Cette histoire me fait marrer. Parler de censure de Dieu dans l'histoire du Québec a quelque chose d'assez comique, non? Encore ce matin, je navigue et tombe sur cette belle unanimité à condamner la «censure» de ce prof de musique qui n'avait certainement pas prévu de recevoir autant de publicité pour cette décision qu'il a prise j'imagine un jour sans vraiment penser à son impact de toucher à ce feu sacré de la chanson française et d'en remplacer un vers.
Évidemment, on allait poser la question à un moment: «pourquoi?» et il a fallu donner une réponse.
Wow, ça s'est rendu à Québec, les dépités et les mounistres estomaqués, on va baliser les « accommodements raisonnables» pour éviter ce genre de «dérapage» RIDICULE et ABERRANT.Les fonctionnaires n'en manquent jamais une pour se donner une raison d'exister.
Je suis tombé sur un extrait d'un commentaire de la Beauchamp. J'ai trouvé assez comique tout cet attroupement et l'argumentation aussi que je résume: on ne modifie pas les paroles d'une chanson comme ça, et il n'y a pas d'interdiction de dire le mot dieu au Québec. On ne soustrait pas au Québec, on additionne!Le prof a manqué de jugement!
Car, il y a, semble-t-il, encore des relents de choses sacrées au Québec!
Bref, je comprends qu'on n'a pas le droit de soustraire le mot Dieu d'une parole de chanson au Québec!
Enfin, je ne peux que me dire que ce n'est pas drôle l'exercice de la liberté de nos jours!
Car, franchement, l'interprétation libre de je ne sais pas combien d’œuvres est quand même une pratique assez courante de nos jours. On charcute des pièces de théâtre, on les adapte, les transforme, on republie des monuments de la littérature pour les renouveler, les rendre plus contemporaine. Tiens, je suis tombé sur la énième réécriture de Don Quichotte récemment. Je vais peut-être avoir la patience d'entrer en relation avec ce machin sympathique mais dont le style, lourd et vieillot, m'a toujours soulevé un bâillement au bout de quelques pages. On est à l'époque des REMIX, des collages et où la notion même de propriété des œuvres artistiques et leur intouchabilité est remis en cause dans des argumentations pas si insensées. On revendique le droit de transformer à sa guise, comme il est naturel de le faire mentalement à chaque seconde de notre vie.
Et je me souviens de l'espèce de nausée que j'avais pour un peu tout ce qui avait le mot Dieu trop saillant dans ma vingtaine, pour ce mot qui représentait cette illusion invérifiable, cette imposture sermonnante, le mensonge, le contraire de la raison, de la science et de la vérité palpable qu'apporte l'expérience de la vie.
Moi aussi dans ce temps-là, pour des raisons bien personnelles liées à mon histoire, j'aurais peut-être retranché un vers qui m'énervait et trouvé un raisonnement comme ce n'est pas à l'école de parler de Dieu qui réunit ceux qui s'aiment... et aussi parfois les séparent! Surtout qu'on en parle tellement pu trop de ce vieux barbu du ciel qui a régimenté la vie des hommes pendant 2000 ans et même plus selon l'Ancien Testament. Ce cave qui aurait pu prendre une coupe de jours de moins pour faire le monde et ensuite se reposer, surtout se reposer une coupe de jours de plus. On aurait peut-être des semaines différentes!
Bon, depuis, je me suis fait une raison, j'ai accepté que la vie ne soit pas toujours exactement conforme à mes conceptions de la réalité. Dieu est un mot parmi d'autres pour parler de notre relation avec une certaine intelligence de l'existence et du monde ou de l'univers avec qui on converse occasionnellement pour faire du sens avec sa vie. Un mot qui peut certainement représenter pour certains, cette partie étrange, évanescente dans notre esprit avec qui on dialogue pour faire le point avec soi-même sur ce qu'on vit.
Mais évidemment, je ne parle jamais de cela avec des jeunes. Ou enfin si peu. Pour éluder, pour revenir à mon enseignement plus prosaïque.
Je vois encore des gens d'âge mur sur des blogues aimer discuter de la réalité ou non de Dieu.
Évidemment, qu'un mot qui a envoyé bien des gens au bûcher à des moments de l'histoire a encore une charge suffisante pour trouver preneur pour alimenter des sujets de conversations occasionnelles.
Mais bon, heureusement pour notre prof de musique sans «jugement», cette époque est bien révolue.
Il a au plus alimenté la machine à faire du spectacle avec de l'insolite et du singulier pour faire rejaillir le sentiment du pluriel, cette belle unanimité étrange qui se forme dans le collectif qui condamne. Cette belle unanimité solidaire qui, dans un monde pluralisé et atomisé, repose sur une nostalgie du sentiment collectif.
Et ce n'est pas étonnant de le voir s'exprimer au sujet d'un acteur de cette chose de plus en plus désâmée qu'est l'école à notre époque où il est chaque jour plus palpable que nous n'avons plus trop de valeurs collectives à y transmettre sinon qu'une certaine vision de la tolérance du vide relationnel comblé par le plein numérique.
Comme éducateur, on est souvent seul à essayer de jauger ce qui doit être transmis au milieu de ce chaos des perspectives. Et puis, si on n'est pas trop con, on sait aussi que bien des propagandes non questionnées sont véhiculées par la boîte à éduquer.
Car, évidemment, Dieu réunit ceux qui s'aiment dans cette société où la famille implose depuis des décennies, ou on a un des taux de divorce les plus élevé au monde. Ou chacun vit de plus en plus virtuellement et s'adonne de plus en plus à l'absence du présent pour une présence à l'autre dans la machine.
