ses tâches importantes dans la fraicheur et la disponibilité souhaitable. Ainsi, aucun prof ne pense au souper à aller préparer ou aux enfants à aller chercher à la garderie. A ce jour, je n'ai vu nulle part ailleurs une équipe aussi efficace et dynamique.
Évidemment, pour que tout ces pistes fonctionnent encore mieux, il faudrait sortir de la pensée idéologique, catégorique et sectaire, des gourous du Mels et avoir, devant nous, des programmes réalistes car, en ce moment, ce genre de discours et d'objectifs irréalistes favorisent la division des rangs des équipes entre les porteurs de la vision autorisée des choses et ceux qui voudrait parler honnêtement des problèmes en éducation rencontrés dans nos milieux. L'incapacité véritable de passer ces programmes est une réalité dont beaucoup d'enseignants se cachent, malgré l'évidence, pour ne pas entacher leur réputation, d'où les susceptibilités improductives que j'ai mentionnées. Il faut qu'on sorte des apparences pour entrer dans l'ère de la franche collaboration pour le mieux-être de nos enfants.
Enfin, s'il y avait surtout des gens à former, pour un souci d'efficacité, ce serait bien les directions. Leur rôle est névralgique, mais savent-ils mettre en place un fonctionnement favorable à la résolution des problèmes et à la franche collaboration dans leur milieu? Malheureusement, trop d'enseignants sentent autour d'eux un désert dans la structure de soutien de leur fonction pourtant si importante dans l'école.
Les enseignants ont en général ce qu'il faut pour enseigner et le temps pour prendre de l'expérience. Un bon environnement qui les stimule ne pourra que les encourager à se dépasser et à prendre des initiatives car, dans ce métier, on apprend certainement mieux les uns des autres que des gens de l'extérieur déconnectés qui viennent nous faire de grands discours impertinents.
Car, effectivement, on aime aller travailler dans un endroit en enseignement parce que l'organisation fait que les relations sont bonnes et positives et que le travail, ou la mission, avance et qu'on est participant à cette dynamique. La pierre angulaire de l'école efficace m'apparait la coordination de l'équipe-école.
Bref, la bonne question à se poser est quelle est la structure d'encadrement de l'équipe-école qui favorise son efficacité. Et indéniablement, la direction a un très gros rôle à jouer pour mettre en place ces conditions propices en tant que leader attitré par sa fonction.
Ainsi, si on veut améliorer le fonctionnement de nos écoles, il faut s'assurer que nos directions mettent en place un ensemble de stratégies pertinentes.
J'ai observé certaines composantes de l'école plutôt efficace, que j'ai observées dans certains milieux, je vous en fais part:
1) une équipe qui marche et a une cohésion est une équipe dont les membres se parlent régulièrement. Bref, il faut créer beaucoup d'espace pour cela, malgré les cyniques de la «réunionite»! Les comités spécifiques ont aussi leur rôle à jouer pour amener à l'équipe des plans élaborés à discuter en plénière. Tout cela demande du temps.
2) La coordination doit être faite par un comité de plusieurs membres idéalement aussi en relation avec l'ensemble des membre de l'équipe pour plus de souplesse et de cohésion. L'école mime la position parentale, la cohérence est de mise avec des jeunes pour les encadrer efficacement.
3) Impliquer tout le monde dans la résolution des problèmes et permettre la discussion et les initiatives. Bref, il faut déléguer. Une direction devrait seulement se réserver un droit de véto la plupart du temps, mais laisser l'essentiel des initiatives à ses membres. Évidemment, elle doit faire parti prenante des discussions. C'est toute une mentalité à changer. Ces dernières années, on nous a pris pour des adeptes de sectes en nous envoyant des gourous du Mels ou leurs apôtres «brainwashés» dans des formations.
4) Une direction doit être à l'écoute vraiment des besoins des membres de l'équipe pour accorder du temps de discussion à des thèmes pertinents et permettre la résolution des problèmes réels.
5) Une équipe qui avance se permet l'expérimentation, le risque, la naïveté même. Il n'y a rien comme l'expérience pour s'informer.
6) Une équipe qui avance respecte ses membres et favorise l'entraide, les projets communs.
7) Une équipe efficace n'oublie jamais ce qu'est une école et sa mission.
8) Une équipe qui avance est capable de discuter franchement des choses sans que ses membres se retranchent dans la susceptibilité stupide de trop nombreux enseignants ou adjoints rencontrés ces dernières années.
9) Dans une école, on réservait un après-midi de pédagogique par semaine, quite à allonger une journée de classe pour mener à bien ses tâches importantes dans la fraicheur et la disponibilité souhaitable. Ainsi, aucun prof ne pense au souper à aller préparer ou aux enfants à aller chercher à la garderie. A ce jour, je n'ai vu nulle part ailleurs une équipe aussi efficace et dynamique.
Évidemment, pour que tout ces pistes fonctionnent encore mieux, il faudrait sortir de la pensée idéologique, catégorique et sectaire, des gourous du Mels et avoir, devant nous, des programmes réalistes car, en ce moment, ce genre de discours et d'objectifs irréalistes favorisent la division des rangs des équipes entre les porteurs de la vision autorisée des choses et ceux qui voudrait parler honnêtement des problèmes en éducation rencontrés dans nos milieux. L'incapacité véritable de passer ces programmes est une réalité dont beaucoup d'enseignants se cachent, malgré l'évidence, pour ne pas entacher leur réputation, d'où les susceptibilités improductives que j'ai mentionnées. Il faut qu'on sorte des apparences pour entrer dans l'ère de la franche collaboration pour le mieux-être de nos enfants.
Enfin, s'il y avait surtout des gens à former, pour un souci d'efficacité, ce serait bien les directions. Leur rôle est névralgique, mais savent-ils mettre en place un fonctionnement favorable à la résolution des problèmes et à la franche collaboration dans leur milieu? Malheureusement, trop d'enseignants sentent autour d'eux un désert dans la structure de soutien de leur fonction pourtant si importante dans l'école.
Les enseignants ont en général ce qu'il faut pour enseigner et le temps pour prendre de l'expérience. Un bon environnement qui les stimule ne pourra que les encourager à se dépasser et à prendre des initiatives car, dans ce métier, on apprend certainement mieux les uns des autres que des gens de l'extérieur déconnectés qui viennent nous faire de grands discours impertinents.
Enfin! Un journaliste saisit le grand drame de l'éducation au Québec
J'ai laissé un commentaire sur Gestion et gouvernance scolaire que je reproduis ici concernant un billet paru dans une chronique du Journal de Montréal, Marasme en éducation II de Christian Dufour. Je mets quelques passages:
«Le système d'éducation ayant pris des allures de garderie, les employeurs en sont réduits à prendre la relève pour les choses élémentaires qu'on n'apprend plus à l'école: «Des employés du ministère des Transports ont dû suivre des formations visant à parfaire leurs connaissances de la langue française. Pour certains, la qualité du français écrit est tellement déficiente que les rapports d'inspection sont incompréhensibles.»
[...]
«Tout d'abord, on a tendance à relever les exigences en matière de diplômes pour tous les emplois. Cela ne correspond pas toujours - loin de là - à des déficiences constatées sur le terrain. Le but visé est moins la compétence réelle que la compétence théorique mesurée par les diplômes.
