Je vis avec une immigrante, qui est ma conjointe et ma collègue par moment, qui est très compétente. Je n'ai absolument rien contre l'immigration, mais l'incompétence en milieu scolaire m'inquiète et souvent m'emmerde par débordement. Aussi, je me dois de nommer les choses pour ce qu'elles sont: quand on observe que plus de la moitié de ses collègues sont immigrants et démontrent une compétence limitée pour aider la mission de l'école, il y a de quoi motiver de poser la question.
Dernièrement, un conférencier dont j'ai oublié le nom expliquait que chaque nouvelle génération de profs recrutaient dans les classes souvent moins favorisées de la société. Ce métier difficile permettrait souvent une certaine promotion sociale. Finalement, la carrière enseignante de père en fils ou mère en fille serait moins fréquente qu'on ne le penserait.
Ces derniers temps, toutefois mon passage dans les régions éloignées m'a fait observé une réalité nouvelle qui prend des proportions à mon sens inquiétantes. On y embauche souvent des enseignants qui viennent à peine d'atterrir au pays et ce n'est pas pour le plus grand bonheur de la cause.
Je note que plusieurs de mes collègues avaient un français pas toujours très compréhensible, ne comprenait souvent pas non plus très bien notre langue, sont complètement perdus dans nos repères culturels en plus de les critiquer la plupart du temps pour certains! Quant à la connaissance de la culture scolaire locale, ils ne l'ont pas. J'ai l'impression souvent que leur pédagogie est sommaire et souvent bêtement axée sur le bourrage de crâne typique des écoles dans certains pays en voie de développement.
Enfin, ne connaissant pas notre système, ils se font proposer des conditions d'enseignement souvent qui seraient inacceptables pour la plupart des Québécois sans dire un mot. Bref, ils tirent vers le bas les conditions d'enseignement.
Dans une équipe, ils ne s'impliquent pas souvent par manque de capacité. Ils affichent un profil bas et cela leur sert bien, car certains vont rester très longtemps dans le milieu, malgré que l'enseignement qu'ils donnent est de très mauvaise qualité. J'en ai vu beaucoup qui ont une gestion de classe déficiente: les élèves chahutent dans leur classe au point où il faut aller y intervenir souvent.
En région éloignée, ils sont de plus en plus nombreux...
Dans un métier où l'on est normalement passeur de culture, où la communication efficace est notre principal outil, je me demande bien où est la légitimité de gaspiller des fonds d'origine publique à engager des gens qui manquent manifestement de l'essentiel pour faire de bons enseignants. Une école n'est pas une mère Thérésa qui doit sauver la planète.
Parait que lorsqu'une annonce est affichée sur Emploi-Québec, plus de 90% des candidats qui postulent sont d'origine étrangère...
lundi 5 août 2013
mercredi 26 juin 2013
En cavale
Nous sommes pris sans nos affaires à attendre le train de vendredi pour sortir de l'isolement régional. Sans télé, sans téléphone et avec internet coupé par notre inconcevable technicien informatique local, il nous reste le beau temps pour faire nos derniers adieux à l'endroit et aux gens. Je serai en van cet été.
Bref, désolé si le suivi des commentaires est lent!
Mais nous sommes indubitablement, inéluctablement, irrémédiablement, résolument en VACANCES!!!!!!!!!!
Bonnes vacances à tous les collègues!
Bref, désolé si le suivi des commentaires est lent!
Mais nous sommes indubitablement, inéluctablement, irrémédiablement, résolument en VACANCES!!!!!!!!!!
Bonnes vacances à tous les collègues!
lundi 24 juin 2013
L'ironie du sort
Depuis jeudi, nous avons repris la préparation du baluchon. Gros baluchon de
quelque 1500 kg avec les motorisés qui partira en train et en camion.
Nous l'avons repris, car le processus a connu une suspension de quelques jours. En effet, nous étions revenus sur notre décision. Le printemps avait apporté ses promesses de changement, et les réponses à nos demandes s'étaient doucement alignées une à une pour éroder la liste des raisons qui motivaient notre départ. Il faut dire aussi que, depuis le moment de l'annonce de notre départ, nous avons dû vivre avec l'effet de celle-ci: plusieurs parmi nos jeunes, surtout au 2e cycle, et des collègues, ne nous ont pas lâchés: on ne voulait pas qu'on parte. On a peur, et ils ont tous assez certainement raison, que l'an prochain tout retombe comme avant notre arrivée dans un certain chaos où il se passait à peu près n'importe quoi sauf une atmosphère propice aux apprentissages. Nous tenions les jeunes et exercions une influence certaine sur tout le secondaire régulier. Après nous, on cherche le «leadeurship» qui pourra assurer la continuité. Ma conjointe, particulièrement douée pour cette influence, même avec son expérience limitée de l'enseignement au secondaire, a su marquer les esprits.
Aussi, après avoir demandé à voir les tâches de l'an prochain, nous avons finalement décidé de revenir. Pour moi, c'était bien, je perdais un niveau, on me déjumelait les 3e, 4e et 5e secondaires pour ne garder jumelés que les deux derniers niveaux, ce qui était une de nos demandes. On allait trouver un collègue pour s'occuper du secondaire 1 et de l'enseignement individualisé qui manquait cruellement de ressources compétentes en français.
Or, coup de théâtre, 3 heures plus tard, on nous prévient que la direction générale exigeait que nous revenions sans notre chien. Une mesure aurait été votée récemment pour interdire les canins dans les appartements de fonction de la communauté. Nous avons quand même vécu avec l'idée de revenir pendant 2 jours avec l'intention de ne pas nous conformer à l'exigence. Nous n'en étions pas au premier épisode de la charge anticanine de certains membres de notre milieu.
Mais mercredi dernier, la direction de notre école qui avait tenté de trouver une solution, a décidé de ne pas aller contre la direction générale et nous a signifié que nous ne pouvions revenir avec notre compagnon poilu de tous les jours. Notre poilu doit se sentir important, car nous avons sur-le-champ pris la décision de sacrifier la perspective d'une rémunération conséquente pour l'an prochain et d'une année dans un milieu où nous avons nos marques. Nous considérons inconcevable l'irrespect manifeste de nos vies privées. On a répondu par une mesure d'interdiction à des plaintes délirantes sans jamais vraiment mener enquête ou demander à entendre les gens de la partie adverse. La nuisance de nos animaux reste à démontrer. Le nôtre est particulièrement bien dressé. Enfin, je ne peux entrer dans les détails de cette histoire délirante où la phobie qui mériterait d'être traitée doit dicter l'ordre du monde.