Pour finir, je constate qu'il est curieux de parler de censure au sujet d'un individu, car cette faculté de censurer est normalement dévolu à un système. On est dans le glissement pernicieux. Et puis, You-Tube est toujours là si on a la nostalgie de la version originale. Oui on a le droit de parler de Dieu au Québec, mais a-t-on le droit de choisir de ne pas en parler?
samedi 25 février 2012
vendredi 10 février 2012
Quand le goût d'enseigner s'émousse
Je suis de mauvaises humeurs souvent de ce temps-ci. J'ai de plus en plus l'impression d'être mêlé à une situation sans issue, à une mission perdue d'avance. Un défi, passé un certain temps à se cogner constamment à des obstacles insolubles, finit par devenir une galère. La situation finit par briser le mince espoir qui, comme enseignant, me fait déployer souvent beaucoup d'énergies pour préparer mes cours et me présenter en classe jour après jour et participer à la vie de l'école dans tous ces aspects. C'est un métier intense qui déborde souvent, très souvent dans la vie privée.
Je n'ai pas bien choisi ma matière, le français qui suppose un investissement cognitif constant. On ne travaille pas dans le texte comme on travaille des problèmes de maths. Enseigner le français, c'est se lancer constamment dans mille sujets avec les jeunes. On y fait de la géographie, de l'histoire, des sciences, de l'économie, de la politique, etc. En plus de la grammaire, en plus des notions reliées à notre matière, en plus d'une auto-surveillance constante en matière d'orthographe et de justesse du sens des mots qui mobilisent beaucoup d'attention en situation d'enseignement. Et bon, comme tout prof, on a de la gestion de classe, de l'attention aux élèves, à la dynamique, les cas problèmes à gérer... En plus, cette année, je roule dans les 5 niveaux à la fois. C'est un peu infernal. Je n'arrive pas à investir autant dans tous mes niveaux à la fois. Je donne des «bourrées» à un niveau, puis un autre. Ceux qui ont déjà enseigné beaucoup de niveaux ou de matières doivent comprendre de quoi je cause. Il n'est pas simple de bien répartir son énergie pour être prêt sur tous mes niveaux ou enfin d'offrir une bonne prestation selon mes critères.
Hier, on a eu droit à une conférence imprévue - qu'une situation des plus burlesque nous a fait vivre moi et quelques collègue- «Think positif» ou «tout est une question d'attitude». Je ne ferais pas ce métier, si je n'avais pas une bonne capacité de résilience, si j'étais parano, exagérément susceptible ou encore rancunier.
Je manque parfois de sens de l'humour. Ou je suis beaucoup concentré à tenir une certaine ligne de conduite, à indiquer un direction à prendre et à tenter de faire passer tout le monde par là.
L'enseignement ou l'apprentissage est tellement l'objet d'un torpillage constant comme un vent coquin qui empêche que l'étincelle allument la flamme du feu de camp. On est souvent là à tourner le dos au vent pour allumer son feu. Parce que c'est ma job d'allumer du feu d'intelligence et c'est pas évident avec le bavardage, avec des jeunes enfants-rois pas vraiment concernés, des administrations qui annulent des cours à la dernière minutes régulièrement, une école où dès qu'un suppléant entre - et ils en entrent tout le temps - fait que l'ensemble de l'école perd beaucoup de sérieux. Des fois, les suppléants sont en retard. Alors, un prof prend les élèves dans le corridor et les intègre à son cours ou amènent tout le monde jouer au ping pong! Je rigolais hier, nos tables de ping-pong servent plus que notre matériel pédagogique des fois. Nos jeunes du sec. 1 entrent en classe et première question: «On va jouer au ping pong, on va en informatique?» Bref, on est «casseux» de party à chaque période... C'est vrai, le CP fait deux périodes de ping pong par jour. ¨Ça marche comme récompense et pour garder l'école calme en situation de survie, peut-être un peu trop. On dérive vers l'école-garderie plus l'année avance.
C'est comme ça par ici, avec la petite équipe de profs. En plus, on en a toujours un parti en formation ou en sortie avec des élèves et quand ça arrive c'est pour au moins une semaine. Depuis les fêtes, on a perdu un joueur, il n'a pas été remplacé. Ça «brette» en avant ou on cherche à faire des économies jusqu'au premier avril (ici les budgets sont souvent dépensés avant la date fatidique...) Un collègue se tape du 5 heures d'enseignement quotidien depuis. Il est immigrant, il n'est pas capable de chialer ou de s'affirmer et s'épuise peu à peu, mais bon « en avant », vu qu'on a pas vraiment la compétence pour apprécier ce qui se passe dans l'école, on s'occupe de trucs triviaux, alors que mille urgences secoue la baraque. Comme la pénurie de papier qui menace par exemple... On a aussi un prof qui est pratiquement aussi absent que présent depuis le début de l'année. Elle n'est même pas en maladie, cherchez l'erreur.
