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vendredi 28 octobre 2011

Supervision informelle dans le monde post-réforme

On a une stagiaire dans l'école. Bon, elle m'avait demandé de la superviser, mais vu que je ne vise pas super bien, j'ai refusé. Non, sans déconner, j'ai une tâche assez chargée et puis, en plus, je me suis mis en tête tranquillement qu'ici, on pouvait faire pas mal pour changer  le cours de l'histoire de l'école pour autant qu'on y mette du temps. L'école est petite, la «gang» est allumée cette année, suffit juste de prendre le «lead» par l'exemple ou en faisant, par un petit effort, arriver les choses. Comme notre première session d'examens d'étape 1 de l'histoire de l'école, je crois, qui est en train de prendre forme. Tranquillement, je sens même que les parties désillusionnées de notre groupe qui se sont laissés gagnés par la paresse commence à réveiller en eux un peu le feu sacré de prendre le risque de la réalité et du défi d'élever nos jeunes vers un peu plus que les destins écrits d'avance.


Bref, superviser quelqu'une juste parce que j'ai un bac d'enseignement et qui ne vient même pas travailler ma matière, ce qui pourrait me libérer de l'énergie pour mes autres mandats, je trouvais cela énergivore pour rien. Surtout que sa manière, à son arrivée dans l'école, de jouer les Kassandra (de la série) qui sait tout et se permet tout m'énervait.J'avais peur de me retrouver dans une supervision de discussions sans fin. Et pis en plus, j'envisageais que pondre un rapport de supervision pour les apparences de l'establishment pro-réforme me ferait vivre un cas de conscience.


Bon, elle s'est arrangée, elle est normalement «coaché» par le prof responsable de la matière, mais bon, comme il arrive souvent dans nos milieux, il n'a pas tout à fait la qualification légale, mais des diplômes très pertinents pour enseigner enfin une matière importante de celles qu'il doit enseigner.


Ainsi, elle a commencé son stage en sciences depuis quelques semaines et vient jaser de temps en temps avec ses grandes questions. Autour d'une cigarette, dans l'informelle, je suis de nature généreuse, on essaie de comprendre les raisons de ses difficultés, qui ne sont pas que les siennes!


Elle est bien sûr éberluée par le niveau en français. Nos jeunes ont véritablement de la difficulté à verbaliser, et mettre en mots une pensée est toute une histoire. Bref, comme elle suit comme tout bon prof qui se respecte le programme, elle veut faire faire à ses jeunes des beaux rapports d'expérience de lab en suivant la démarche scientifique, mais ça coince assez vite autour de la rédaction de l'hypothèse!

Bienvenue dans le réel!


Comme j'ai un peu d'expérience et que je suis tout à fait au fait de la situation, je lui ai donné quelques pistes et réflexions.


- Comme j'arrive dans cette école, disons que je n'ai pas de miracles à proposer. Je suis très certainement sur le dossier d'amener ces jeunes à développer une capacité plus fluide de mettre en mots leur pensée, mais je me donne franchement quelques années pour y arriver!


- J'ai constaté, que nos jeunes, comme bien des jeunes au Québec d'ailleurs, n'ont pas la science infuse et ont besoin qu'on leur montre le chemin à suivre pour espérer développer en eux les processus de pensée qu'on voudrait qu'il ait de façon spontanée! Bref, il faut souvent leur préparer des grilles d'analyse pour traiter l'information, des organisateurs de pensées, des plans pour ordonner l'information que la grille d'analyse qu'on a conçu préformait déjà si on y met un peu d'habiletés à la concevoir. Ensuite, on fait revivre plusieurs fois la «trail» ainsi faite dans des situations similaires avant de passer à l'étape suivante qui est de lâcher un peu la structure mis en place pour les laisser la reproduire par eux-mêmes. Bref, faire rédiger en autonomie de travail d'équipe un rapport de lab prendra probablement pas mal plus de temps que ce que la théorie suppose!


Ce n'est pas impossible, il faut juste y mettre du temps. Évidemment, la durée d'un stage peut être insuffisant pour arriver à destination.