Si ce n'était que nous, la semaine aurait probablement été plus facile à gérer émotivement. Mais notre histoire s'est évidemment répercutée sur l'entourage. L'enthousiasme suscité par notre retour a été aussi grand que la déception de ce revirement de situation.
Bref, notre gala méritas a été émouvant et certains de nos jeunes vont se rappeler encore longtemps de la notion d'ironie du sort qui fait que des profs appréciés sont pratiquement remerciés à cause de leur animal de compagnie.
Nous l'avons repris, car le processus a connu une suspension de quelques jours. En effet, nous étions revenus sur notre décision. Le printemps avait apporté ses promesses de changement, et les réponses à nos demandes s'étaient doucement alignées une à une pour éroder la liste des raisons qui motivaient notre départ. Il faut dire aussi que, depuis le moment de l'annonce de notre départ, nous avons dû vivre avec l'effet de celle-ci: plusieurs parmi nos jeunes, surtout au 2e cycle, et des collègues, ne nous ont pas lâchés: on ne voulait pas qu'on parte. On a peur, et ils ont tous assez certainement raison, que l'an prochain tout retombe comme avant notre arrivée dans un certain chaos où il se passait à peu près n'importe quoi sauf une atmosphère propice aux apprentissages. Nous tenions les jeunes et exercions une influence certaine sur tout le secondaire régulier. Après nous, on cherche le «leadeurship» qui pourra assurer la continuité. Ma conjointe, particulièrement douée pour cette influence, même avec son expérience limitée de l'enseignement au secondaire, a su marquer les esprits.
Aussi, après avoir demandé à voir les tâches de l'an prochain, nous avons finalement décidé de revenir. Pour moi, c'était bien, je perdais un niveau, on me déjumelait les 3e, 4e et 5e secondaires pour ne garder jumelés que les deux derniers niveaux, ce qui était une de nos demandes. On allait trouver un collègue pour s'occuper du secondaire 1 et de l'enseignement individualisé qui manquait cruellement de ressources compétentes en français.
Or, coup de théâtre, 3 heures plus tard, on nous prévient que la direction générale exigeait que nous revenions sans notre chien. Une mesure aurait été votée récemment pour interdire les canins dans les appartements de fonction de la communauté. Nous avons quand même vécu avec l'idée de revenir pendant 2 jours avec l'intention de ne pas nous conformer à l'exigence. Nous n'en étions pas au premier épisode de la charge anticanine de certains membres de notre milieu.
Mais mercredi dernier, la direction de notre école qui avait tenté de trouver une solution, a décidé de ne pas aller contre la direction générale et nous a signifié que nous ne pouvions revenir avec notre compagnon poilu de tous les jours. Notre poilu doit se sentir important, car nous avons sur-le-champ pris la décision de sacrifier la perspective d'une rémunération conséquente pour l'an prochain et d'une année dans un milieu où nous avons nos marques. Nous considérons inconcevable l'irrespect manifeste de nos vies privées. On a répondu par une mesure d'interdiction à des plaintes délirantes sans jamais vraiment mener enquête ou demander à entendre les gens de la partie adverse. La nuisance de nos animaux reste à démontrer. Le nôtre est particulièrement bien dressé. Enfin, je ne peux entrer dans les détails de cette histoire délirante où la phobie qui mériterait d'être traitée doit dicter l'ordre du monde.
Si ce n'était que nous, la semaine aurait probablement été plus facile à gérer émotivement. Mais notre histoire s'est évidemment répercutée sur l'entourage. L'enthousiasme suscité par notre retour a été aussi grand que la déception de ce revirement de situation.
Bref, notre gala méritas a été émouvant et certains de nos jeunes vont se rappeler encore longtemps de la notion d'ironie du sort qui fait que des profs appréciés sont pratiquement remerciés à cause de leur animal de compagnie.
lundi 3 juin 2013
Comprenons-nous vraiment la compréhension de nos jeunes?
Avertissement: Voici un essai que je lâche dans la mêlée, avec l'espoir que d'autres m'aident à éclairer encore davantage ma lecture de la situation. Comme enseignant, nous travaillons dans des milieux restreints, avec une vision très obtuse de la réalité des jeunes. J'ai eu la chance de travailler dans des milieux très différents, mais je sais que mes 4 dernières années m'ont placé devant des élèves moins pourvus et je me demande parfois si j'oublie ce que j'ai vu ailleurs. Face à ce dossier de l'évaluation en lecture, je reste sur l'impression que nous délirons collectivement. Nous avons de trop grandes ambitions pour nos jeunes ou on mesure à l'aune de capacités exceptionnelles de certains jeunes, dans des programmes pour doués, la réussite de l'ensemble des jeunes de la province.
Comprendre est une capacité qui évolue tout au long de la vie. Le bagage de connaissances et d'expériences que nous développons dans notre vie, si l’on se donne la chance d'en acquérir et d'en vivre, permet d'accroitre notre capacité de «prendre avec» ou de saisir les réalités complexes qui nous entourent ou, plus prosaïquement, de lire adéquatement les passages d'un texte écrit.
Quand je regarde l'évolution de l'enseignement de cette compétence fort complexe, je note en ce moment qu'on place la barre haute pour notre jeunesse en formation. On est loin des classiques questions de repérage et des questions d'inférence de naguère. Maintenant, nos jeunes, en plus de comprendre des réalités, doivent les interpréter, justifier des réactions et porter des jugements critiques en fonction de critère d'appréciation. Tout un programme!
Cette semaine, j'ai soumis l'ensemble de mon secondaire dans un milieu moins favorisé sur le plan de la langue et des repères culturels, une batterie d'épreuves de lecture que nous a concoctée l'organisme régional de notre réseau et aussi les tout nouveaux prototypes d’examen du MELS en 2e secondaire et 5e secondaire en français lecture. Résultat: une hécatombe.