Après, il y a les activités culturelles. Bon, c'est bien, des marches pour aller encourager des causes. Mais bon, quand le deux tiers des élèves se pointent à l'école au lieu d'aller marcher et que 3 profs vont marcher avec 4-5 jeunes tandis que deux autres tiennent le fort, évidemment, l'école joue au ping pong au lieu de faire des classes. Hier, on avait trop d'activités spéciales pour la capacité de l'école à les gérer. Enfin, la capacité de gestion de certain ici est une rengaine burlesque, mais bon... On a donc eu une activité culturelle qui a foiré dans son but, un autobus scolaire qui est parti avec tout le secondaire en laissant sur place tous les profs. Oui tous les profs... Un conférencier oublié, pourtant débarqué la veille dans le grand Nord pour motiver des élèves qui se retrouvent à motiver des profs laisser en rad par une désorganisation qui dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu'ici... Pis, en après-midi, j'ai bricolé mon traineau en périodes maisons pour me refaire un peu de santé mentale. Mais à l'école, je me suis fait raconter par ma collègue conjointe estomaquée, on a eu doit à une conférence de 10 minutes, un chocolat chaud, puis une marche forcée à se battre pour faire sortir des élèves de l'école pour sensibiliser des jeunes à l'intimidation sur internet. Faut juste ce dire que c'est probable dans les communautés et que le comble de l'improvisation se sécrète naturellement par ici. Au final, pour la mission éducative, une journée foutue en l'air.
Bref, une semaine dérisoire, non scolaire ou si peu... Quand je vois certains élèves, récemment chroniquement absents, se pointer car on leur a fait un ultimatum, je suis gêné, j'ai presque honte.
Ah oui, et je ne peux pas vraiment avancer dans mon programme depuis trois semaines à cause d'évaluations de pratique d'un organisme qui tente de prendre le contrôle régional de nos écoles. On n'a pas le choix, il faut que je passe ces examens de niveau prototype d'examen du mels tout niveau. Bref, dans le contexte de mes élèves pas de niveau, d'une inconcevable inutilité. 5 niveaux de guides, de cahiers de préparation, de cahiers de version provisoire, de cahiers de version finale, de feuilles de notes, de corrigés, de fiches de rétroaction, documents auxquels il manque des copies en couleurs en format cahier. Des heures de plaisir en gestion de papiers... Ensuite, je ne sais pas si on s'imagine trois démarches du genre avec des activités de préparations dans une même classe, parce que oui j'ai le 3-4-5 ensemble! Je suis aussi mobilisé par ces aberrations que mes élèves. Le pire, c'est qu'on va faire 20 % de la note avec ce genre d'épreuves à la fin de l'année très probablement sans appliquer le principe du ministère qui est de faire passer 80 % des élèves ou de reproduire grosso modo les moyennes historiques comme j'ai lu dans un savant document du Mels. L'an prochain, je ne sais pas si on a réfléchi à ça quelque part, les élèves seront tous pratiquement recalés si l'on maintient la logique de cette machine infernale...
Et la fin d'étape qui se pointe à l'horizon et les foutus oraux que j'aimerais bien lancer pour respecter l'obligation d'évaluer au moins deux fois une compétence et aussi parce que, selon le programme de mes évaluations de pratique du dit organisme régional, je devrais avoir réglé ça depuis fin janvier...
Et la semaine prochaine, je dois réintégrer l'élève que j'aurais agressé qui a agressé en tous cas ma réputation. Une grosse semaine dans une grosse dynamique de classe s'annonce.
Je dois dire que depuis un mois je songe quotidiennement «à toute sacrer ça là»!
Et je médite cette formule entendu hier: «Tout est une question d'attitude»!
Je ne sais pas où est le moment jovialiste où on devient complice de la nullité. C'est une assez délicate question.
Enfin, je fais l'aveu que j'ai des égarements d'attitude et de mauvaises réactions parfois qui ont des effets repoussants. Mon honnêteté et ma sincérité font que je sais dire à quelqu'un:« je suis profondément irrité en ce moment par la situation» ou, au capitaine, que «je ne me sens pas aidé dans mon enseignement cette semaine» quand il me déclare que les choses, ce matin, se passeront ainsi, que «c'est comme ça» et qui signifie que j'ai jonglé pour rien depuis mon réveil à trois périodes que je ne donnerai pas.
Je me suis fait dire par ma proche que je suis parfois «lourd» et, c'est ce qui me fait me dire, que je devrais peut-être me mettre en sabbatique, une fois de plus. Je ne sais plus, de ce temps-ci, comment être constamment heureux avec un «sourire permanent et sincère» si dynamisant pour les autres! Je ne sais pas avoir plus d'attitude que de compétence. Il parait qu'on engage plus les gens pour leur attitude que pour leur compétence.
Aujourd'hui, pédago: certainement une réunion pour constater une fois de plus que ça ne tourne pas rond. Et probablement pour se dire qu'on est un peu tanné de tenter de régler des choses et qu'au final rien ne change, même que tout empire. Et pour qu'on rêve d'un autre capitaine à la barre qui naviguera avec son équipe au lieu de «barrer» contre elle. Mais bon, on va peut être juste se mettre dans la bonne attitude.
J'ai compris récemment pourquoi les équipes qui nous ont précédés avaient eu des approches dont l'apparence était limite professionnelle.
Ils survivaient.
Je n'ai pas bien choisi ma matière, le français qui suppose un investissement cognitif constant. On ne travaille pas dans le texte comme on travaille des problèmes de maths. Enseigner le français, c'est se lancer constamment dans mille sujets avec les jeunes. On y fait de la géographie, de l'histoire, des sciences, de l'économie, de la politique, etc. En plus de la grammaire, en plus des notions reliées à notre matière, en plus d'une auto-surveillance constante en matière d'orthographe et de justesse du sens des mots qui mobilisent beaucoup d'attention en situation d'enseignement. Et bon, comme tout prof, on a de la gestion de classe, de l'attention aux élèves, à la dynamique, les cas problèmes à gérer... En plus, cette année, je roule dans les 5 niveaux à la fois. C'est un peu infernal. Je n'arrive pas à investir autant dans tous mes niveaux à la fois. Je donne des «bourrées» à un niveau, puis un autre. Ceux qui ont déjà enseigné beaucoup de niveaux ou de matières doivent comprendre de quoi je cause. Il n'est pas simple de bien répartir son énergie pour être prêt sur tous mes niveaux ou enfin d'offrir une bonne prestation selon mes critères.