Cela permet de prétendre qu'on est excellent puisqu'on s'est aligné sur les normes internationales les plus élevées. Le problème, c'est qu'on se préoccupe de moins en moins de ce que valent les diplômes en question, de ce qui est réellement enseigné et exigé.
C'est ainsi qu'on a appris qu'il y avait carrément des élèves qui avaient échoué, à qui on donnait des diplômes simplement parce qu'ils étaient inscrits au cours !
Selon Égide Royer, de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, le ministère de l'Éducation a ainsi diplômé plus de 8 000 étudiants depuis 2008. «Plusieurs de ces élèves savent à peine lire et écrire.» Ils sont pourtant inclus dans les impressionnants taux de diplomation du ministère.»
Mon commentaire:
«Bingo!
Enfin quelqu'un dans les médias qui nomme le grand drame en éducation au Québec.
Voilà longtemps que je le répète: nos programmes sont trop ambitieux sur papier et on perd notre temps à faire atteindre des objectifs inaccessibles pour l'âge des enfants et des adolescents dans la plupart des programmes au lieu de leur faire travailler les savoirs de base avec consistance. Nos évaluations sont conséquemment incohérentes et on nous a donné toute latitude à ce sujet avec les évaluations « professionnelles» de la réforme et les notes bilans. Et le Mels en tête fait pire que ces enseignants spécialistes de matière plus «pros» en évaluation puisque, selon les résultats publiés en automne 2010, les taux globaux de réussites passent d'autour de 60% en 5e année et 2e secondaire à 79% en sec.5, alors que les notes du critère de l'orthographe se maintiennent désespérément autour de 50 %. Bref, les correcteurs du Mels (des jeunes universitaires à contrat probablement rémunérés à la pièce) forcent la note de l'examen final de français sur les critères de la qualité du texte pour éviter de justifier les élèves recalés devant des comités.
Si nous étions plus fermes sur des objectifs plus accessibles, nos jeunes auraient au moins une formation de base capable de répondre au besoin des emplois d'aujourd'hui ou les bases pour poursuivre leurs études sans toujours devoir s'inscrire à des cours de rattrapage.
Il faudra sortir un jour de l'éducation «tape-à-l'oeil» et ce n'est pas en tapant sur les acteurs comme CAQuette les poules mal informées, mais en revoyant globalement les directives et la stratégie globale qui, pour le moment, nous empêchent d'enseigner l'essentiel.»
Et j'ajoute:
Et je reprends tout à fait les propos de l'introduction de Monsieur Dufour: «... il [faut] recommencer à y enseigner [dans nos écoles] correctement ces choses dont les enfants auront besoin toute leur vie: lire, écrire, compter.»
mercredi 12 octobre 2011
L'obsession évaluative: le système est bon!
Bizarrement, après 11 ans de réforme où la notion d'évaluation en éducation était quelque peu marquée par le déni, nous voilà en ce moment dans les médias à parler d'évaluation un peu à la faveur du CAQ qui arrive avec son approche de reddition des comptes sur le dos des enseignants. On va évaluer les profs. Ils veulent de meilleurs salaires? Ben, on va le en donner, s'ils le méritent! C'est un peu le bordel dans le réseau après cette réforme, mais on colporte toujours l'idée que c'est parce que nos profs sont incompétents en général.
Le professeur masqué demande, comme en boutade, si on ne devrait pas évaluer les directions un peu aussi. Son petit sondage informel montre déjà une belle courbe de Gauss avec une tendance centrale à 50 %. Évidemment, il y a en ce domaine bien à faire. J'y reviendrai.
L'ennui avec ce genre de considérations tendancieuses, c'est que le système, lui, est toujours sauf. Ce sont les acteurs, les incompétents, qui font que l'école ne marche pas dans la perception des gens.On va donc évaluer tous ces enseignants incompétents et on les formera en les forçant en plus, ou en les incitant fortement, parce qu'on va pouvoir dans un système méritoire les couper si l'on juge qu'ils ne «performent» pas assez! Ainsi, on maintient la stratégie du mieux diviser pour régner au lieu de faire travailler les gens ensemble avec la synergie créative de l'équipe, ce qui serait nettement moins bon pour les affaires avec ce gros ministère plein de sous à détourner pour l'économie.
Mais qui va former les enseignants? Et à quoi les formera-t-on?
Depuis 10 ans, la formation des enseignants est devenue pourtant, dans bien des milieux, une réalité. On ne compte plus les journées pédagogiques où on nous balance des formations éclairs. Mais l'expérience nous montre que ces dernières ont peu d'impact sur la vie de l'école puisque nous sommes toujours à chialer que l'école ne va pas trop bien, que nos jeunes décrochent et que leurs connaissances acquises sont assez fragmentaires.
Pendant ce temps, la tête de locomotive donne l'exemple! Le Mels continue, année après année, à gracier les élèves au moment des évaluations nationales par l'astuce de l'emmerdement systématique des évaluateurs à contrat qui se révèleraient trop consciencieux en leur demandant de justifier par un argumentaire devant comité tout élève recalé. D'ailleurs , sur ce point, en décembre dernier, je montrais que le bon fantastique que les jeunes vivent entre le secondaire 2 et le secondaire 5 (les résultats passent d'autour de 60% ou moins de réussite à 79 %) à l'examen de français ne pouvait s'expliquer que par un forçage de la note sur les critères concernant les qualités du texte puisque la qualité de la langue demeurait grosso modo au même niveau. Ceux de 5e année et du secondaire 2 sont corrigés par des profs enseignant la matière et le dernier, par des évaluateurs engagés à contrat par le ministère (des jeunes universitaires de Québec pour la plupart).
Malheureusement, les formations qu'on nous proposent la plupart du temps sont inappropriées ou doivent s'inscrire dans la logique du système en place en dépit des avancées des sciences «sérieuses» de l'éducation. Je fais cette distinction, car ils en existent de moins sérieuses comme celles supposées valider les programmes actuelles et les justifier. Bref, j'ai vu des formations aux TICE, alors que la plupart des intervenants n'étaient pas équipés pour transférer dans leur pratique ces «acquisitions». J'ai vu aussi des formateurs de carrière plus ou moins pertinents qui viennent souvent de milieux d'entrepreneurs nous faire perdre notre temps ou encore des hérauts du Mels venir répandre la bonne perception des choses en lieux et formes de formation. Rien de franchement transcendant!
Bref, en dépit de l'effet discutable du lobby des formateurs en tout genre, on reste «scotchés» à l'idée que le système est bon et que les acteurs restent à former pour qu'il fonctionne bien. Et on ne s'en sort pas.
Pour moi, les approches efficaces en éducation restent sous-représentées dans l'appareil global au Québec. Alors que l'Ontario et les réseaux francophones des provinces de l'Ouest affichent indéniablement la présence de ces acteurs sérieux et, tranquillement, améliorent leur performance, nous, au Québec, restons pris avec les lobbies de l'informatique, de l'édition et des consultants qui payent par en-dessous nos fonctionnaires et nos universitaires pour nous vendre leur poutine. On n'a jamais été aussi mal entourés. Et, au bout du compte, nos programmes demeurent mal foutus; nos manuels, tout beaux, tout cons; nos critiques du monde des affaires, tous obsédés de nous évaluer. Ces derniers continuent de marteler des perspectives bidons comme l'évaluation et l'ordre professionnel qui vont enfin faire de nous des enseignants sérieux.