Dans tout mon modeste secondaire, j'ai deux élèves sur un peu plus d'une vingtaine qui réussissent leur examen. Une seule, la doué d'ici, fait dans les 70%. En secondaire 1, la moyenne est dans les 20% avec un élève normalement capable de comprendre assez aisément les textes à lire qui ne franchit pas la barre du 60%; en sec. 2, dans le proto, la médiane est 35% avec mon élève douée dont la note est le double du second résultat de la classe; 3e secondaire: une élève parmi nos meilleures ne réussit pas l'épreuve, 4e secondaire: moyenne de 48%, car mes trois jeunes, prometteurs, se sont plantés dans l'interprétation d'une nouvelle dont la fin recadrait l'ensemble de la nouvelle, et l'examen posait une série de questions dont la réussite dépendait de cette interprétation. 5e: mon unique élève s'en tire de justesse.
Bon, sauf pour la 2e et la 5e, je n'avais pas les corrigés officiels: je m'attends à la «rigueur» de guillotine habituelle dans la correction régionale.
Honnêtement, je m'attendais à ces résultats, même si j'ai tout de même fait mon possible pour préparer mes jeunes à ces examens avec ce que j’avais sous la main. Car, honnêtement, je ne vois pas comment instiller ce genre de compréhension mature aux jeunes avec ce qu’on trouve dans les manuels comme matériel en ce moment. Je ne vois pas comment aider mes jeunes dont les repères culturels les excluent de la vie normale des jeunes du secondaire du sud. Je ne vois pas comment je pourrais leur partager ma compréhension du monde sans qu’ils passent eux-mêmes par une vie de curiosité et de questionnement, d’expériences et d’observations… Quand je constate que plusieurs de mes collègues du primaire, qui ont pourtant un bac, ne sont même pas capables de lire un guide du MELS pour comprendre le processus d’administration de ces épreuves, je me dis que l’enjeu est simplement irréaliste pour les jeunes dans ce genre d’épreuves.
Pourquoi est-ce si impossible? Bien simplement, parce que de nos jours, nous demandons à nos jeunes de comprendre que pour le tiers des questions. On leur demande d'interpréter aussi des passages, puis de justifier leur réaction à certains passages et ensuite de porter des jugements critiques en fonction de critères d'appréciation. (En passant, je ne trouve pas de critère d’appréciation comme matière systématisée à enseigner dans aucun des manuels approuvés du MELS).
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, on a mis l’intertextualité des cours de littérature du postsecondaire de naguère au menu du secondaire et même je crois du primaire. On demande aussi donc de comprendre, interpréter, de justifier ses réactions et d'apprécier des textes en en comparant plusieurs. La belle affaire à travailler dans une classe de 30 élèves de niveau secondaire! Même à 6 élèves, quand on considère la complexité de la tâche, ce n’est pas gérable pour des esprits en développement qui ont en plus des fondements de gruyères derrière la casquette qui nécessitent qu’on leur explique à peu près tout. Il faut travailler des textes avec des ados pour voir parfois toute l’étendue de leur jeunesse sans expérience et constater que des textes qui nous semblent faciles à lire génèrent chez eux des interprétations tout à fait délirantes par manque de connaissance du sens des mots et de la réalité du monde.
Dans le cadre de ses formations occultes, le MELS a proposé que 70% des questions portent sur les deux premiers critères d'évaluation et 30% pour les deux derniers au secondaire. Sur ces recommandations étayées de descriptions fort abstraites des 4 critères d'évaluation mis en place, toute une armée d'enseignants apprentis sorciers dans des comités bâtit des épreuves d'évaluation assez costaudes et nouveau genre. Concevoir des instruments d'évaluation au secondaire a toujours été un enjeu délicat: trouver le lieu moyen de l'entendement de jeunes apprenants n'est pas une science exacte, loin de là. Mais ces derniers temps, on se demande parfois jusqu'où ira la folie de nos ambitions quand on regarde la complexité de certaines questions et même de certains dossiers de lecture.
Les prototypes d’examens du MELS étaient proposés aux enseignants pour apprécier où en étaient leurs élèves cette année. Leur utilisation n’était pas obligatoire. On pouvait aussi les modifier. Mais ici, dans ce milieu pourtant défavorisé, on a choisi de présenter ces épreuves dans leur version intégrale et en plus de concevoir des épreuves dans le même genre pour tous nos niveaux en imposant à l’évaluation en lecture 20% de la note de l’année avec ces charmants instruments.
Par ailleurs, je suis atterré de constater qu’on demande maintenant à nos jeunes parfois d'être fin psychologue dans quelques questions de compréhension déjà en 1re et 2e secondaire. Le vocabulaire des émotions aurait avantage à devenir un enjeu d'enseignement en français! À quand le cours de psychologie 101 pour les élèves de 2e secondaire? Avant ces derniers temps, je croyais que l'étude des nouvelles en 4e secondaire en était l'amorce, mais maintenant nous sommes à l'ère de l'enfance fin psychologue par nature, dirait-on.
En outre, il n'est pas rare aussi que les questions de compréhension développent des concepts que nos manuels oublient de faire travailler chez nos jeunes ou qui n'utilisent pas la terminologie des manuels.
Un jeune de nos jours doit faire plus que toutes les générations d’écoliers qui l’ont précédé, il doit interpréter les situations humaines pour le tiers des autres questions. J'ai vu passer une question en 1re secondaire qui demandait aux jeunes d'imaginer un dialogue qui se poursuivrait entre deux personnages suite à un long passage. Il y avait une entrevue dans le cadre d'une enquête pour meurtre entre un inspecteur de police, un tuteur (aussi ancien collègue de l'inspecteur) et un jeune suspect dans ce texte. Nos jeunes devaient imaginer le dialogue suivant cette entrevue entre les deux adultes. Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve ce genre de questions assez complexes pour un jeune de 12-13 ans. On devait évaluer la réponse sur la cohérence de la proposition de dialogue.
Les deux derniers critères prescrits demandent de développer des justifications. On leur demande de justifier leur jugement en reprenant des éléments du texte et en s'appuyant sur leur expérience personnelle. Je me demande encore comment on en est venu à encore demander à des jeunes qui en sont au balbutiement en moyenne de l'acquisition de la pensée logique et de la faculté d'abstraction à devoir exprimer des positions justifiées sur des réalités humaines nouvelles qu'ils découvrent souvent dans ces extraits de roman. On leur demande de fonder leur opinion sur leur expérience personnelle, qui est encore très limitée et sur laquelle ils peinent à verbaliser avec précision. Traditionnellement, le discours argumentatif prend place vers l'âge de 15-16 ans dans l'enseignement. Mais, depuis ces dernières années, on tente de faire faire des justifications chez des jeunes du primaire. Et pour ceux qui enseignent en 4e secondaire, on conviendra que l'adresse dans la justification de points de vue est loin de venir naturellement à tous.