Hier, on a eu droit à une conférence imprévue - qu'une situation des plus burlesque nous a fait vivre moi et quelques collègue- «Think positif» ou «tout est une question d'attitude». Je ne ferais pas ce métier, si je n'avais pas une bonne capacité de résilience, si j'étais parano, exagérément susceptible ou encore rancunier.
Je manque parfois de sens de l'humour. Ou je suis beaucoup concentré à tenir une certaine ligne de conduite, à indiquer un direction à prendre et à tenter de faire passer tout le monde par là.
L'enseignement ou l'apprentissage est tellement l'objet d'un torpillage constant comme un vent coquin qui empêche que l'étincelle allument la flamme du feu de camp. On est souvent là à tourner le dos au vent pour allumer son feu. Parce que c'est ma job d'allumer du feu d'intelligence et c'est pas évident avec le bavardage, avec des jeunes enfants-rois pas vraiment concernés, des administrations qui annulent des cours à la dernière minutes régulièrement, une école où dès qu'un suppléant entre - et ils en entrent tout le temps - fait que l'ensemble de l'école perd beaucoup de sérieux. Des fois, les suppléants sont en retard. Alors, un prof prend les élèves dans le corridor et les intègre à son cours ou amènent tout le monde jouer au ping pong! Je rigolais hier, nos tables de ping-pong servent plus que notre matériel pédagogique des fois. Nos jeunes du sec. 1 entrent en classe et première question: «On va jouer au ping pong, on va en informatique?» Bref, on est «casseux» de party à chaque période... C'est vrai, le CP fait deux périodes de ping pong par jour. ¨Ça marche comme récompense et pour garder l'école calme en situation de survie, peut-être un peu trop. On dérive vers l'école-garderie plus l'année avance.
C'est comme ça par ici, avec la petite équipe de profs. En plus, on en a toujours un parti en formation ou en sortie avec des élèves et quand ça arrive c'est pour au moins une semaine. Depuis les fêtes, on a perdu un joueur, il n'a pas été remplacé. Ça «brette» en avant ou on cherche à faire des économies jusqu'au premier avril (ici les budgets sont souvent dépensés avant la date fatidique...) Un collègue se tape du 5 heures d'enseignement quotidien depuis. Il est immigrant, il n'est pas capable de chialer ou de s'affirmer et s'épuise peu à peu, mais bon « en avant », vu qu'on a pas vraiment la compétence pour apprécier ce qui se passe dans l'école, on s'occupe de trucs triviaux, alors que mille urgences secoue la baraque. Comme la pénurie de papier qui menace par exemple... On a aussi un prof qui est pratiquement aussi absent que présent depuis le début de l'année. Elle n'est même pas en maladie, cherchez l'erreur.
Après, il y a les activités culturelles. Bon, c'est bien, des marches pour aller encourager des causes. Mais bon, quand le deux tiers des élèves se pointent à l'école au lieu d'aller marcher et que 3 profs vont marcher avec 4-5 jeunes tandis que deux autres tiennent le fort, évidemment, l'école joue au ping pong au lieu de faire des classes. Hier, on avait trop d'activités spéciales pour la capacité de l'école à les gérer. Enfin, la capacité de gestion de certain ici est une rengaine burlesque, mais bon... On a donc eu une activité culturelle qui a foiré dans son but, un autobus scolaire qui est parti avec tout le secondaire en laissant sur place tous les profs. Oui tous les profs... Un conférencier oublié, pourtant débarqué la veille dans le grand Nord pour motiver des élèves qui se retrouvent à motiver des profs laisser en rad par une désorganisation qui dépasse tout ce qu'on avait vu jusqu'ici... Pis, en après-midi, j'ai bricolé mon traineau en périodes maisons pour me refaire un peu de santé mentale. Mais à l'école, je me suis fait raconter par ma collègue conjointe estomaquée, on a eu doit à une conférence de 10 minutes, un chocolat chaud, puis une marche forcée à se battre pour faire sortir des élèves de l'école pour sensibiliser des jeunes à l'intimidation sur internet. Faut juste ce dire que c'est probable dans les communautés et que le comble de l'improvisation se sécrète naturellement par ici. Au final, pour la mission éducative, une journée foutue en l'air.
Bref, une semaine dérisoire, non scolaire ou si peu... Quand je vois certains élèves, récemment chroniquement absents, se pointer car on leur a fait un ultimatum, je suis gêné, j'ai presque honte.