Enfin, hier, ma Kassandre, me parle de je ne sais plus quel cycle lié aux champignons, le genre de  diagrammes avec des petites flèches qu'on voyait dans les cours d'écologie que j'ai enseigné il y a belles lurettes. Elle s'était évertuée à leur réexpliquer le cycle je ne sais combien de fois et les jeunes ne le savent pas vraiment après toute cette performance salivaire!

- Encore là, j'ai quelques idées sur la question, ce n'est pas parce que le prof est un démonstrateur brillant que les jeunes assimilent ce qui est dit au point de le maîtriser pour le recommuniquer. Il faut qu'ils le fassent ce cycle, qu'ils l'écrivent, partiellement au début, oui des trucs troués, oui des dessins à copier, oui, des questions. Oui, des séances d'évocation orales. Faut faire des événements de nos contenus d'enseignement des fois. Oui, oui, le manuel n'a rien prévu dans cette voie, parce que nos programmes ne prévoient pas ce genre de nécessité au cœur de l'assimilation des connaissances qui permettent éventuellement de passer aux étapes subséquentes qui est de comprendre et de réfléchir à ce que la connaissance permet d'appréhender par la suite quand on porte son regard, habité par cette information, sur le monde.


Je me suis ouvert sur mes très grandes réticences à l'endroit de cette réforme monstrueusement ambitieuse qui escamote, oublie, dévalorise le cœur de ce que nous devrions construire dans la formation de base: des réseaux de connaissances moins nombreux mais relativement solides chez nos jeunes pour qu'ils puissent plus réalistement quand ils grandiront intellectuellement avoir des mots, des idées, des concepts, des grilles, des cartes mentales, des lunettes pour lire, des prises sur le réel pour pouvoir se situer, comprendre et intervenir sur les réalités.


Le cerveau est un circuit de neurones, ça, elle a compris, ma prof de sciences en devenir, qui a besoin de refaire circuler les informations pour que ça se fixe, et on ne va personne changer cette réalité. La mémoire se résume à un réseau neuronal qui se renforce parce que l'influx nerveux a circulé plusieurs fois de la même façon au point que la biologie pour s'économiser facilitent la circulation future de l'influx pour gagner en efficacité et donc renforce par la multiplication des terminaisons et des réseaux de neurones associées aux apprentissages, à l'acquisition d'information nouvelle. Les interconnections vont permettre en plus de relier ce réseau à d'autres et c'est ce qui explique pourquoi au détour d'une action ou d'une réflexion surgira une pensée issue de mémoires: des idées.


Ce n'est pas de l'invention, c'est de la science très bien décrite qu'on commence à enseigner au secondaire en plus. Mais nos penseurs fonctionnaires, chums des faiseurs de manuels, qui ont très certainement rarement ouvert un manuel de sciences prétendent que  tu n'as qu'à enseigner la démarche scientifique pour que l'intelligence jaillisse et que notre jeune éclairé devienne un scientifique. D'ailleurs, je me demande toujours pourquoi nous perdons notre temps à organiser des formations professionnelles de techniciens et de scientifiques dans les universités. J'exagère, mais à peine, quand on regarde la hauteur avec laquelle nos manuels scolaires abordent certains sujets. Je n'ai qu'à ouvrir mon manuel de secondaire 4 en français qui expose la théorie argumentative dans des pages super denses pour voir tout de suite que le type qui a pondu ce texte et l'autre guignol qui l'a mis en page ne savent absolument pas ce dont est capable un jeune de 15 ans normal qui regarde un truc du genre. Ces drôles qui nous font des manuels ont oublié qu'ils comprennent ce genre de texte et seraient capables de l'utiliser parce qu'ils ont derrière la cravate pas mal d'années de scolarité. Nous, sur le plancher, devons trouver autre chose, parce que ce roc de texte va généralement agir comme un éteignoir fabuleux si on s'évertue à faire apprendre nos jeunes de cette manière.