C'est simple, le défi est proprement impossible pour la plupart de mes jeunes qui n'ont pas la chance d'entendre des raisonnements adultes autour d'eux régulièrement dans la langue de Molière pour fonder un tant soit peu une capacité qu'il devrait exprimer dans les examens de lecture de nos ministères et dans ceux des apprentis sorciers qui bâtissent des examens selon les nouvelles normes sans se poser de questions. Si, au MELS en 2e secondaire, on a mis finalement 60% de questions de compréhension dans le proto - quoique certaines me semblent faire appel à bien plus que de la compréhension de réalité à la portée d'un jeune de 2e secondaire - nos apprentis sorciers de l'organisme régional, eux, ont respecté religieusement le nouveau bréviaire. 40% de questions de compréhension en première secondaire.
Je questionne évidemment cette nouvelle approche. Quand au MELS réussira-t-on à faire des programmes et des processus d'évaluation qui respecte la maturation moyenne des jeunes? Quand validera-t-on des instruments d'évaluation autrement que sur des points de vue d'experts mal avisés?
Nos jeunes doivent d'abord apprendre à décoder la langue, à bien naviguer dans le vocabulaire dans ses sens propres et figurés et à repérer précisément des informations, ou des informations pertinentes qui permettent de se représenter convenablement un récit. Pour beaucoup de mes jeunes, et d'autres que j'ai croisés dans ma vie dans des milieux beaucoup plus favorisés, cette capacité insuffisamment travaillée de nos jours n'est même pas développée. Apprendre la rigueur dans une lecture attentive est de nos jours passé de mode. Apprendre à lire entre les lignes, à inférer ou faire des déductions simples à partir des informations explicitement données par un texte est aussi déjà un gros enjeu pour ces âges.
On peut certes exprimer un point de vue suite à une lecture, mais à mon sens cette faculté verse surtout dans l'expression et moins dans ce qui est à mon sens au départ la lecture. Oui un jour, nous finissons par exprimer une lecture d'une situation, mais peut-on laisser d'abord apprendre à décoder convenablement le vocabulaire, à se laisser traverser par le sens, à trier l'essentiel de l'accessoire dans une lecture pour se représenter convenablement les référents des textes.
Je m'insurge contre cette phrase émanant des officines ministérielles et qu'on répète à qui mieux mieux comme de bêtes perroquets:« On s'entend-tu que le repérage, nos jeunes sont capables d'en faire?» Justement, avec cette génération en déficit d’attention, trop souvent, non!
Peut-être que mes jeunes trop nuls perturbent mon appréciation de la situation. Ces jeunes qui ne veulent pas lire, qui font du tapage quand on leur propose de travailler un texte et d'entrer dans les détails. Mes jeunes qui pourtant parlent un français compréhensible semblent avoir autant de difficulté à lire un texte en français que lorsque je tentais de lire un texte en anglais quand j'étais jeune. Ces jeunes qui me demandent régulièrement le sens d'un mot banal à l'occasion pour le francophone que je suis. Pourtant, j'ai souvenir d'un passage en 3e secondaire en 2001, où des jeunes du régulier expédiaient leur compréhension de texte en un temps record avec des résultats pauvres, en se foutant de la précision de leur réponse. Je me souviens aussi de ces jeunes d'un milieu plus favorisé, qui faisaient tout pour ne pas lire un roman en essayant de me fourguer des résumés pris sur Internet. Je me souviens de ces romans d'adultes donnés à des jeunes en lecture dans une école privée auquel il fallait tout expliquer pour les aider à interpréter adéquatement ces textes.
Un jour, nous avons oublié que nous avons été jeunes et il serait temps de comprendre que nos jeunes ne sont pas si différents de ceux que nous étions. Encore et toujours, depuis trop d’années en éducation, nous avons décidé de confronter le jeune à la complexité du monde des adultes sans l’y préparer. En ce moment sur le terrain, encore une fois, comme enseignant, je constate un décalage énorme entre la capacité réelle de mes jeunes et ce qu’ambitionnent les penseurs en éducation qui rédigent des programmes et conçoivent des évaluations. Et encore une fois, je me dis que l’idéologie et la stupidité en sont les sources au lieu de la méthode et d’une appréciation avisée de la réalité des jeunes. Bref, encore une fois, je constate que nous ne comprenons plus les exigences du développement intellectuel des jeunes.
Comprendre est une capacité qui évolue tout au long de la vie. Le bagage de connaissances et d'expériences que nous développons dans notre vie, si l’on se donne la chance d'en acquérir et d'en vivre, permet d'accroitre notre capacité de «prendre avec» ou de saisir les réalités complexes qui nous entourent ou, plus prosaïquement, de lire adéquatement les passages d'un texte écrit.
Quand je regarde l'évolution de l'enseignement de cette compétence fort complexe, je note en ce moment qu'on place la barre haute pour notre jeunesse en formation. On est loin des classiques questions de repérage et des questions d'inférence de naguère. Maintenant, nos jeunes, en plus de comprendre des réalités, doivent les interpréter, justifier des réactions et porter des jugements critiques en fonction de critère d'appréciation. Tout un programme!
Cette semaine, j'ai soumis l'ensemble de mon secondaire dans un milieu moins favorisé sur le plan de la langue et des repères culturels, une batterie d'épreuves de lecture que nous a concoctée l'organisme régional de notre réseau et aussi les tout nouveaux prototypes d’examen du MELS en 2e secondaire et 5e secondaire en français lecture. Résultat: une hécatombe.
Dans tout mon modeste secondaire, j'ai deux élèves sur un peu plus d'une vingtaine qui réussissent leur examen. Une seule, la doué d'ici, fait dans les 70%. En secondaire 1, la moyenne est dans les 20% avec un élève normalement capable de comprendre assez aisément les textes à lire qui ne franchit pas la barre du 60%; en sec. 2, dans le proto, la médiane est 35% avec mon élève douée dont la note est le double du second résultat de la classe; 3e secondaire: une élève parmi nos meilleures ne réussit pas l'épreuve, 4e secondaire: moyenne de 48%, car mes trois jeunes, prometteurs, se sont plantés dans l'interprétation d'une nouvelle dont la fin recadrait l'ensemble de la nouvelle, et l'examen posait une série de questions dont la réussite dépendait de cette interprétation. 5e: mon unique élève s'en tire de justesse.