Ah oui, et je ne peux pas vraiment avancer dans mon programme depuis trois semaines à cause d'évaluations de pratique d'un organisme qui tente de prendre le contrôle régional de nos écoles. On n'a pas le choix, il faut que je passe ces examens de niveau prototype d'examen du mels tout niveau. Bref, dans le contexte de mes élèves pas de niveau, d'une inconcevable inutilité. 5 niveaux de guides, de cahiers de préparation, de cahiers de version provisoire, de cahiers de version finale, de feuilles de notes, de corrigés, de fiches de rétroaction, documents auxquels il manque des copies en couleurs en format cahier. Des heures de plaisir en gestion de papiers... Ensuite, je ne sais pas si on s'imagine trois démarches du genre avec des activités de préparations dans une même classe, parce que oui j'ai le 3-4-5 ensemble! Je suis aussi mobilisé par ces aberrations que mes élèves. Le pire, c'est qu'on va faire 20 % de la note avec ce genre d'épreuves à la fin de l'année très probablement sans appliquer le principe du ministère qui est de faire passer 80 % des élèves ou de reproduire grosso modo les moyennes historiques comme j'ai lu dans un savant document du Mels. L'an prochain, je ne sais pas si on a réfléchi à ça quelque part, les élèves seront tous pratiquement recalés si l'on maintient la logique de cette machine infernale...
Et la fin d'étape qui se pointe à l'horizon et les foutus oraux que j'aimerais bien lancer pour respecter l'obligation d'évaluer au moins deux fois une compétence et aussi parce que, selon le programme de mes évaluations de pratique du dit organisme régional, je devrais avoir réglé ça depuis fin janvier...
Et la semaine prochaine, je dois réintégrer l'élève que j'aurais agressé qui a agressé en tous cas ma réputation. Une grosse semaine dans une grosse dynamique de classe s'annonce.
Je dois dire que depuis un mois je songe quotidiennement «à toute sacrer ça là»!
Et je médite cette formule entendu hier: «Tout est une question d'attitude»!
Je ne sais pas où est le moment jovialiste où on devient complice de la nullité. C'est une assez délicate question.
Enfin, je fais l'aveu que j'ai des égarements d'attitude et de mauvaises réactions parfois qui ont des effets repoussants. Mon honnêteté et ma sincérité font que je sais dire à quelqu'un:« je suis profondément irrité en ce moment par la situation» ou, au capitaine, que «je ne me sens pas aidé dans mon enseignement cette semaine» quand il me déclare que les choses, ce matin, se passeront ainsi, que «c'est comme ça» et qui signifie que j'ai jonglé pour rien depuis mon réveil à trois périodes que je ne donnerai pas.
Je me suis fait dire par ma proche que je suis parfois «lourd» et, c'est ce qui me fait me dire, que je devrais peut-être me mettre en sabbatique, une fois de plus. Je ne sais plus, de ce temps-ci, comment être constamment heureux avec un «sourire permanent et sincère» si dynamisant pour les autres! Je ne sais pas avoir plus d'attitude que de compétence. Il parait qu'on engage plus les gens pour leur attitude que pour leur compétence.
Aujourd'hui, pédago: certainement une réunion pour constater une fois de plus que ça ne tourne pas rond. Et probablement pour se dire qu'on est un peu tanné de tenter de régler des choses et qu'au final rien ne change, même que tout empire. Et pour qu'on rêve d'un autre capitaine à la barre qui naviguera avec son équipe au lieu de «barrer» contre elle. Mais bon, on va peut être juste se mettre dans la bonne attitude.
J'ai compris récemment pourquoi les équipes qui nous ont précédés avaient eu des approches dont l'apparence était limite professionnelle.
Ils survivaient.
samedi 4 février 2012
Garder son calme même quand la cloche ne sonne plus
Pour moi, quelque part, les temps sont durs. J'ai appris cette semaine qu'un « dossier a été ouvert» me concernant. Nouvelle montée émotionnelle, amplifiée par les collègues qui eux aussi sont atteints par cette situation. Solidarité, identification, je ne sais, en tout cas, des gens ont des réactions beaucoup plus spectaculaires dans l'équipe assez liée dans laquelle j'évolue. On a perdu notre sentiment d'invulnérabilité, on regarde en face notre réelle fragilité. Au point que, même si je travaille à garder mon calme et à rester centré et que je réussis pas mal à le faire, l'émotion des collègues en vient à me faire me demander si je ne devrais pas avoir peur. C'est moi l'accusé et c'est moi qui me rassure et rassure dans l'histoire. Pour gérer tout ça, j'ai besoin que quelqu'un prenne autour de moi cette position rassurante et je n'ai trouvé personne d'autre que moi-même pour la tenir, cette position. Il faut même faire attention à la contagion, car je suis sensible. Par moment, j'ai effectivement peur. Elle est une des composantes majeures des émotions qui me traversent.
Il y a beaucoup à apprendre sur soi en vivant ce genre de situation. Je me vois sous l'effet de l'émotion aussi devenir par moment catégorique, totalement rigide. Comme si un être défensif prenait par moment le contrôle de ma baraque intérieure. Je fais par moment des déclarations inappropriées, excessives.
Heureusement, j'ai quelques expériences qui m'ont donné des outils pour m'aider. J'ai déjà vécu un an de procédures judiciaires pour une affaire où moi et quelques amis n'avions rien à nous reprocher. Je me rappelle d'une situation qui a été au plus un peu emmerdante. J'ai eu la maladie pour apprendre la patience et à gérer mon calme et la grande épreuve: un divorce avec enfants.
Dans ces situations, garder la tête claire pour répondre adéquatement au défi qui se pose m'apparait d'une importance capitale. Me décider à aller voir la ressource des services sociaux qu'on m'avait proposée pour aller ventiler a été une de ces décisions importantes de la semaine. Surtout que j'avais appris qu'un membre des SS avait réclamé ma mise à pied auprès de la direction. C'était plus avisé que de me prendre une bière ou un scotch en entrant!Je suis allé incarner mon rôle et combattre les «projections» que tous font dans ce genre de crise.