Autre confidence intéressante: «Il y a des bouts du manuel que je ne comprends même pas et pourtant j'ai étudié là-dedans et le prof de sciences aussi il ne les comprend. Et il s'en sort en mettant les réponses au tableau sans plus expliquer. - Ouin, on se sent souvent cons des fois... Bon, je pense qu'il est plus professionnel de sauter des trucs de fous du genre. On enseigne mieux ce qu'on comprend et on comprend mieux en essayant d'enseigner aussi. C'est fou le nombre de subtilités de langage que je découvre souvent en enseignant: tient hier, sur ma liste de vocabulaire le mot dessein pour mes jeunes de secondaire un. Je me suis amusé avec  ce des-seins! Et j'ai compris là in situ dans la classe que ce mot, on le disait, même dans le langage populaire: maudit que je suis sans-dessein des fois.


C'est justement ce qu'on doit tâcher d'être: moins sans-dessein avec nos jeunes! En tout cas, mes jeunes vont surement bien orthographier ce mot le jour où je leur demanderai et vont même peut-être comprendre des phrases dans un texte qui l'utilise dans quelques années! Le neurone, ne jamais oublier les neurones, faire des liens, toutes sortes de liens, mais les faire faire. Et oui, souvent il faut laisser le manuel sur l'étagère. La stagiaire a vite  compris: «Je trouve plus d'informations utiles et d'exercices aidant sur Internet, les manuels sont trop souvent hors de portée.»


Faut croire qu'il y a une certaine solidarité dans le monde enseignant puisque les profs de sciences se mettent en ligne! En enseignement du français, on a encore du chemin à faire!

Enfin, en terminant, je lui ai parlé d'un point et en lui en parlant, j'ai compris ce que j'étais en train de faire. Oui, des fois on avance avec intuition! Enfin, j'avais piqué une idée à une collègue en fait, et je comprends juste maintenant tout le bénéfice de l'activité qu'elle m'a suggéré pour mon premier cycle.  Et c'est tellement capital. En début d'année, je fais faire des trucs simples à mes jeunes, routiniers, cette activité vocabulaire par exemple, finit par faire faire un apprentissage fondamental, qui  rend impossible le reste si on ne s'y attarde pas. Nos jeunes doivent apprendre à se la fermer un peu, à se concentrer, à faire un truc simple pendant un heure. A se calmer, à gérer une tâche, à écouter ou produire quelque chose.


Ce n'est qu'une fois acquise cette disposition qu'on peut penser leur faire apprendre et travailler des contenus plus costauds... sinon on risque de très certainement gaspiller sa salive... La gestion de classe commence par un exercice simple et un entrainement à la concentration. Moi, avec mes secondaires un, pendant ce temps, ils cherchent des mots au dictionnaire dont je leur impose de recopier sans faute la définition, ils fabriquent des phrases, pratiquent ma technique d'autocorrection et recopient des verbes qu'ils ne savent pas encore conjuguer! Et je peux les surveiller et leur dire de rester en place au lieu de les voir papillonner dans la classe comme des mouches fatigantes. Une fois par cycle, à la dernière, c'est un bon investissement pour le reste du cycle et l'année qui vient et probablement le reste de leur secondaire.

vendredi 21 octobre 2011

Un maître capitaine dans la tourmente!

«Si je te dis que tu tournes à droite, tu tournes à droite, si je te dis que tu tournes à gauche, tu tournes à gauche, ça te va?» Voilà ce que dit ce directeur au postulant enseignant qui veut venir travailler dans son école! Contrôlant,vous direz? Très!

Après quelques heures à entendre parler ce type, on en veut un pareil.

Dans son école, pas d'éducateurs, de psychoéducateurs, de spécialistes qu'il désigne toujours avec un petit trémolo dans la voix avec une touche de dédain délibérément affectée. Non, ils ne règlent rien avec leur écoute et leur compréhension. Non, il veut plus de profs, des ortho-profs avec une tâche, car le un à un ne règle rien. Il veut plus de profs pour faire plus de projets, plus de programmes, plus de cheminements particuliers: les minis-entreprises foisonnent dans son école. Les profs sont organisés et dégagés pour encadrer les jeunes. Et pour les indisciplinés, les profs ont leur gestion de classe et s'ils ne l'ont pas, il devrait changer de métier selon lui. Pour le reste, il s'en charge lui-même et ... avec quelle efficacité!