Bon, sauf pour la 2e et la 5e, je n'avais pas les corrigés officiels: je m'attends à la «rigueur» de guillotine habituelle dans la correction régionale.
Honnêtement, je m'attendais à ces résultats, même si j'ai tout de même fait mon possible pour préparer mes jeunes à ces examens avec ce que j’avais sous la main. Car, honnêtement, je ne vois pas comment instiller ce genre de compréhension mature aux jeunes avec ce qu’on trouve dans les manuels comme matériel en ce moment. Je ne vois pas comment aider mes jeunes dont les repères culturels les excluent de la vie normale des jeunes du secondaire du sud. Je ne vois pas comment je pourrais leur partager ma compréhension du monde sans qu’ils passent eux-mêmes par une vie de curiosité et de questionnement, d’expériences et d’observations… Quand je constate que plusieurs de mes collègues du primaire, qui ont pourtant un bac, ne sont même pas capables de lire un guide du MELS pour comprendre le processus d’administration de ces épreuves, je me dis que l’enjeu est simplement irréaliste pour les jeunes dans ce genre d’épreuves.
Pourquoi est-ce si impossible? Bien simplement, parce que de nos jours, nous demandons à nos jeunes de comprendre que pour le tiers des questions. On leur demande d'interpréter aussi des passages, puis de justifier leur réaction à certains passages et ensuite de porter des jugements critiques en fonction de critères d'appréciation. (En passant, je ne trouve pas de critère d’appréciation comme matière systématisée à enseigner dans aucun des manuels approuvés du MELS).
Enfin, comme si cela ne suffisait pas, on a mis l’intertextualité des cours de littérature du postsecondaire de naguère au menu du secondaire et même je crois du primaire. On demande aussi donc de comprendre, interpréter, de justifier ses réactions et d'apprécier des textes en en comparant plusieurs. La belle affaire à travailler dans une classe de 30 élèves de niveau secondaire! Même à 6 élèves, quand on considère la complexité de la tâche, ce n’est pas gérable pour des esprits en développement qui ont en plus des fondements de gruyères derrière la casquette qui nécessitent qu’on leur explique à peu près tout. Il faut travailler des textes avec des ados pour voir parfois toute l’étendue de leur jeunesse sans expérience et constater que des textes qui nous semblent faciles à lire génèrent chez eux des interprétations tout à fait délirantes par manque de connaissance du sens des mots et de la réalité du monde.
Dans le cadre de ses formations occultes, le MELS a proposé que 70% des questions portent sur les deux premiers critères d'évaluation et 30% pour les deux derniers au secondaire. Sur ces recommandations étayées de descriptions fort abstraites des 4 critères d'évaluation mis en place, toute une armée d'enseignants apprentis sorciers dans des comités bâtit des épreuves d'évaluation assez costaudes et nouveau genre. Concevoir des instruments d'évaluation au secondaire a toujours été un enjeu délicat: trouver le lieu moyen de l'entendement de jeunes apprenants n'est pas une science exacte, loin de là. Mais ces derniers temps, on se demande parfois jusqu'où ira la folie de nos ambitions quand on regarde la complexité de certaines questions et même de certains dossiers de lecture.
Les prototypes d’examens du MELS étaient proposés aux enseignants pour apprécier où en étaient leurs élèves cette année. Leur utilisation n’était pas obligatoire. On pouvait aussi les modifier. Mais ici, dans ce milieu pourtant défavorisé, on a choisi de présenter ces épreuves dans leur version intégrale et en plus de concevoir des épreuves dans le même genre pour tous nos niveaux en imposant à l’évaluation en lecture 20% de la note de l’année avec ces charmants instruments.
Par ailleurs, je suis atterré de constater qu’on demande maintenant à nos jeunes parfois d'être fin psychologue dans quelques questions de compréhension déjà en 1re et 2e secondaire. Le vocabulaire des émotions aurait avantage à devenir un enjeu d'enseignement en français! À quand le cours de psychologie 101 pour les élèves de 2e secondaire? Avant ces derniers temps, je croyais que l'étude des nouvelles en 4e secondaire en était l'amorce, mais maintenant nous sommes à l'ère de l'enfance fin psychologue par nature, dirait-on.
En outre, il n'est pas rare aussi que les questions de compréhension développent des concepts que nos manuels oublient de faire travailler chez nos jeunes ou qui n'utilisent pas la terminologie des manuels.
Un jeune de nos jours doit faire plus que toutes les générations d’écoliers qui l’ont précédé, il doit interpréter les situations humaines pour le tiers des autres questions. J'ai vu passer une question en 1re secondaire qui demandait aux jeunes d'imaginer un dialogue qui se poursuivrait entre deux personnages suite à un long passage. Il y avait une entrevue dans le cadre d'une enquête pour meurtre entre un inspecteur de police, un tuteur (aussi ancien collègue de l'inspecteur) et un jeune suspect dans ce texte. Nos jeunes devaient imaginer le dialogue suivant cette entrevue entre les deux adultes. Je ne sais pas pour vous, mais moi je trouve ce genre de questions assez complexes pour un jeune de 12-13 ans. On devait évaluer la réponse sur la cohérence de la proposition de dialogue.
Les deux derniers critères prescrits demandent de développer des justifications. On leur demande de justifier leur jugement en reprenant des éléments du texte et en s'appuyant sur leur expérience personnelle. Je me demande encore comment on en est venu à encore demander à des jeunes qui en sont au balbutiement en moyenne de l'acquisition de la pensée logique et de la faculté d'abstraction à devoir exprimer des positions justifiées sur des réalités humaines nouvelles qu'ils découvrent souvent dans ces extraits de roman. On leur demande de fonder leur opinion sur leur expérience personnelle, qui est encore très limitée et sur laquelle ils peinent à verbaliser avec précision. Traditionnellement, le discours argumentatif prend place vers l'âge de 15-16 ans dans l'enseignement. Mais, depuis ces dernières années, on tente de faire faire des justifications chez des jeunes du primaire. Et pour ceux qui enseignent en 4e secondaire, on conviendra que l'adresse dans la justification de points de vue est loin de venir naturellement à tous.