Enfin bref, les temps sont durs. Le groupe de secondaire un est en pleine régression dans la suite ou la concomitance de l'événement, par exemple. Et le moral des troupes enseignantes est plutôt bas. On est en pleine crise de leadership et ce, à tout niveau. La poignée de porte de l'école est restée dans les mains d'une enseignante cette semaine. J'étais là. Événement symbolique. Plus personne n'a les clés de l'école puisqu'on a changé tout le mécanisme.
Les cloches ne sonnent plus depuis le retour de janvier. L'impact d'un simple détail a eu des répercussions fabuleuses.Que de montées d'adrénaline depuis!
Tout cela m'évoque ce passage d'Apocalypse Now, vous vous souvenez de ce moment où, sur un champ de bataille, il n'y a plus un officier pour diriger les soldats...
On n'en est pas là encore, mais les officiers sont perturbés et le fonctionnement global s'en ressent. Tout de même, on aurait bien besoin d'un commandant en forme et avisé.
Il y a beaucoup à apprendre sur soi en vivant ce genre de situation. Je me vois sous l'effet de l'émotion aussi devenir par moment catégorique, totalement rigide. Comme si un être défensif prenait par moment le contrôle de ma baraque intérieure. Je fais par moment des déclarations inappropriées, excessives.
Heureusement, j'ai quelques expériences qui m'ont donné des outils pour m'aider. J'ai déjà vécu un an de procédures judiciaires pour une affaire où moi et quelques amis n'avions rien à nous reprocher. Je me rappelle d'une situation qui a été au plus un peu emmerdante. J'ai eu la maladie pour apprendre la patience et à gérer mon calme et la grande épreuve: un divorce avec enfants.
Dans ces situations, garder la tête claire pour répondre adéquatement au défi qui se pose m'apparait d'une importance capitale. Me décider à aller voir la ressource des services sociaux qu'on m'avait proposée pour aller ventiler a été une de ces décisions importantes de la semaine. Surtout que j'avais appris qu'un membre des SS avait réclamé ma mise à pied auprès de la direction. C'était plus avisé que de me prendre une bière ou un scotch en entrant!Je suis allé incarner mon rôle et combattre les «projections» que tous font dans ce genre de crise.
Enfin bref, les temps sont durs. Le groupe de secondaire un est en pleine régression dans la suite ou la concomitance de l'événement, par exemple. Et le moral des troupes enseignantes est plutôt bas. On est en pleine crise de leadership et ce, à tout niveau. La poignée de porte de l'école est restée dans les mains d'une enseignante cette semaine. J'étais là. Événement symbolique. Plus personne n'a les clés de l'école puisqu'on a changé tout le mécanisme.
Les cloches ne sonnent plus depuis le retour de janvier. L'impact d'un simple détail a eu des répercussions fabuleuses.Que de montées d'adrénaline depuis!
Tout cela m'évoque ce passage d'Apocalypse Now, vous vous souvenez de ce moment où, sur un champ de bataille, il n'y a plus un officier pour diriger les soldats...
On n'en est pas là encore, mais les officiers sont perturbés et le fonctionnement global s'en ressent. Tout de même, on aurait bien besoin d'un commandant en forme et avisé.
Et selon moi ça commence à la maison...
«C'est
dans de petits gestes qu'on observe des attitudes prédisposant à la
réussite scolaire. L'enfant en maternelle qui écoute les consignes, se
concentre sur les exercices demandés – même ceux qui ne lui plaisent pas
d'emblée – et respecte l'autorité aura de meilleures notes en quatrième
année du primaire que celui qui désobéit, défie l'éducatrice et ne
termine pas ses exercices.
Trouvé ici.
Voilà qui correspond à ce que je pensais sans avoir fait des études longitudinales. J'avais cette attitude positive moi aussi dès le premier jour où j'ai mis les pieds dans une classe. Mes trois garçons l'avaient et réussissent et continuent de réussir très bien à l'école, malgré qu'ils aient fréquenté pas la plus recommandable des écoles de Montréal.
Quotidiennement, j'observe le cul-de-sac de l'attitude oppositionnelle des jeunes pour leurs apprentissages. Dans le milieu où je suis, c'est l'apothéose! Focaliser sur les raisons de ne pas faire le travail ou sur la manière de contester le prof occupe toutes les pensées de trop nombreux jeunes. Au lieu d'écouter ce qu'il y a à faire, de le faire, de se concentrer, ils ont développé des réflexes de contestations inappropriées. J'observe même que tout le système scolaire stimule cette attitude de défi perpétuel en cadrant que les jeunes doivent être intéressés et que c'est le rôle des enseignants de stimuler cet intérêt. On veut développer leur esprit critique dès le primaire. C'est évidemment trop tôt et ça fout tout en l'air, car avant de pouvoir critiquer quelque chose, il faut bien sûr comprendre. Il faut même avoir quelques expériences, conceptions ou points de vue dissonants sur lesquels s'appuyer pour construire une critique utile et pertinente.
Et vous devinez quoi? La question qui vient après le constat de cette chercheuse est la plus intéressante. Comment ces jeunes ont-ils acquis ces attitudes et ces gestes appropriés qui peuvent prédire la réussite scolaire?