Il peut virer 15 élèves trop souvent en retard un matin.«Allez réfléchir et soyez à l'heure demain matin, bonne journée!». Il peut aller faire «réfléchir» (les mots sont importants) un élève une semaine s'il a manqué de respect à un enseignant et le retourner pour une autre semaine s'il n'a pas le sourire quand il revient dans son bureau! Il a déjà fait jouer tout seul au billard un jeune, qui disait ne pas vouloir aller à ses cours et qui voulait continuer à jouer, pendant plus d'une semaine sur heures de cours. Un autre a poiroté trois jours dans un couloir à côté de son bureau avant de le supplier de retourner travailler en classe!

Un dictateur, direz-vous? Pas du tout, ce type s'occupe de son monde tout le temps. Il animait notre comité et continuait de diriger son école. Aux pauses, il est dans les couloirs, ils blaguent avec les jeunes, les houspillent amicalement. Son monde a l'air heureux en fait. Des jeunes immobilisés parce qu'ils sont trop occupés à vouloir avoir du pouvoir sur les autres et stupidement butés ne résistent pas à sa médecine de cheval et il prouve chaque jour A par B, que l'humain et le groupe humain a besoin d'un leader fort pour bien fonctionner et être heureux comme la plupart des animaux sociaux ou évolués d'ailleurs.

En fait, un directeur a tout autorité dans une école. Sa seule limite est qu'on peut le faire sauter. On peut le démettre. Mais sur le terrain, légalement, la police ne peut entrer dans l'école sans son autorisation. La DPJ ne peut imposer un élève comme ça sans passer en cour. Alors pourquoi autant de couillards dans nos directions? Pour ne pas se faire démettre dans un milieu où le siège éjectable est sensible, bien il faut l'appui des parents. Dans cette école, il y a 9 communications par an. On met toujours les parents dans le coup et ce type convaincu de sa mission est assez convaincant. Et son école est la meilleure dans son réseau.Son école va si bien que ses patrons seraient bien mal venus de le mettre à la porte, les parents se révolteraient.

Pour les profs, oui ils sont conduits, on peut changer leur tâche du jour au lendemain comme dans un remaniement ministériel, mais chacun se fait offrir des responsabilités à sa mesure et on semble très bien de travailler dans une école qui fonctionne et évolue si bien. Évidemment, les fainéants ne font pas long feu. L'équipe-école est solidement guidée et orientée pour permettre l'innovation et évoluer. Je n'ai pas vu d'enseignants désabusés même au fumoir dehors! A l'oeil, les profs ne perdent pas leur temps à discuter de ce qui ne va pas dans leur école ou à se faire des guéguerres, ils font leur travail avec engagement.

Bref, on cherche des modèles de réussite, il y en a et ce monsieur doit être connu, car il ne laisse personne indifférent et j'entends parler de cette légende vivante depuis deux ans! Mais bon, tant que des connards se disant compétents en éducation tiennent la barre, on risque de s'épuiser dans la tempête. C'est de leadership compétent et avisé que notre système a besoin, pas de demi-mesures débiles.


vendredi 14 octobre 2011

Le surplace: les poids qu'on traine.

Il est parfois surprenant de constater ce que nous font soulever parfois les  petites conversations de corridor ou dans le cercle des fumeurs. Oui, je sais, ce n'est pas bon, mais ne pas l'être me priverait de ces temps bénis!