Et si on changeait notre perspective: s'il fallait plutôt mettre au centre de nos préoccupations ces approches documentées et les instiller stratégiquement dans le réseau par une vision globale et critique du système avec des moyens neufs et ayant fait leur preuve à mettre en place. Et si on formait nos directions à faire naître les leaderships pédagogiques souhaitables dans nos organisations, à faire émerger la force des équipes-écoles qui travaillent ensemble, avec enthousiasme et avec un espace d'initiative au lieu de l'approche paternaliste et «concurrentielle» de notre très cher monde des affaires en retard dans ses propres philosophies de plusieurs évolutions de management.
Voilà pourquoi je pense qu'il faut revoir les stratégies éducatives au lieu de tourner dans l'obsession évaluative. L'évaluation est une lecture, pas une panacée.
Le professeur masqué demande, comme en boutade, si on ne devrait pas évaluer les directions un peu aussi. Son petit sondage informel montre déjà une belle courbe de Gauss avec une tendance centrale à 50 %. Évidemment, il y a en ce domaine bien à faire. J'y reviendrai.
L'ennui avec ce genre de considérations tendancieuses, c'est que le système, lui, est toujours sauf. Ce sont les acteurs, les incompétents, qui font que l'école ne marche pas dans la perception des gens.On va donc évaluer tous ces enseignants incompétents et on les formera en les forçant en plus, ou en les incitant fortement, parce qu'on va pouvoir dans un système méritoire les couper si l'on juge qu'ils ne «performent» pas assez! Ainsi, on maintient la stratégie du mieux diviser pour régner au lieu de faire travailler les gens ensemble avec la synergie créative de l'équipe, ce qui serait nettement moins bon pour les affaires avec ce gros ministère plein de sous à détourner pour l'économie.
Mais qui va former les enseignants? Et à quoi les formera-t-on?
Depuis 10 ans, la formation des enseignants est devenue pourtant, dans bien des milieux, une réalité. On ne compte plus les journées pédagogiques où on nous balance des formations éclairs. Mais l'expérience nous montre que ces dernières ont peu d'impact sur la vie de l'école puisque nous sommes toujours à chialer que l'école ne va pas trop bien, que nos jeunes décrochent et que leurs connaissances acquises sont assez fragmentaires.
Pendant ce temps, la tête de locomotive donne l'exemple! Le Mels continue, année après année, à gracier les élèves au moment des évaluations nationales par l'astuce de l'emmerdement systématique des évaluateurs à contrat qui se révèleraient trop consciencieux en leur demandant de justifier par un argumentaire devant comité tout élève recalé. D'ailleurs , sur ce point, en décembre dernier, je montrais que le bon fantastique que les jeunes vivent entre le secondaire 2 et le secondaire 5 (les résultats passent d'autour de 60% ou moins de réussite à 79 %) à l'examen de français ne pouvait s'expliquer que par un forçage de la note sur les critères concernant les qualités du texte puisque la qualité de la langue demeurait grosso modo au même niveau. Ceux de 5e année et du secondaire 2 sont corrigés par des profs enseignant la matière et le dernier, par des évaluateurs engagés à contrat par le ministère (des jeunes universitaires de Québec pour la plupart).
Malheureusement, les formations qu'on nous proposent la plupart du temps sont inappropriées ou doivent s'inscrire dans la logique du système en place en dépit des avancées des sciences «sérieuses» de l'éducation. Je fais cette distinction, car ils en existent de moins sérieuses comme celles supposées valider les programmes actuelles et les justifier. Bref, j'ai vu des formations aux TICE, alors que la plupart des intervenants n'étaient pas équipés pour transférer dans leur pratique ces «acquisitions». J'ai vu aussi des formateurs de carrière plus ou moins pertinents qui viennent souvent de milieux d'entrepreneurs nous faire perdre notre temps ou encore des hérauts du Mels venir répandre la bonne perception des choses en lieux et formes de formation. Rien de franchement transcendant!
Bref, en dépit de l'effet discutable du lobby des formateurs en tout genre, on reste «scotchés» à l'idée que le système est bon et que les acteurs restent à former pour qu'il fonctionne bien. Et on ne s'en sort pas.
Pour moi, les approches efficaces en éducation restent sous-représentées dans l'appareil global au Québec. Alors que l'Ontario et les réseaux francophones des provinces de l'Ouest affichent indéniablement la présence de ces acteurs sérieux et, tranquillement, améliorent leur performance, nous, au Québec, restons pris avec les lobbies de l'informatique, de l'édition et des consultants qui payent par en-dessous nos fonctionnaires et nos universitaires pour nous vendre leur poutine. On n'a jamais été aussi mal entourés. Et, au bout du compte, nos programmes demeurent mal foutus; nos manuels, tout beaux, tout cons; nos critiques du monde des affaires, tous obsédés de nous évaluer. Ces derniers continuent de marteler des perspectives bidons comme l'évaluation et l'ordre professionnel qui vont enfin faire de nous des enseignants sérieux.
Et si on changeait notre perspective: s'il fallait plutôt mettre au centre de nos préoccupations ces approches documentées et les instiller stratégiquement dans le réseau par une vision globale et critique du système avec des moyens neufs et ayant fait leur preuve à mettre en place. Et si on formait nos directions à faire naître les leaderships pédagogiques souhaitables dans nos organisations, à faire émerger la force des équipes-écoles qui travaillent ensemble, avec enthousiasme et avec un espace d'initiative au lieu de l'approche paternaliste et «concurrentielle» de notre très cher monde des affaires en retard dans ses propres philosophies de plusieurs évolutions de management.
Voilà pourquoi je pense qu'il faut revoir les stratégies éducatives au lieu de tourner dans l'obsession évaluative. L'évaluation est une lecture, pas une panacée.
dimanche 9 octobre 2011
L'importance de l'équipe-école
Cette année, j'ai la chance incroyable, oui incroyable, d'intégrer une école où un certain esprit d'équipe s'est installé naturellement. A l'occasion d'un mouvement de personnel majeur dans cette petite école, plus de la moitié des effectifs de l'équipe du secondaire s'est renouvelée et, en peu de temps, sous l'action de la mise en place de certains leviers par la direction et puis de l'implication d'une enseignante chef d'équipe, tranquillement s'est installé une ambiance positive, porteuse de changement. C'est incroyable, parce qu'en presque 10 ans de métier à parcourir bien des établissements scolaires, j'ai peu rencontré d'équipe de profs qui travaillaient ensemble, peu rencontré aussi d'équipe-école qui partageait des valeurs, un projet, des objectifs.
Malheureusement, dans la plupart des écoles secondaires publiques, l'équipe des profs du secondaire est trop vaste pour permettre ce genre de cohérence globale qui fait que l'école avance avec un certain enthousiasme vers les défis à relever de l'éducation. La «polyvalente» a quelque chose de monstrueux à ce chapitre. Comment créer la solidarité enseignante qui permet d'offrir aux jeunes une cohérence d'encadrement et de soutien dans une telle machine. Combien de nouveaux profs se retrouvent perdu dans un recoin de ces grands immeubles éducatifs, de nos jours, plongés dans un défi qui les dépasse sans avoir autour d'eux l'opportunité de trouver du soutien, de l'inspiration, des gens d'expérience pour les guider ou les accompagner dans le projet de devenir prof.