Je suis certain que la réponse, aussi simple, va nous mener au constat que l'intervention sociale pour y arriver a peu de moyens pour réussir à atteindre cet objectif, car c'est à la maison, sous la supervision d'un parent, que s'apprend cette attitude et ces gestes dans les phases préscolaires des étapes du développement. En garderie, c'est déjà foutu. Les éducateurs du préscolaire ont rarement les coudés franches pour faire intérioriser la nécessité hiérarchique à l'enfant qui permet à l'appareil cognitif de trouver le calme nécessaire à son développement.
Et cette vision personnelle repose simplement sur mon expérience de parent et le souvenir de ma propre relation avec mes parents quand j'étais jeune. J'ai tout simplement appris très tôt pour mon bien que je devais écouter les consignes que mes parents me donnaient.
samedi 12 novembre 2011
Quand on oublie la réalité...
Mollesse en évaluation
Ces dernières années, avec la réforme, qu'on traine toujours dans notre sillage, nos jeunes ont été habitués à la mollesse des évaluations. Nous sommes encore sous l'empire des grosses situations d'évaluation qui s'étirent sur deux semaines avec des tâches complexes à mener. Bref, au secondaire, BIM, la banque d'instrument de mesure bien connue, naguère florissante, ne produit plus grand chose d'exécutable dans un format d'examen. Les méthodes d'enseignement, dépendant qui les a choisies dans les années que vous n'étiez pas là, à la sauvette en mai, par on ne sait qui, quand il ou elle avait d'autres chats à fouetter, sont souvent navrantes aussi.
Le prof débordé a rarement le temps de faire de bons instruments pour vérifier les acquisitions de ses jeunes, mais surtout on a perdu l'art de mobiliser les troupes vers des objectifs d'examens. D'ailleurs, y a-t-il encore des sessions d'examens régulières? On s'épargne la complexité d'organiser la chose assez simplement de nos jours en oubliant tout le profit qu'on peut en tirer. Évidemment, les raisonnements tordus des hérauts de la réforme ont bien travaillé à saper notre capacité d'éduquer les jeunes en torpillant ces pratiques, comme tous les affreux instruments de «bourrages de crânes» du genre.
Néanmoins, je pose la question: comment évaluer les jeunes sans un format qui ne permet pas la triche ou les faux-fuyants? Ces dernières années, combien de fois je devais évaluer mes jeunes dans mes deux compétences fondamentales (lecture, écriture) en français sans vraiment avoir un espace significatif pour le faire. Quand les productions écrites s'étirent sur plus d'une semaine, de cours en cours, avec toutes les possibilités d'avoir un coup de pouce d'amis dans une atmosphère difficile à cadrer aussi longtemps avec le sérieux que cela requerrait, quand l'examen de lecture aussi s'étend sur plusieurs périodes, franchement, comment peut-on prétendre être sérieux en évaluation?
Une question de crédibilité
Comment nos jeunes peuvent-ils trouver crédible l'école qui leur permet aussi facilement de s'en tirer en ne foutant à peu près rien?
Peut-être vos jeunes ont-ils à voir avec ceux que j'ai devant moi cette année. Même si je suis dans un petit milieu, qui souffre d'être en région éloignée, qui a de la difficulté à recruter des profs qui vont rester, qui en trouve souvent mais avec un niveau d'éthique professionnel plutôt discutable, mes jeunes ressemblent à trop de jeunes que j'ai vus aussi dans les grandes et petites villes. J'ai beaucoup d'ados qui s'en foutent.
Les travaux clones
De jeunes habitués de ne rien faire, et quand je dis cela, je dis «rien» ou tout comme, et qui se contentent de copier les exercices demandés, les devoirs, à se faire faire des travaux par l'ami(e) qui a un peu de talent. On reçoit souvent des travaux qui ont le don de se ressembler. Dans mes classes très petites, ça devient assez frappant, je me suis amusé à noter dans la copie d'un élève de secondaire trois tout ce qu'il avait copié sur le travail des autres dans un travail de compréhension de texte en classe. Quand le jeune copie à la lettre aussi les fautes d'orthographe typiques des autres élèves qui ont vraiment fait le travail, il n'y a pas de doute. Le jeune ne sait probablement rien faire de lui-même. Il n'a, en tout cas, rien tiré de l'exercice. Je pouvais lui dire où il avait copié telle suite de numéros, puis sur qui il s'était «inspiré» pour ces autres numéros et, enfin, une fois établies ces sources providentielles, il ne restait que les numéros dont il m'avait tété les réponses. Sur les 5 élèves qui «avait fait le travail», deux l'avait vraiment fait, les 3 autres avait copié 80% de leurs réponses. Les réponses étaient clonées sans même prendre la peine de corriger les fautes! J'ai commencé à inscrire des notes sur les travaux qui ressemblent à ceci: 40 points copiés sur 48. Ou 42/48 dont 40 points copiés.
Ce n'est qu'un exemple, mais c'est ici pour beaucoup de mes groupes la seule façon qu'ils connaissent de faire de l'école. Ils viennent jaser, socialiser, s'absente aussi très souvent, ils attendent que l'amie fasse les travaux et, d'une manière des plus efficace, ils produisent finalement en retard leur ouvrage. Évidemment, à l'ère du respect du rythme de l'élève, on est un peu coincé et obligé de laisser souvent faire ce genre de chose.
J'ai aussi d'autres élèves ici qui attendent en espérant qu'on les oublie. Qui ne font tout simplement pas les travaux, ou qui promettent de les faire. On ne voit pratiquement jamais la couleur de leurs travaux. Ces jeunes ont compris que l'école fait des évaluations sommatives vers la fin des étapes et qu'ils arrivent toujours à tricher un peu et à se tirer avec des notes sur le bord de 60 et que les profs ont du mal à les sanctionner dans ces situations.