Bref, on revenait sur la réunion d'hier qui nous avait une fois de plus confrontés à ce qui arrive souvent à des gens bien intentionnés à trouver des solutions à un problème,c'est -à-dire de constater qu'on n'en a pas. Oui, oui, le manque de ressources. Oui, oui, les pauvres petits «pits» avec des vies si difficiles. On est pris comme bien des profs du monde avec un groupe où la dynamique ne lève pas trop à cause d'une moitié de classe d'inactifs et perturbateurs qui entrainent par le fond l'autre moitié qui voudrait très bien. Des élèves trop perturbés, ou en manque de capacités, qui viennent se planter dans l'école et ne font rien, mais rien. Ils sont arrêtés, ils attendent on ne sait trop quoi pour bouger. Enfin, 2 ne font rien, 1 autre fait un peu, mais perturbe et une autre fait, mais perturbe beaucoup avec son hyperactivité très certainement potentialisé par la consommation d'amphétamine, le fléau ici de la jeunesse. On a beau en avoir 8, reste que cette moitié qui ne bouge pas vraiment dans le bon sens entraine par le fond la dynamique et, comme on est dans une petite école, les options ne sont pas forcément évidentes. Bref, on cherche, on a besoin de créativité. Dans ce temps-là, rien de mieux que d'essayer de comprendre ce qui se passe ou d'élargir la perspective.  Ces 8 se suivent de cours en cours avec leur dynamique qui stagne où avance péniblement comme un prisonnier avec son boulet.


Mais bon je me suis entendu dire quelque chose de latent comme,  car je n'ai malheureusement pas la mémoire exacte des conversations: «C'est vrai qu'on arrive souvent à un cul-de-sac dans nos discussions, mais je crois que tout repose sur un problème que nous n'avons pas réglé. Une problème de valeurs, nous sommes partagés entre une voix qui nous dit: on ne va pas les changer, ils ont toujours été comme ça, la plupart vont finir par rester dans les régions. Et l'autre qui nous dit: il faut les pousser au-delà, les faire avancer vers autre chose, les outiller, les sortir de leur zone de confort, celle qui ne les bouscule pas trop. Et nous aussi, quelque part, dans cette indétermination de l'intention, nous faisons du surplace.»


Ça s'est terminé là, mais tranquillement, j'aime à penser que ma collègue cheminera un peu dans cette réflexion et finira par se positionner. Je crois beaucoup à la force ou au pouvoir du leadership. Et à la clarté des intentions, à la prise de conscience de nos propres blocages dans une dynamique de groupe où nous sommes leaders. Comme le dit souvent cette ces paroles maintes fois entendues et inspirées de la sagesse: «Change et les autres changeront».

Pour moi, c'est clair, je suis de ceux qui sont ici pour outiller les jeunes, pour les sortir de leur zone de confort, qui croit que le job enseignant est aussi d'assumer le conflit fondamental de l'éducation. Je rêve comme ces femmes du village qui nous ont invités à aller marcher cet après-midi pour la jeunesse et la prise en main de la communauté de ses problème de dépendance et de consommation, que les jeunes d'ici seront des profs de demain ou des intervenants outillés ou des personnes utiles à leur communauté par leur compétence, leur savoir-faire et leur savoir-être. Et pour fabriquer ce genre de rêve qui devient vision d'avenir, je crois qu'il faut vraiment être sérieux et engagé, car ça n'arrivera pas tout seul.

Je ne suis pas un faiseur de bulle ou de mirage qui croit que tout arrive facilement comme la fortune pour nos affairistes opportunistes.Non, mon rôle c'est de les crever pour gagner en connaissance, en compréhension, en vérité, en force.


Enfin, en terminant, l'image du boulet, de cette stagnation, fait beaucoup de sens dans cette petite communauté. On traine toujours des habitudes qui immobilisent, qui paralysent pendant qu'un sous-groupe d'autres essaient d'avancer, de  faire avancer.



 Et même avec la charge à tirer, malgré tout, le prisonnier, il avance! Un jour, il sera  peut-être tanné de  tirer tout ça...

Évaluer les directions? Non, les orienter.

Il y a quelques jours, je voulais parler de l'importance des directions dans l'efficacité et la santé de nos écoles, mais j'ai dû régler le cas de l'évaluation avant, cette stupidité ambiante qu'on claironne depuis un bout de temps.

Car, effectivement, on aime aller travailler dans un endroit en enseignement parce que l'organisation fait que les relations sont bonnes et positives et que le travail, ou la mission, avance et qu'on est participant à cette dynamique.  La pierre angulaire de l'école efficace m'apparait la coordination de l'équipe-école.