Dans les écoles privées, souvent de tailles plus modestes, j'ai vu parfois de bonnes énergies. Mais ce n'est pas simple là non plus de trouver les chimies inspirantes. J'en ai vu des atmosphères assez merdiques, je ne regrette pas tant que cela d'avoir butiné les milieux longtemps, insatisfait chaque fois par l'ambiance des écoles trop souvent moches. Je suis bien content de ne pas m'avoir accroché à l'idée d'une permanence trop vite et d'attendre de trouver un milieu qui me conviendrait davantage, qui mobiliserait plus naturellement ce que je peux donner aux autres.
Il y a certes des milieux meilleurs que d'autres, heureusement, certaines salles de profs bien pensés, certains adjoints ou profs affirmés, animés d'idées, véhiculant des valeurs et exerçant un certain leadership pédagogique font qu'on se sent mieux intégré ou porté dans notre travail par l'impression qu'on participe à une entreprise coordonnée qui va quelque part. Mais ce n'est pas dans tous les milieux qu'on les trouve ces énergumènes rares. Dans les grosses écoles, parfois, on sait tous que, par exemple, en secondaire 3 ou dans l'équipe des maths, il y a parfois des petits miracles de fraternité enseignantes qui lèvent et fait qu'on voit souvent le sourire aux lèvres des profs de ces équipes.
Car, avoir une équipe qui se tient, se parle, s'entraide, s'amuse, qui porte des projets, qui prend plaisir à travailler ensemble, à se relancer, à créer et organiser le milieu ensemble, c'est franchement plus dynamisant et excitant quand on entre le matin travailler. Les jeunes le sentent et la bonne humeur générale est contagieuse. J'ai cette chance de plonger cette année dans ce genre d'ambiance et d'y donner du mien à un moment de ma carrière où je me sens de plus en plus en meilleure possession de mes moyens.
L'effet d'une telle énergie sur les élèves est directement palpable. La vitesse à laquelle s'installe les relations avec les élèves est assez fascinante cette année. En 5 semaines, on en a fait du chemin. Un a un, même les cas un peu difficile trouve leur place et s'ouvre tranquillement à l'école qui prend du sens.
Mais bon, on a des conditions favorables: une petite équipe dont les membres s'adonnent bien ensemble, peu d'élèves qu'on partage tous puisque nous enseignons tous les niveaux et nous nous prêtons à ces fréquentes réunions qui permettent de coordonner nos actions. Cette situation tombe bien pour le milieu, je crois, parce qu'ici les défis sont grands et la créativité a sa place.
Évidemment, rien n'est parfait, il y a des tiraillements, mais ce qui caractérise toujours une équipe dynamique, quand j'en ai rencontré, c'est la capacité de ces membres de se dire franchement les choses, de débattre, et donc de faire émerger des idées nouvelles, des solutions, des projets qui conviennent à la plupart. Une bonne majorité de l'équipe a une bonne confiance en soi et d'écoute pour permettre l'expression des idées. Quant aux quelques autres, on le voit tranquillement, la contagion de l'énergie et la confiance les gagne.
Aussi, un milieu me revenant en mémoire, j'ai pensé à ce coordonnateur qui, dans la grande équipe de 30 profs inspirés que j'ai connue au début de ma carrière, donnait beaucoup d'appui aux nouveaux et à ces profs peut-être même moins expérimentés ou moins efficaces pour toute sorte de raisons. Je crois qu'il faut résister à cette tentation qui nous vient parfois facilement même dans les bonnes équipes de casser du sucre sur le dos du prof qui semble moins bien s'en sortir avec les élèves. C'est une bonne occasion peut-être d'ouvrir le jeu et de s'entraider. C'est probablement la marque d'une grande équipe d'arriver à même intégrer et d'épauler ses maillons qui en ont besoin. Car, perdre un prof en cours d'année peut aussi se révéler le pire scénario quand on connait la difficulté d'embaucher d'ici.
En terminant, je ne sais pas si les profs ont conscience de la force qu'ils peuvent développer ensemble. Je crois qu'on se tire dans le pied si l'on oublie de donner ne serait-ce qu'un peu de son attention et idéalement un peu d'énergie au contexte qui entoure la situation dans nos classes. Il faut cultiver de l'ouverture d'esprit, se réserver un peu de temps pour travailler à améliorer l'ambiance. Combien de leaders de comités sociaux d'école, par exemple, dans plusieurs établissements travaillent à créer le réseau, la collégialité positive qui permet à un milieu de travail de s'humaniser? Dans une école où il n'y en a pas, j'en ai vu, on a hâte de finir son contrat et de partir ailleurs.
Malheureusement, dans la plupart des écoles secondaires publiques, l'équipe des profs du secondaire est trop vaste pour permettre ce genre de cohérence globale qui fait que l'école avance avec un certain enthousiasme vers les défis à relever de l'éducation. La «polyvalente» a quelque chose de monstrueux à ce chapitre. Comment créer la solidarité enseignante qui permet d'offrir aux jeunes une cohérence d'encadrement et de soutien dans une telle machine. Combien de nouveaux profs se retrouvent perdu dans un recoin de ces grands immeubles éducatifs, de nos jours, plongés dans un défi qui les dépasse sans avoir autour d'eux l'opportunité de trouver du soutien, de l'inspiration, des gens d'expérience pour les guider ou les accompagner dans le projet de devenir prof.
Dans les écoles privées, souvent de tailles plus modestes, j'ai vu parfois de bonnes énergies. Mais ce n'est pas simple là non plus de trouver les chimies inspirantes. J'en ai vu des atmosphères assez merdiques, je ne regrette pas tant que cela d'avoir butiné les milieux longtemps, insatisfait chaque fois par l'ambiance des écoles trop souvent moches. Je suis bien content de ne pas m'avoir accroché à l'idée d'une permanence trop vite et d'attendre de trouver un milieu qui me conviendrait davantage, qui mobiliserait plus naturellement ce que je peux donner aux autres.
Il y a certes des milieux meilleurs que d'autres, heureusement, certaines salles de profs bien pensés, certains adjoints ou profs affirmés, animés d'idées, véhiculant des valeurs et exerçant un certain leadership pédagogique font qu'on se sent mieux intégré ou porté dans notre travail par l'impression qu'on participe à une entreprise coordonnée qui va quelque part. Mais ce n'est pas dans tous les milieux qu'on les trouve ces énergumènes rares. Dans les grosses écoles, parfois, on sait tous que, par exemple, en secondaire 3 ou dans l'équipe des maths, il y a parfois des petits miracles de fraternité enseignantes qui lèvent et fait qu'on voit souvent le sourire aux lèvres des profs de ces équipes.
Car, avoir une équipe qui se tient, se parle, s'entraide, s'amuse, qui porte des projets, qui prend plaisir à travailler ensemble, à se relancer, à créer et organiser le milieu ensemble, c'est franchement plus dynamisant et excitant quand on entre le matin travailler. Les jeunes le sentent et la bonne humeur générale est contagieuse. J'ai cette chance de plonger cette année dans ce genre d'ambiance et d'y donner du mien à un moment de ma carrière où je me sens de plus en plus en meilleure possession de mes moyens.