C'est simple, le défi est proprement impossible pour la plupart de mes jeunes qui n'ont pas la chance d'entendre des raisonnements adultes autour d'eux régulièrement dans la langue de Molière pour fonder un tant soit peu une capacité qu'il devrait exprimer dans les examens de lecture de nos ministères et dans ceux des apprentis sorciers qui bâtissent des examens selon les nouvelles normes sans se poser de questions. Si, au MELS en 2e secondaire, on a mis finalement 60% de questions de compréhension dans le proto - quoique certaines me semblent faire appel à bien plus que de la compréhension de réalité à la portée d'un jeune de 2e secondaire - nos apprentis sorciers de l'organisme régional, eux, ont respecté religieusement le nouveau bréviaire. 40% de questions de compréhension en première secondaire.
Je questionne évidemment cette nouvelle approche. Quand au MELS réussira-t-on à faire des programmes et des processus d'évaluation qui respecte la maturation moyenne des jeunes? Quand validera-t-on des instruments d'évaluation autrement que sur des points de vue d'experts mal avisés?
Nos jeunes doivent d'abord apprendre à décoder la langue, à bien naviguer dans le vocabulaire dans ses sens propres et figurés et à repérer précisément des informations, ou des informations pertinentes qui permettent de se représenter convenablement un récit. Pour beaucoup de mes jeunes, et d'autres que j'ai croisés dans ma vie dans des milieux beaucoup plus favorisés, cette capacité insuffisamment travaillée de nos jours n'est même pas développée. Apprendre la rigueur dans une lecture attentive est de nos jours passé de mode. Apprendre à lire entre les lignes, à inférer ou faire des déductions simples à partir des informations explicitement données par un texte est aussi déjà un gros enjeu pour ces âges.
On peut certes exprimer un point de vue suite à une lecture, mais à mon sens cette faculté verse surtout dans l'expression et moins dans ce qui est à mon sens au départ la lecture. Oui un jour, nous finissons par exprimer une lecture d'une situation, mais peut-on laisser d'abord apprendre à décoder convenablement le vocabulaire, à se laisser traverser par le sens, à trier l'essentiel de l'accessoire dans une lecture pour se représenter convenablement les référents des textes.
Je m'insurge contre cette phrase émanant des officines ministérielles et qu'on répète à qui mieux mieux comme de bêtes perroquets:« On s'entend-tu que le repérage, nos jeunes sont capables d'en faire?» Justement, avec cette génération en déficit d’attention, trop souvent, non!
Peut-être que mes jeunes trop nuls perturbent mon appréciation de la situation. Ces jeunes qui ne veulent pas lire, qui font du tapage quand on leur propose de travailler un texte et d'entrer dans les détails. Mes jeunes qui pourtant parlent un français compréhensible semblent avoir autant de difficulté à lire un texte en français que lorsque je tentais de lire un texte en anglais quand j'étais jeune. Ces jeunes qui me demandent régulièrement le sens d'un mot banal à l'occasion pour le francophone que je suis. Pourtant, j'ai souvenir d'un passage en 3e secondaire en 2001, où des jeunes du régulier expédiaient leur compréhension de texte en un temps record avec des résultats pauvres, en se foutant de la précision de leur réponse. Je me souviens aussi de ces jeunes d'un milieu plus favorisé, qui faisaient tout pour ne pas lire un roman en essayant de me fourguer des résumés pris sur Internet. Je me souviens de ces romans d'adultes donnés à des jeunes en lecture dans une école privée auquel il fallait tout expliquer pour les aider à interpréter adéquatement ces textes.
Un jour, nous avons oublié que nous avons été jeunes et il serait temps de comprendre que nos jeunes ne sont pas si différents de ceux que nous étions. Encore et toujours, depuis trop d’années en éducation, nous avons décidé de confronter le jeune à la complexité du monde des adultes sans l’y préparer. En ce moment sur le terrain, encore une fois, comme enseignant, je constate un décalage énorme entre la capacité réelle de mes jeunes et ce qu’ambitionnent les penseurs en éducation qui rédigent des programmes et conçoivent des évaluations. Et encore une fois, je me dis que l’idéologie et la stupidité en sont les sources au lieu de la méthode et d’une appréciation avisée de la réalité des jeunes. Bref, encore une fois, je constate que nous ne comprenons plus les exigences du développement intellectuel des jeunes.
samedi 4 mai 2013
L'Ipad en classe: ni rose ni noir?
Enseigner apparait simple pour le profane. Pourtant, c'est un art des plus délicats.
Je pense que mes collègues seront d'accord avec moi: il faut travailler
constamment à capter l'attention des jeunes et à canaliser leurs efforts dans
la direction des apprentissages. Préserver la concentration est une grande
préoccupation de l'enseignant dans son quotidien. Sinon, à quoi bon?
Il est difficile d'avoir l'attention de beaucoup de jeunes de nos jours. Ils n'ont pas appris à écouter, n'en voient souvent pas l'intérêt. Un jeune qui décrète en son for intérieur que ce qui se passe autour de lui est plate développe une faculté de nous ignorer surprenante.
Ensuite, on ne doit pas sous-estimer l'influence des pairs. Quand on commence à discuter de la platitude du cours, du sujet, du travail ou de l'exercice, on peut être sûr que la contagion de l'inattention se répand. Tous les leadeurs connaissent bien la contagion d'un esprit dépressif dans un groupe, ou d'un esprit rebelle. On doit vite s'en occuper.
Puis, il faut aussi porter une attention particulière à ces jeunes qui ont besoin d'un public, certains ouvertement, d'autres discrètement. Toute leur énergie consiste à attirer l'attention du groupe ou d'un sous-groupe dans la classe. Ce sont des experts pour produire des petits spectacles à partir de rien. Évidemment, un prof doit les avoir à l'œil et intervenir promptement s'il veut garder l'attention à la tâche dans une classe.
Dans ma carrière, j'ai toujours été étonné de voir des collègues parler seuls à leur tableau et ne pas se rendre compte que la classe est ailleurs. On voit ce genre de situation parfois en circulant dans les corridors d'une école. Je me demande souvent que font ces professeurs Tournesol dans le métier...
Pour ma part, je ne peux pas parler à un groupe perturbé et inattentif bien longtemps, parce que je ne peux que rapidement sentir en moi toute l'inutilité de la situation. On ne me paie pas pour parler à des murs ou dans le vide.