Bref, la bonne question à se poser est quelle est la structure d'encadrement de l'équipe-école qui favorise son efficacité. Et indéniablement, la direction a un très gros rôle à jouer pour mettre en place ces conditions propices en tant que leader attitré par sa fonction. 


Ainsi, si on veut améliorer le fonctionnement de nos écoles, il faut s'assurer que nos directions mettent en place un ensemble de stratégies pertinentes.


J'ai observé certaines composantes de l'école plutôt efficace, que j'ai observées dans certains milieux, je vous en fais part:

1) une équipe qui marche et a une cohésion est une équipe dont les membres se parlent régulièrement. Bref, il faut créer beaucoup d'espace pour cela, malgré les cyniques de la «réunionite»! Les comités spécifiques ont aussi leur rôle à jouer pour amener à l'équipe des plans élaborés à discuter en plénière. Tout cela demande du temps.


2) La coordination doit être faite par un comité de plusieurs membres idéalement aussi en relation avec l'ensemble des membre de l'équipe pour plus de souplesse et de cohésion. L'école mime la position parentale, la cohérence est de mise avec des jeunes pour les encadrer efficacement.

3) Impliquer tout le monde dans la résolution des problèmes et permettre la discussion et les initiatives. Bref, il faut déléguer. Une direction devrait seulement se réserver un droit de véto la plupart du temps, mais laisser l'essentiel des initiatives à ses membres. Évidemment, elle doit faire parti prenante des discussions. C'est toute une mentalité à changer. Ces dernières années, on nous a pris pour des adeptes de sectes en nous envoyant des gourous du Mels ou leurs apôtres «brainwashés» dans des formations. 


4) Une direction doit être à l'écoute vraiment des besoins des membres de l'équipe pour accorder du temps de discussion à des thèmes pertinents et permettre la résolution des problèmes réels. 


5) Une équipe qui avance se permet l'expérimentation, le risque, la naïveté même. Il n'y a rien comme l'expérience pour s'informer.

6) Une équipe qui avance respecte ses membres et favorise l'entraide, les projets communs. 

7) Une équipe efficace n'oublie jamais ce qu'est une école et sa mission.

8) Une équipe qui avance est capable de discuter franchement des choses sans que ses membres se retranchent dans la susceptibilité stupide de trop nombreux enseignants ou adjoints rencontrés ces dernières années.

9) Dans une école, on réservait un après-midi de pédagogique par semaine, quite à allonger une journée de classe pour mener à bien ses tâches importantes dans la fraicheur et la disponibilité souhaitable. Ainsi, aucun prof ne pense au souper à aller préparer ou aux enfants à aller chercher à la garderie. A ce jour, je n'ai vu nulle part ailleurs une équipe aussi efficace et dynamique.


Évidemment, pour que tout ces pistes fonctionnent encore mieux, il faudrait sortir de la pensée idéologique, catégorique et sectaire, des gourous du Mels et avoir, devant nous, des programmes réalistes car, en ce moment, ce genre de discours  et d'objectifs irréalistes favorisent la division des rangs des équipes entre les porteurs de la vision autorisée des choses et ceux qui voudrait parler honnêtement des problèmes en éducation rencontrés dans nos milieux. L'incapacité véritable de passer ces programmes est une réalité dont beaucoup d'enseignants se cachent, malgré l'évidence, pour ne pas entacher leur réputation, d'où les susceptibilités improductives que j'ai mentionnées. Il faut qu'on sorte des apparences pour entrer dans l'ère de la franche collaboration pour le  mieux-être de nos enfants.


Enfin, s'il y avait surtout des gens à former, pour un souci d'efficacité, ce serait bien les directions. Leur rôle est névralgique, mais savent-ils mettre en place un fonctionnement favorable à la résolution des problèmes et à la franche collaboration dans leur milieu? Malheureusement, trop d'enseignants sentent autour d'eux un désert dans la structure de soutien de leur fonction pourtant si importante dans l'école. 