L'effet d'une telle énergie sur les élèves est directement palpable. La vitesse à laquelle s'installe les relations avec les élèves est assez fascinante cette année. En 5 semaines, on en a fait du chemin. Un a un, même les cas un peu difficile trouve leur place et s'ouvre tranquillement à l'école qui prend du sens.
Mais bon, on a des conditions favorables: une petite équipe dont les membres s'adonnent bien ensemble, peu d'élèves qu'on partage tous puisque nous enseignons tous les niveaux et nous nous prêtons à ces fréquentes réunions qui permettent de coordonner nos actions. Cette situation tombe bien pour le milieu, je crois, parce qu'ici les défis sont grands et la créativité a sa place.
Évidemment, rien n'est parfait, il y a des tiraillements, mais ce qui caractérise toujours une équipe dynamique, quand j'en ai rencontré, c'est la capacité de ces membres de se dire franchement les choses, de débattre, et donc de faire émerger des idées nouvelles, des solutions, des projets qui conviennent à la plupart. Une bonne majorité de l'équipe a une bonne confiance en soi et d'écoute pour permettre l'expression des idées. Quant aux quelques autres, on le voit tranquillement, la contagion de l'énergie et la confiance les gagne.
Aussi, un milieu me revenant en mémoire, j'ai pensé à ce coordonnateur qui, dans la grande équipe de 30 profs inspirés que j'ai connue au début de ma carrière, donnait beaucoup d'appui aux nouveaux et à ces profs peut-être même moins expérimentés ou moins efficaces pour toute sorte de raisons. Je crois qu'il faut résister à cette tentation qui nous vient parfois facilement même dans les bonnes équipes de casser du sucre sur le dos du prof qui semble moins bien s'en sortir avec les élèves. C'est une bonne occasion peut-être d'ouvrir le jeu et de s'entraider. C'est probablement la marque d'une grande équipe d'arriver à même intégrer et d'épauler ses maillons qui en ont besoin. Car, perdre un prof en cours d'année peut aussi se révéler le pire scénario quand on connait la difficulté d'embaucher d'ici.
En terminant, je ne sais pas si les profs ont conscience de la force qu'ils peuvent développer ensemble. Je crois qu'on se tire dans le pied si l'on oublie de donner ne serait-ce qu'un peu de son attention et idéalement un peu d'énergie au contexte qui entoure la situation dans nos classes. Il faut cultiver de l'ouverture d'esprit, se réserver un peu de temps pour travailler à améliorer l'ambiance. Combien de leaders de comités sociaux d'école, par exemple, dans plusieurs établissements travaillent à créer le réseau, la collégialité positive qui permet à un milieu de travail de s'humaniser? Dans une école où il n'y en a pas, j'en ai vu, on a hâte de finir son contrat et de partir ailleurs.
samedi 8 octobre 2011
Parlons grammaire! Pour en finir avec le «pépin» du groupe du nom donneur d'accord! (retouché ici et là)
Bon, on ne naît pas prof de français, on le devient parfois même au hasard d'une vie et on se réveille surpris en pensant à ses rêves d'enfance. Enfin, je m'éclate dans ce métier et même quand j'essaie de faire comprendre des trucs compliqués de la langue.
J'aime bien la nouvelle interface de Blogger et cette possibilité de voir combien de gens s'intéressent à certains de nos écrits. Bon, je ne tape pas des «scores» mirobolants, mais ça donne une idée. J'ai été étonné de voir 125 clics sur mon texte de décembre dernier qui commentait les résultats aux examens du Mels en français car,en le relisant, j'ai constaté que c'était plutôt un texte ardu qui entrait dans les détails d'une réflexion qui m'alimente depuis des années.
J'ai relu et je suis tombé sur une phrase nébuleuse qui portait sur le fait de poser des questions pour trouver les mots aux fonctions importantes comme un sujet notamment. Ma phrase était vraiment moche, et le point, des plus importants, il me semble.
Bref, je reprends un passage et développe. Voici ce que ça donne.
A propos de l'accord sujet-verbe, étude comparée ou pourquoi faire simple...
Même si l'intention de la nouvelle grammaire semblait bonne, je suis obligé de penser après usage que l'ancienne approche était supérieure sans être parfaite. Je suis complètement en désaccord avec les tenants de la nouvelle grammaire qui soutenaient que la vieille grammaire péchait en se servant de divers niveaux de sens (sémantique, syntaxique, etc.) pour faire appréhender le fonctionnement du système de la langue. Le grand péché, pour les «syntaxicologues» de la nouvelle grammaire, était en effet d'utiliser le sens pour faire comprendre le fonctionnement de la grammaire. Selon eux, il faudrait dorénavant tout présenter les données de la grammaire par l'entrée syntaxique, ordonnée dans une système logique. Et le moyen tout trouvé serait la manipulation syntaxique.C'était plus logique!
Seul petit problème, que tout le monde un peu pressé de réussir dans notre époque très moderne avait éludé, c'est qu'un enfant n'a pas encore l'appareil intellectuel pour appréhender un ensemble logiquement organisé d'une telle complexité. Rapidement, la terminologie les gave, les exposés qui tendent à être exhaustifs les saturent, les manipulations sont longues et fastidieuses à déployer pour l'époque de l'instant tanné! Récemment les TiC peuvent nous aider à gagner en efficacité manipulatrice de groupe syntaxique dans les exposés, on peut même amener les jeunes à jouer avec leurs syntagmes sur un tableau interactif, mais les fameuses machines ne changent rien au fait que le cerveau de l'enfant ou de l'ado est peu souple pour opérer en action des manipulations mentalement pour bien analyser ses phrases et les corriger in situ. Enfin, de nombreux adultes formés dans les universités pour enseigner n'y parvenaient même pas, même à coup de formations massues!
Ainsi, occire au bucher les «questions», moyen économique d'analyse et de repérage classique, avant et après le verbe pour opérer des classements de fonctions étaient une belle erreur pratique à mon sens. On aurait pu valoriser l'entrée syntaxique et la logique positionnelle des groupes et leur fonction et même la manipulation syntaxique sans tout jeter par terre. Oui, mais effectivement la vieille grammaire n'était pas parfaite, elle recélait bien des incongruités. On a tous vu les exemples mignons de ces tenants du genre: Rien n'a d'importance. Qu'est qui n'a pas d'importance? Rien. Donc il n'y a pas de sujet!
Mais franchement, ne remarque-t-on pas que ces exemples de cirque sont des situations assez rares dans la langue. Non, on est crédules devant la détermination d'un système orchestré de haut et on ne réfléchit pas pour la simple raison que la solution de rechange miracle proposée est d'une belle complexité, pour le moment obscure. Mais, après des années dans cette «mouise», on peut en dire un peu plus.
Commençons donc par être bon joueur et soyons honnête: valoriser le positionnement syntaxique à gauche ou devant le verbe comme la nouvelle grammaire le fait est une entrée aussi intéressante. Cette révolution m'a donné au moins cela: dans une phrase, la plupart du temps, on a d'abord le sujet puis le verbe et ses compléments, dans cet ordre. Mais ne m'abuse-je? Le sujet-verbe-complément d’antan ne faisait-il office de structure positionnelle déjà, non?