Donc, je m'arrange pour interagir, j'interviens, j'essaie de ne pas abuser du temps d'antenne, j'enseigne aussi dans les allées, je marche dans ma classe, je garde un oeil au groupe, je rappelle à l'ordre ceux qui nuisent à l'atmosphère de la classe. Il faut même parfois montrer les dents comme un chef de meute. Et il m'arrive d'aboyer! Et de mettre un jeune à la porte qui ne veut rien comprendre de cet enjeu vital en classe: on doit préserver une bonne ambiance de travail et d'apprentissage.
C'est beaucoup d'énergie garder un groupe concentré et au travail par moment. Ce dont je vous parle est le noeud, le coeur, l'enjeu vital de l'aventure enseignante. Sans cette capacité de s'imposer, on peut être certains que, comme dans n'importe quel groupe, humain ou animal, sans chef ou avec un chef faible, la discorde va apparaitre par manque de direction et de sens. Le groupe obéit à cette nécessité: établir sa hiérarchie qui lui permet de fonctionner dans l'harmonie autour d'un but commun. Plus ses membres sont immatures et plus cette nécessité se manifeste. C'est de la psychologie 101.
Bon, point n'est besoin d'exiger l'attention de tous à tout moment, il ne s'agit pas d'être totalitaire: un élève dans la lune ou qui crayonne discrètement son petit dessin ne nuit pas tant que ça, deux élèves qui chuchotent discrètement non plus, mais il faut les avoir à l'œil, car la contamination de l'inattention est rapide.
Voilà d'ailleurs pourquoi c'est épuisant d'enseigner: on ne doit pas seulement enseigner, il faut garder une attention à la gestion de classe assez constante: et intervenir fréquemment. Avec l'expérience, on trouve bien des façons d'intervenir sans faire de vague et on sent quand c'est le temps d'en faire une grosse.
Ceci étant dit, je suis assez étonné quand je lis ce passage dans l'article dont je reprends en partie le titre:
«Le premier désavantage qu'on a constaté est que l'iPad est une source de distraction majeure pour les élèves», note-t-il.
Tête baissée, les élèves ont les yeux rivés sur leur tablette. Pendant que l'enseignant parle à l'avant de la classe, ils sont sur Facebook ou s'envoient des messages.
Il n'est pas rare que tout le groupe éclate de rire devant l'enseignant déconcerté. Une blague qui mettait quelques minutes à circuler de pupitre en pupitre sur un bout de papier se répand maintenant à toute la classe en un seul clic. (C'est moi qui souligne)
Personnellement, je crois que ce n'est pas simplement un désavantage, c'est le dynamitage de l'enseignement qu'on institue.
Quand on écrit: «Ils (les profs) sont obligés de se renouveler, d'être plus dynamiques, de se déplacer davantage entre les rangées d'élèves pour maintenir leur intérêt.», j'ai l'impression qu'on insinue quasiment qu'on ne connait pas notre métier.
Autant le dire tout de suite si, à chaque instant, il faut me battre contre la liberté instituée de laisser les jeunes communiquer entre eux sans pouvoir rien y faire, je ne sais pas si j'aurai toujours le gout de faire ce métier, parce qu'il est de l'ordre des choses certaines, que je devrais encore plus déployer d'énergie à remettre les jeunes dans le couloir de l'attention nécessaire à l'apprentissage.
Depuis quelques années, je navigue avec des groupes qui partagent une langue que je ne connais pas. Au moins, on les entend parler. Et donc, je peux gérer. Mais là...
Enfin, on se permet encore de dire de certains profs qu'ils semblent être des idiots de vouloir maintenir des moyens traditionnels dans leurs cours en faisant acheter des livres papiers ou des calculatrices. Il faut être en dehors du métier pour ne pas comprendre que parfois il faut protéger le jeune contre lui-même de la distraction. Si nos jeunes peuvent être en permanence en communication, la tricherie devient incontournable. Mettre un plat de bonbons en permanence dans la face d'un enfant n'est peut-être pas le meilleur moyen de lui enseigner de saines habitudes de vie.
Avec cette fenêtre sur le monde ouverte en permanence avec en main des outils d'abord conçus pour la distraction bien avant le travail, on ne se rend pas compte que la transmission des connaissances et d'une certaine capacité de travailler de manière concentrée avec méthode devient de plus en plus impossible. Car pour le profane qui n'a jamais dépassé un certain stade dans l'analyse de ce qu'on transmet à l'école, il est difficile de comprendre que le cœur de l'enseignement n'est souvent pas toujours la connaissance «restaurant-minute», mais bien la capacité de traiter, d'analyser, de comprendre, d'organiser et de réfléchir. Je ne me contente pas de faire développer la capacité de copier-coller, car les jeunes n'ont pas de besoin de moi pour ça. Avec mes jeunes en 4e et 5e secondaire, j'arrive à parler de différents parcours intellectuels pour développer un propos même avec des jeunes parfois qui étaient peu équipés quand je les ai pris l'an dernier. En acceptant de me suivre, ils arrivent peu à peu à appréhender ce territoire qui ouvre à de grandes possibilités dans la vie. J'ai une élève qui voulait faire esthétique l'an dernier que je vois maintenant à l'université un jour.
Comme intellectuel, on a tous appris la vertu de l'isolement pour réfléchir et produire. Bref, si Facebook est en parallèle, on ne va pas y arriver. En salle informatique où Facebook passait un moment donné l'an dernier, j'ai une élève qui a fait sa crise en classe à cause d'une engueulade sur Facebook avec son père.
Malheureusement pour certains, les grandes compétences ne s'apprennent pas sur Facebook... Et il faut comprendre qu'on doive certainement demander aux jeunes de fermer les Ipad par moment...
Il est difficile d'avoir l'attention de beaucoup de jeunes de nos jours. Ils n'ont pas appris à écouter, n'en voient souvent pas l'intérêt. Un jeune qui décrète en son for intérieur que ce qui se passe autour de lui est plate développe une faculté de nous ignorer surprenante.
Ensuite, on ne doit pas sous-estimer l'influence des pairs. Quand on commence à discuter de la platitude du cours, du sujet, du travail ou de l'exercice, on peut être sûr que la contagion de l'inattention se répand. Tous les leadeurs connaissent bien la contagion d'un esprit dépressif dans un groupe, ou d'un esprit rebelle. On doit vite s'en occuper.
Puis, il faut aussi porter une attention particulière à ces jeunes qui ont besoin d'un public, certains ouvertement, d'autres discrètement. Toute leur énergie consiste à attirer l'attention du groupe ou d'un sous-groupe dans la classe. Ce sont des experts pour produire des petits spectacles à partir de rien. Évidemment, un prof doit les avoir à l'œil et intervenir promptement s'il veut garder l'attention à la tâche dans une classe.