Les enseignants ont en général ce qu'il faut pour enseigner et le temps pour prendre de l'expérience. Un bon environnement qui les stimule ne pourra que les encourager à se dépasser et à prendre des initiatives car, dans ce métier, on apprend certainement mieux les uns des autres que des gens de l'extérieur déconnectés qui viennent nous faire de grands discours impertinents.



Enfin! Un journaliste saisit le grand drame de l'éducation au Québec


 J'ai laissé un commentaire sur Gestion et gouvernance scolaire que je reproduis ici concernant un billet paru dans une chronique du Journal de Montréal, Marasme en éducation II de Christian Dufour. Je mets quelques passages:

«Le système d'éducation ayant pris des allures de garderie, les employeurs en sont réduits à prendre la relève pour les choses élémentaires qu'on n'apprend plus à l'école: «Des employés du ministère des Transports ont dû suivre des formations visant à parfaire leurs connaissances de la langue française. Pour certains, la qualité du français écrit est tellement déficiente que les rapports d'inspection sont incompréhensibles.»

[...]

«Tout d'abord, on a tendance à relever les exigences en matière de diplômes pour tous les emplois. Cela ne correspond pas toujours - loin de là - à des déficiences constatées sur le terrain. Le but visé est moins la compétence réelle que la compétence théorique mesurée par les diplômes.
 
Cela permet de prétendre qu'on est excellent puisqu'on s'est aligné sur les normes internationales les plus élevées. Le problème, c'est qu'on se préoccupe de moins en moins de ce que valent les diplômes en question, de ce qui est réellement enseigné et exigé. 

C'est ainsi qu'on a appris qu'il y avait carrément des élèves qui avaient échoué, à qui on donnait des diplômes simplement parce qu'ils étaient inscrits au cours ! 

Selon Égide Royer, de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, le ministère de l'Éducation a ainsi diplômé plus de 8 000 étudiants depuis 2008. «Plusieurs de ces élèves savent à peine lire et écrire.» Ils sont pourtant inclus dans les impressionnants taux de diplomation du ministère.»

Mon commentaire:

«Bingo!

Enfin quelqu'un dans les médias qui nomme le grand drame en éducation au Québec.

Voilà longtemps que je le répète: nos programmes sont trop ambitieux sur papier et on perd notre temps à faire atteindre des objectifs inaccessibles pour l'âge des enfants et des adolescents dans la plupart des programmes au lieu de leur faire travailler les savoirs de base avec consistance. Nos évaluations sont conséquemment incohérentes et on nous a donné toute latitude à ce sujet avec les évaluations « professionnelles» de la réforme et les notes bilans. Et le Mels en tête fait pire que ces enseignants spécialistes de matière plus «pros» en évaluation puisque, selon les résultats publiés en automne 2010, les taux globaux de réussites passent d'autour de 60% en 5e année et 2e secondaire à 79% en sec.5, alors que les notes du critère de l'orthographe se maintiennent désespérément autour de 50 %. Bref, les correcteurs du Mels (des jeunes universitaires à contrat probablement rémunérés à la pièce) forcent la note de l'examen final de français sur les critères de la qualité du texte pour éviter de justifier les élèves recalés devant des comités.

Si nous étions plus fermes sur des objectifs plus accessibles, nos jeunes auraient au moins une formation de base capable de répondre au besoin des emplois d'aujourd'hui ou les bases pour poursuivre leurs études sans toujours devoir s'inscrire à des cours de rattrapage.

Il faudra sortir un jour de l'éducation «tape-à-l'oeil» et ce n'est pas en tapant sur les acteurs comme CAQuette les poules mal informées, mais en revoyant globalement les directives et la stratégie globale qui, pour le moment, nous empêchent d'enseigner l'essentiel.»


Et j'ajoute: 

Et je reprends tout à fait les propos de l'introduction de Monsieur Dufour:  «... il [faut] recommencer à  y enseigner [dans nos écoles] correctement ces choses dont les enfants auront besoin toute leur vie: lire, écrire, compter.»