Tiens, avec le recul en imitant les tenants d'alors de la logique de la nouvelle grammaire, je pourrais jouer le guignol critique pour épater la galerie avec des exemples mignons du genre: Dans la forêt dormaient les bêtes! «Monsieur, vous avez fait une faute: forêt est singulier et votre verbe est au pluriel et on peut dire C'est dans la forêt que dormaient les bêtes! Donc, dans la forêt est le sujet. » («Ma foi, ce «bollé» m'énerve, là! » se disait le prof tout déstabilisé.) Et je ne parle pas des sujets complexes avec complément du nom, apposition, etc. qui continuent d'exister et de mettre au défi nos jeunes et nos ressources de pédagogue. Évidemment, si on applique toute la poutine des manipulations parce qu'on a un cerveau 2G ou bien des années d'expérience de l'enseignement, on trouvera bien le moyen de faire admettre que ce sont bien les satanées bêtes qui dorment dans la foutue forêt! Mais bon, je ne crois pas que la méthode exhaustive préviennent les méprises d'analyse. Surtout que, si vous êtes comme moi, l'opération des accords est un processus mental un peu mécanique qui consiste à accorder assez systématiquement les groupes en avant du verbe et d'avoir un œil sur les constructions inhabituelles et, en cas de doute, un petit qui? devant le verbe et on se rassure. Je n'ai jamais compris l'utilité de la quincaillerie des manipulations quand on me l'a proposée il y a 15 ans, parce que j'avais plus simple pour faire la même chose.
A la recherche du noyau ou Pépin Le Bref, l'introuvable!
Mais sérieusement, dans une telle situation de GN un peu plus complexe que de coutume, notre jeune imberbe le trouve où et comment le noyau du GN sujet donneur d'accord au fait dans cette nouvelle grammaire «syntaxique» ? Théoriquement, en reconnaissant, la phrase de base (GNS-GV), puis surement les expansions qui caractérisent le GN (qui peuvent être comme me l'indique la section du GN dans la section «Les connaissances» de RENDEZ-VOUS, méthode didactique en vogue dans nos écoles pour le sec.1: G adj; G prep., Sub. relative, un autre GN, expansions qui remplissent la fonction de complément du nom faut-il le préciser). Franchement, pour un jeune de 11-12 ans, cette page 369 est du chinois.
Et les pages 424-425, où on fournit plusieurs façons de se «démêler» dans la recherche de ce noyau donneur d'accord, n'y arrivent pas davantage. Distinguer sujet-prédicat par le sens en passant et en posant les questions: de quoi parle-t-on dans cette phrase? et qu'est-ce qu'on en dit? pour les distinguer. Serait-ce du sens, très cher «syntaxicologue»? Ouwach! En passant, quand j'enseigne cela, au début, le jeune trouve qu'on peut parler de tout dans une phrase: il te ramasse le premier GN qui impacte ses yeux et le promeut sujet); le sujet est ce qui se remplace par la question qui est-ce qui? ou qu'est-ce qui? (Manipulation certes fort intéressante! Serait-ce une manipulation déguisée de vieux procédés? Dans la forêt, dormaient qui est-ce qui? Je ne trouve pas ce test très probant...); un sujet s'encadre par C'est... que (Tiens une nouveauté franchement, évidente et pratique! Je l'ai déjà invalidée. C'est... que quoi?;-)) et on peut remplacer le sujet par un des pronoms suivants: il, ils, elle, elles, cela, ça (Tiens en toute fin de tout cela, un peu de sens, mais bon dans : Je trouve ce bruit fatigant, c'est bien «ce bruit» que je risque de prendre pour un sujet).
J'ai aussi cherché un peu dans la section Donneur d'accord par l'Index si on avait des éclairages pour se démêler, je n'ai pas trouvé bien mieux p.306 que «Le sujet donne sa personne et son nombre au verbe ou à l'auxiliaire (si le verbe est à un temps composé)». On ne parle même pas du noyau et les exemples n'expliquent pas franchement grand chose ni ne donnent de moyens pratiques pour trouver le sujet-noyau (admirez l'exhaustivité de l'énoncé avec la belle parenthèse en passant! Le pire, c'est qu'on n'a même pas conscience d'embrouiller nos jeunes par de telles précisions inutiles).
D'ailleurs, n'avez-vous pas remarqué que cette grammaire nouvelle souffre souvent de défauts d'explication ou de procédés pratiques pour opérer certaines actions pourtant vitales au respect du code linguistique? Combien de nouvelles grammaires éludent les explications dans des exemples qu'on nous laisse le soin de comprendre sans plus expliquer. Ouvrez au hasard n'importe quelles grammaires nouvelles sur le marché et visiter la rubrique Complément direct. C'est QUELQUE CHOSE!
Enfin, pour revenir au rendez-vous manqué dans la méthode avec notre très cher noyau, «humoristiquement» surnommé Pépin le Bref, l'introuvable, j'espère que nos profs ne prennent pas trop au pied de la lettre leur rôle d'accompagnateur dans la co-construction, parce que la p.490 du dit manuel scolaire approuvé par le MELS n'est pas plus éclairante: on y présente une démarche d'accord du verbe qui demande bien: Repérez le noyau du GN sujet ou le pronom sujet . Ce sont des donneurs. On ne précise pas, lacune évidente, comment on s'y prend sinon que par des exemples dans des phrases pas trop complexes.
Pour moi, et beaucoup de confrères et de consœurs qui me l'ont avoué, et des générations de vie humaines, c'est bien simple, trouver le sujet précis ou le mot utile ou noyau, le pépin, pour l'accord du verbe se résume à poser la question qui? devant le verbe. Juste ça.
Essayez, ça marche 99% des fois, même en situation assez complexe, même avec un enfant. Qui dormaient? Les bêtes! Au gaz! Même avec le « rien» plutôt nulle de l'exemple, ou on a juste à répondre que le «rien» est un sujet fabuleux! Surtout s'il est accroché à un prédicat qui dit que «tout» en fait n'a pas d'importance, ce qui est fichtrement discutable! Notre jeune découvre l'esprit, ne nous embrouillons pas pour si peu. Rions un peu, expliquons-lui que la grammaire est un monde un peu étrange parfois sans en faire un plat et poursuivons les exercices pour continuer de faire réussir à l'enfant ses accords sujet-verbe en posant des questions qui ? devant le verbe. Les enseignants se laisseraient-ils si facilement perturber par les Petit Nicolas.
Et remarquez que je ne m'embarrasse pas de détails: Qui est-ce qui ou Qu'est-ce qui? non juste Qui?. Ex. L'amour rend heureux. Qui rend heureux? L'amour. Ben oui, ça tord un peu. Mais ça reste encore tout à fait sensé. Puis, si notre jeune dit: «Ben, y a personne dans la phrase?». Là je précise ou je dis on dirait que dans cette phrase fait comme si l'amour était une personne ou ben simplement on sort le Qu'est-ce qui? du panier, question presque pareil au qui? pour mieux convenir aux sujets de phrase qui sont des objets ou des idées. Mais s'il zappe et obtient le résultat escompté, on peut continuer de dormir: un jour, notre jeune fera des nuances. Il entrera dans les détails plus tard. Pour le moment, il a un outil utile, des dents pour traquer du Pépin, donneur d'accord, à son foutu receveur de verbe!