Dans ma carrière, j'ai toujours été étonné de voir des collègues parler seuls à leur tableau et ne pas se rendre compte que la classe est ailleurs. On voit ce genre de situation parfois en circulant dans les corridors d'une école. Je me demande souvent que font ces professeurs Tournesol dans le métier...
Pour ma part, je ne peux pas parler à un groupe perturbé et inattentif bien longtemps, parce que je ne peux que rapidement sentir en moi toute l'inutilité de la situation. On ne me paie pas pour parler à des murs ou dans le vide.
Donc, je m'arrange pour interagir, j'interviens, j'essaie de ne pas abuser du temps d'antenne, j'enseigne aussi dans les allées, je marche dans ma classe, je garde un oeil au groupe, je rappelle à l'ordre ceux qui nuisent à l'atmosphère de la classe. Il faut même parfois montrer les dents comme un chef de meute. Et il m'arrive d'aboyer! Et de mettre un jeune à la porte qui ne veut rien comprendre de cet enjeu vital en classe: on doit préserver une bonne ambiance de travail et d'apprentissage.
C'est beaucoup d'énergie garder un groupe concentré et au travail par moment. Ce dont je vous parle est le noeud, le coeur, l'enjeu vital de l'aventure enseignante. Sans cette capacité de s'imposer, on peut être certains que, comme dans n'importe quel groupe, humain ou animal, sans chef ou avec un chef faible, la discorde va apparaitre par manque de direction et de sens. Le groupe obéit à cette nécessité: établir sa hiérarchie qui lui permet de fonctionner dans l'harmonie autour d'un but commun. Plus ses membres sont immatures et plus cette nécessité se manifeste. C'est de la psychologie 101.
Bon, point n'est besoin d'exiger l'attention de tous à tout moment, il ne s'agit pas d'être totalitaire: un élève dans la lune ou qui crayonne discrètement son petit dessin ne nuit pas tant que ça, deux élèves qui chuchotent discrètement non plus, mais il faut les avoir à l'œil, car la contamination de l'inattention est rapide.
Voilà d'ailleurs pourquoi c'est épuisant d'enseigner: on ne doit pas seulement enseigner, il faut garder une attention à la gestion de classe assez constante: et intervenir fréquemment. Avec l'expérience, on trouve bien des façons d'intervenir sans faire de vague et on sent quand c'est le temps d'en faire une grosse.
Ceci étant dit, je suis assez étonné quand je lis ce passage dans l'article dont je reprends en partie le titre:
«Le premier désavantage qu'on a constaté est que l'iPad est une source de distraction majeure pour les élèves», note-t-il.
Tête baissée, les élèves ont les yeux rivés sur leur tablette. Pendant que l'enseignant parle à l'avant de la classe, ils sont sur Facebook ou s'envoient des messages.
Il n'est pas rare que tout le groupe éclate de rire devant l'enseignant déconcerté. Une blague qui mettait quelques minutes à circuler de pupitre en pupitre sur un bout de papier se répand maintenant à toute la classe en un seul clic. (C'est moi qui souligne)
Personnellement, je crois que ce n'est pas simplement un désavantage, c'est le dynamitage de l'enseignement qu'on institue.
Quand on écrit: «Ils (les profs) sont obligés de se renouveler, d'être plus dynamiques, de se déplacer davantage entre les rangées d'élèves pour maintenir leur intérêt.», j'ai l'impression qu'on insinue quasiment qu'on ne connait pas notre métier.
Autant le dire tout de suite si, à chaque instant, il faut me battre contre la liberté instituée de laisser les jeunes communiquer entre eux sans pouvoir rien y faire, je ne sais pas si j'aurai toujours le gout de faire ce métier, parce qu'il est de l'ordre des choses certaines, que je devrais encore plus déployer d'énergie à remettre les jeunes dans le couloir de l'attention nécessaire à l'apprentissage.
Depuis quelques années, je navigue avec des groupes qui partagent une langue que je ne connais pas. Au moins, on les entend parler. Et donc, je peux gérer. Mais là...
Enfin, on se permet encore de dire de certains profs qu'ils semblent être des idiots de vouloir maintenir des moyens traditionnels dans leurs cours en faisant acheter des livres papiers ou des calculatrices. Il faut être en dehors du métier pour ne pas comprendre que parfois il faut protéger le jeune contre lui-même de la distraction. Si nos jeunes peuvent être en permanence en communication, la tricherie devient incontournable. Mettre un plat de bonbons en permanence dans la face d'un enfant n'est peut-être pas le meilleur moyen de lui enseigner de saines habitudes de vie.
Avec cette fenêtre sur le monde ouverte en permanence avec en main des outils d'abord conçus pour la distraction bien avant le travail, on ne se rend pas compte que la transmission des connaissances et d'une certaine capacité de travailler de manière concentrée avec méthode devient de plus en plus impossible. Car pour le profane qui n'a jamais dépassé un certain stade dans l'analyse de ce qu'on transmet à l'école, il est difficile de comprendre que le cœur de l'enseignement n'est souvent pas toujours la connaissance «restaurant-minute», mais bien la capacité de traiter, d'analyser, de comprendre, d'organiser et de réfléchir. Je ne me contente pas de faire développer la capacité de copier-coller, car les jeunes n'ont pas de besoin de moi pour ça. Avec mes jeunes en 4e et 5e secondaire, j'arrive à parler de différents parcours intellectuels pour développer un propos même avec des jeunes parfois qui étaient peu équipés quand je les ai pris l'an dernier. En acceptant de me suivre, ils arrivent peu à peu à appréhender ce territoire qui ouvre à de grandes possibilités dans la vie. J'ai une élève qui voulait faire esthétique l'an dernier que je vois maintenant à l'université un jour.
Comme intellectuel, on a tous appris la vertu de l'isolement pour réfléchir et produire. Bref, si Facebook est en parallèle, on ne va pas y arriver. En salle informatique où Facebook passait un moment donné l'an dernier, j'ai une élève qui a fait sa crise en classe à cause d'une engueulade sur Facebook avec son père.
Malheureusement pour certains, les grandes compétences ne s'apprennent pas sur Facebook... Et il faut comprendre qu'on doive certainement demander aux jeunes de fermer les Ipad par moment...
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