Avec de l'entrainement, on ne remarque même plus qu'on le fait, tellement c'est simple.
Certains diront et là, je concède, que bien des jeunes ont du mal à trouver le verbe pour commencer avant même de poser la question. On peut à ce stade évidemment parler de la structure syntaxique, de groupe et de machin et j'en passe ou simplement dire au jeune: Qui fait quoi dans la phrase? Ou Qui est quoi? et lui faire comprendre que le «fait» dans cette question est l'action, le verbe. Par le sens du mot faire, le jeune normalement accède à la réalité du verbe naturellement pour la bonne raison qu'il a intégré qu'il fait lui-même plein de choses qui se désignent par tout un tas de mots.
On peut ensuite toujours, tranquillement, complexifier, une phrase, c'est normalement un GS puis un GV : quelqu'un ou quelque chose (sujet) fait quelque chose (GV) et construire doucement sur cette base une logique de la grammaire, plus syntaxique même, si on y tient.
Car, bref, comme le disait Pépin, c'est après avoir examiné bien des détails et compris bien des petites choses en se posant des questions simples à partir de ce qu'il connaissait et accédait, que notre fameux Archimède a eu soudainement la vision globale et logique pour s'écrier:«Euréka!». La logique systémique complexe émerge tranquillement dans l'adolescence avec le développement de la capacité d'abstraction avec plein d'incohérences, d'essais et d'erreurs. Il faut même bien des années et beaucoup d'entrainement pour apprendre à bien saisir certaines représentations humaines. Ce n'est pas un donné instantané de l'enfance! Loin de là. Il serait temps qu'on en prenne conscience.
J'aime bien la nouvelle interface de Blogger et cette possibilité de voir combien de gens s'intéressent à certains de nos écrits. Bon, je ne tape pas des «scores» mirobolants, mais ça donne une idée. J'ai été étonné de voir 125 clics sur mon texte de décembre dernier qui commentait les résultats aux examens du Mels en français car,en le relisant, j'ai constaté que c'était plutôt un texte ardu qui entrait dans les détails d'une réflexion qui m'alimente depuis des années.
J'ai relu et je suis tombé sur une phrase nébuleuse qui portait sur le fait de poser des questions pour trouver les mots aux fonctions importantes comme un sujet notamment. Ma phrase était vraiment moche, et le point, des plus importants, il me semble.
Bref, je reprends un passage et développe. Voici ce que ça donne.
A propos de l'accord sujet-verbe, étude comparée ou pourquoi faire simple...
Même si l'intention de la nouvelle grammaire semblait bonne, je suis obligé de penser après usage que l'ancienne approche était supérieure sans être parfaite. Je suis complètement en désaccord avec les tenants de la nouvelle grammaire qui soutenaient que la vieille grammaire péchait en se servant de divers niveaux de sens (sémantique, syntaxique, etc.) pour faire appréhender le fonctionnement du système de la langue. Le grand péché, pour les «syntaxicologues» de la nouvelle grammaire, était en effet d'utiliser le sens pour faire comprendre le fonctionnement de la grammaire. Selon eux, il faudrait dorénavant tout présenter les données de la grammaire par l'entrée syntaxique, ordonnée dans une système logique. Et le moyen tout trouvé serait la manipulation syntaxique.C'était plus logique!
Seul petit problème, que tout le monde un peu pressé de réussir dans notre époque très moderne avait éludé, c'est qu'un enfant n'a pas encore l'appareil intellectuel pour appréhender un ensemble logiquement organisé d'une telle complexité. Rapidement, la terminologie les gave, les exposés qui tendent à être exhaustifs les saturent, les manipulations sont longues et fastidieuses à déployer pour l'époque de l'instant tanné! Récemment les TiC peuvent nous aider à gagner en efficacité manipulatrice de groupe syntaxique dans les exposés, on peut même amener les jeunes à jouer avec leurs syntagmes sur un tableau interactif, mais les fameuses machines ne changent rien au fait que le cerveau de l'enfant ou de l'ado est peu souple pour opérer en action des manipulations mentalement pour bien analyser ses phrases et les corriger in situ. Enfin, de nombreux adultes formés dans les universités pour enseigner n'y parvenaient même pas, même à coup de formations massues!
Ainsi, occire au bucher les «questions», moyen économique d'analyse et de repérage classique, avant et après le verbe pour opérer des classements de fonctions étaient une belle erreur pratique à mon sens. On aurait pu valoriser l'entrée syntaxique et la logique positionnelle des groupes et leur fonction et même la manipulation syntaxique sans tout jeter par terre. Oui, mais effectivement la vieille grammaire n'était pas parfaite, elle recélait bien des incongruités. On a tous vu les exemples mignons de ces tenants du genre: Rien n'a d'importance. Qu'est qui n'a pas d'importance? Rien. Donc il n'y a pas de sujet!
Mais franchement, ne remarque-t-on pas que ces exemples de cirque sont des situations assez rares dans la langue. Non, on est crédules devant la détermination d'un système orchestré de haut et on ne réfléchit pas pour la simple raison que la solution de rechange miracle proposée est d'une belle complexité, pour le moment obscure. Mais, après des années dans cette «mouise», on peut en dire un peu plus.
Commençons donc par être bon joueur et soyons honnête: valoriser le positionnement syntaxique à gauche ou devant le verbe comme la nouvelle grammaire le fait est une entrée aussi intéressante. Cette révolution m'a donné au moins cela: dans une phrase, la plupart du temps, on a d'abord le sujet puis le verbe et ses compléments, dans cet ordre. Mais ne m'abuse-je? Le sujet-verbe-complément d’antan ne faisait-il office de structure positionnelle déjà, non?
Tiens, avec le recul en imitant les tenants d'alors de la logique de la nouvelle grammaire, je pourrais jouer le guignol critique pour épater la galerie avec des exemples mignons du genre: Dans la forêt dormaient les bêtes! «Monsieur, vous avez fait une faute: forêt est singulier et votre verbe est au pluriel et on peut dire C'est dans la forêt que dormaient les bêtes! Donc, dans la forêt est le sujet. » («Ma foi, ce «bollé» m'énerve, là! » se disait le prof tout déstabilisé.) Et je ne parle pas des sujets complexes avec complément du nom, apposition, etc. qui continuent d'exister et de mettre au défi nos jeunes et nos ressources de pédagogue. Évidemment, si on applique toute la poutine des manipulations parce qu'on a un cerveau 2G ou bien des années d'expérience de l'enseignement, on trouvera bien le moyen de faire admettre que ce sont bien les satanées bêtes qui dorment dans la foutue forêt! Mais bon, je ne crois pas que la méthode exhaustive préviennent les méprises d'analyse. Surtout que, si vous êtes comme moi, l'opération des accords est un processus mental un peu mécanique qui consiste à accorder assez systématiquement les groupes en avant du verbe et d'avoir un œil sur les constructions inhabituelles et, en cas de doute, un petit qui? devant le verbe et on se rassure. Je n'ai jamais compris l'utilité de la quincaillerie des manipulations quand on me l'a proposée il y a 15 ans, parce que j'avais plus simple pour faire la même chose.
A la recherche du noyau ou Pépin Le Bref, l'introuvable!
Mais sérieusement, dans une telle situation de GN un peu plus complexe que de coutume, notre jeune imberbe le trouve où et comment le noyau du GN sujet donneur d'accord au fait dans cette nouvelle grammaire «syntaxique» ? Théoriquement, en reconnaissant, la phrase de base (GNS-GV), puis surement les expansions qui caractérisent le GN (qui peuvent être comme me l'indique la section du GN dans la section «Les connaissances» de RENDEZ-VOUS, méthode didactique en vogue dans nos écoles pour le sec.1: G adj; G prep., Sub. relative, un autre GN, expansions qui remplissent la fonction de complément du nom faut-il le préciser). Franchement, pour un jeune de 11-12 ans, cette page 369 est du chinois.
Et les pages 424-425, où on fournit plusieurs façons de se «démêler» dans la recherche de ce noyau donneur d'accord, n'y arrivent pas davantage. Distinguer sujet-prédicat par le sens en passant et en posant les questions: de quoi parle-t-on dans cette phrase? et qu'est-ce qu'on en dit? pour les distinguer. Serait-ce du sens, très cher «syntaxicologue»? Ouwach! En passant, quand j'enseigne cela, au début, le jeune trouve qu'on peut parler de tout dans une phrase: il te ramasse le premier GN qui impacte ses yeux et le promeut sujet); le sujet est ce qui se remplace par la question qui est-ce qui? ou qu'est-ce qui? (Manipulation certes fort intéressante! Serait-ce une manipulation déguisée de vieux procédés? Dans la forêt, dormaient qui est-ce qui? Je ne trouve pas ce test très probant...); un sujet s'encadre par C'est... que (Tiens une nouveauté franchement, évidente et pratique! Je l'ai déjà invalidée. C'est... que quoi?;-)) et on peut remplacer le sujet par un des pronoms suivants: il, ils, elle, elles, cela, ça (Tiens en toute fin de tout cela, un peu de sens, mais bon dans : Je trouve ce bruit fatigant, c'est bien «ce bruit» que je risque de prendre pour un sujet).
J'ai aussi cherché un peu dans la section Donneur d'accord par l'Index si on avait des éclairages pour se démêler, je n'ai pas trouvé bien mieux p.306 que «Le sujet donne sa personne et son nombre au verbe ou à l'auxiliaire (si le verbe est à un temps composé)». On ne parle même pas du noyau et les exemples n'expliquent pas franchement grand chose ni ne donnent de moyens pratiques pour trouver le sujet-noyau (admirez l'exhaustivité de l'énoncé avec la belle parenthèse en passant! Le pire, c'est qu'on n'a même pas conscience d'embrouiller nos jeunes par de telles précisions inutiles).
D'ailleurs, n'avez-vous pas remarqué que cette grammaire nouvelle souffre souvent de défauts d'explication ou de procédés pratiques pour opérer certaines actions pourtant vitales au respect du code linguistique? Combien de nouvelles grammaires éludent les explications dans des exemples qu'on nous laisse le soin de comprendre sans plus expliquer. Ouvrez au hasard n'importe quelles grammaires nouvelles sur le marché et visiter la rubrique Complément direct. C'est QUELQUE CHOSE!
Enfin, pour revenir au rendez-vous manqué dans la méthode avec notre très cher noyau, «humoristiquement» surnommé Pépin le Bref, l'introuvable, j'espère que nos profs ne prennent pas trop au pied de la lettre leur rôle d'accompagnateur dans la co-construction, parce que la p.490 du dit manuel scolaire approuvé par le MELS n'est pas plus éclairante: on y présente une démarche d'accord du verbe qui demande bien: Repérez le noyau du GN sujet ou le pronom sujet . Ce sont des donneurs. On ne précise pas, lacune évidente, comment on s'y prend sinon que par des exemples dans des phrases pas trop complexes.
Pour moi, et beaucoup de confrères et de consœurs qui me l'ont avoué, et des générations de vie humaines, c'est bien simple, trouver le sujet précis ou le mot utile ou noyau, le pépin, pour l'accord du verbe se résume à poser la question qui? devant le verbe. Juste ça.
Essayez, ça marche 99% des fois, même en situation assez complexe, même avec un enfant. Qui dormaient? Les bêtes! Au gaz! Même avec le « rien» plutôt nulle de l'exemple, ou on a juste à répondre que le «rien» est un sujet fabuleux! Surtout s'il est accroché à un prédicat qui dit que «tout» en fait n'a pas d'importance, ce qui est fichtrement discutable! Notre jeune découvre l'esprit, ne nous embrouillons pas pour si peu. Rions un peu, expliquons-lui que la grammaire est un monde un peu étrange parfois sans en faire un plat et poursuivons les exercices pour continuer de faire réussir à l'enfant ses accords sujet-verbe en posant des questions qui ? devant le verbe. Les enseignants se laisseraient-ils si facilement perturber par les Petit Nicolas.
Et remarquez que je ne m'embarrasse pas de détails: Qui est-ce qui ou Qu'est-ce qui? non juste Qui?. Ex. L'amour rend heureux. Qui rend heureux? L'amour. Ben oui, ça tord un peu. Mais ça reste encore tout à fait sensé. Puis, si notre jeune dit: «Ben, y a personne dans la phrase?». Là je précise ou je dis on dirait que dans cette phrase fait comme si l'amour était une personne ou ben simplement on sort le Qu'est-ce qui? du panier, question presque pareil au qui? pour mieux convenir aux sujets de phrase qui sont des objets ou des idées. Mais s'il zappe et obtient le résultat escompté, on peut continuer de dormir: un jour, notre jeune fera des nuances. Il entrera dans les détails plus tard. Pour le moment, il a un outil utile, des dents pour traquer du Pépin, donneur d'accord, à son foutu receveur de verbe!
Avec de l'entrainement, on ne remarque même plus qu'on le fait, tellement c'est simple.
Certains diront et là, je concède, que bien des jeunes ont du mal à trouver le verbe pour commencer avant même de poser la question. On peut à ce stade évidemment parler de la structure syntaxique, de groupe et de machin et j'en passe ou simplement dire au jeune: Qui fait quoi dans la phrase? Ou Qui est quoi? et lui faire comprendre que le «fait» dans cette question est l'action, le verbe. Par le sens du mot faire, le jeune normalement accède à la réalité du verbe naturellement pour la bonne raison qu'il a intégré qu'il fait lui-même plein de choses qui se désignent par tout un tas de mots.
On peut ensuite toujours, tranquillement, complexifier, une phrase, c'est normalement un GS puis un GV : quelqu'un ou quelque chose (sujet) fait quelque chose (GV) et construire doucement sur cette base une logique de la grammaire, plus syntaxique même, si on y tient.
Car, bref, comme le disait Pépin, c'est après avoir examiné bien des détails et compris bien des petites choses en se posant des questions simples à partir de ce qu'il connaissait et accédait, que notre fameux Archimède a eu soudainement la vision globale et logique pour s'écrier:«Euréka!». La logique systémique complexe émerge tranquillement dans l'adolescence avec le développement de la capacité d'abstraction avec plein d'incohérences, d'essais et d'erreurs. Il faut même bien des années et beaucoup d'entrainement pour apprendre à bien saisir certaines représentations humaines. Ce n'est pas un donné instantané de l'enfance! Loin de là. Il serait temps qu'on en prenne conscience.
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