Pire, mes jeunes m'interrogent en examen pour que je leur explique la matière comme si c'était tout à fait normal. Et me font de gros yeux quand je leur dis que l'heure des explications est terminée, que j'évalue leurs apprentissages et non les miens que je sais valables! Il est sorti cette semaine dans une entrevue avec l'éducatrice que les élèves sont habitués à des profs qui leur payent souvent le café et qui leur donne des réponses en examen.
On part de loin. On atteint des sommets ici. L'année dernière, mes jeunes étaient fainéants, mais avec le petit système des travaux, qui tous comptent, consignés à faire au mur, ils s'étaient au moins mobilisés. Ici, depuis le début de l'année, j'en vois beaucoup afficher l'attitude cause-toujours-tu-m'intéresses quand je leur rappelle comment j'évalue. Il ne me crois pas. L'école, ici, a toujours été une récréation permanente ou une garderie scolaire à peine déguisée et moi, Jo Blo, sorti d'on ne sait où, je prétends vouloir changer cela!
Une session d'examens
Bref, manquant de temps pour faire mes évaluations dans les grilles horaires habituelles parce qu'on m'a sorti pour un comité pendant une semaine dans le cadre de mes fonctions à trois semaines de la fin d'étape, j'ai proposé à l'équipe avec une autre enseignante avec qui je suis de mèche de faire une session d'examens. J'ai dû l'organiser, mais on a pu la faire.
Résultat: franchement fascinant. Le directeur, n'en revenait pas cette semaine de voir ces jeunes aussi tranquilles en train de faire leurs examens. Certains jeunes aussi n'en revenaient pas. Le plus beau de l'affaire, c'est le prof qui prend des jeunes en cheminement particulier qui a fait aussi des examens et qui a battu des record d'assistance: les jeunes, ceux qui ne fonctionnent pas dans les classes régulières, voulaient faire leurs examens!
L'avantage d'une session commune d'examens en plus, c'est que les interventions des profs sont publiques si on a pris la précaution de mettre un surveillant qui n'est pas de la matière en classe. On contrecarre les excès de complaisance. Je me suis même permis d'influencer les collègues en leur donnant les petites formulent chocs qui me permettent de ne pas passer mon temps à niaiser avec les téteux: «Je veux pas savoir ce que je sais, je le sais déjà, mais ce que tu es capable de faire». J'appelle cela de la réalité-thérapie.
J'en ai travaillé un coup, avec mes 5 niveaux: 5 prétests de grammaire, 5 tests de grammaire, 5 cahiers de préparation de l'écriture, 5 documents pour la production écrite, 5 examens de lecture. En plus des sessions intensives de saisi de la sauce dans la semaine précédant les examens.
Mais, en corrigeant tout cela, je vois émerger la réalité claire, nette, incontestable. Je vois la jeune que je croyais douée, par exemple, n'être finalement que la bonne amie de l'autre élève vraiment douée. Les effets masquants sont découverts. Tel jeune que je déclarais être pas vraiment de niveau, l'est maintenant incontestablement. Quand un jeune se tape 25 % à l'examen de lecture, 26 % à l'écriture, on a de quoi faire un rapport de la situation.
Et le stress d'évaluation, et leur «faire vivre l'échec»
J'ai vu un cas sortir de l'école pour un problème de santé, mais c'était trop avant la semaine d'examens pour être directement relié, pour cette jeune fille maladive.
Pour les autres, j'aimerais parler de stress positif. Quand mes jeunes m'ont réclamé pour un cours où on m'avait retardé en raison d'une rencontre imprévue avec un parent, j'étais content de voir qu'enfin, l'approche de l'échéance faisait que plusieurs élèves s'inquiétaient de pouvoir avoir la dernière leçon ou répétition des notions clés avant les examens. Enfin, je les voyais mobilisés dans le bon sens.
Oui, ils sont anxieux de savoir s'ils ont «passé», mais quelle leçon de réalité!
Quant au faire vivre l'échec, je crois ici que pour beaucoup d'entre eux l'expérience de l'échec est une réalité à vivre urgemment. Parce qu'en ce moment, ils vivent sur une autre planète, ils sont dans le rêve, dans la prétention, dans l'intuition quelque part qu'ils sont en fait des faussaires, et dans l'absence de contrôle total sur leur apprentissage. Ils ne voit aucune relation entre leur travail et leurs résultats. Ils ont toujours été gavé de notes bonbons. Combien de fois, en les écoutant parler, je me surprends à m'inquiéter de leur absence de sens des réalité. Ils ne connaissent rien, mais font comme s'ils savaient tout.
Bref, j'ai mis mes jeunes devant la réalité, devant l'exigence. Et dans les semaines qui s'en viennent devant la réalité que le seuil minimal à l'école ne s'obtient pas en ne faisant rien. Que l'école est véritablement un endroit dédié à l'apprentissage.
Compassion n'est pas complaisance.
Je vois trop de monde compatir pour nos jeunes. Pauvres petits pits, ils manquent de modèles masculins. Ils ont des vies si difficiles. Non, nos jeunes souffrent de ne pas avoir une école sérieuse, exigeante, encadrante, qui met devant eux des défis réels, qui poussent au dépassement de la paresse naturelle, qui permet de développer ses habiletés, parce qu'on n'a pas le choix de le faire, pour se rendre compte un jour qu'on a réellement appris quelque chose et que ces acquis ont valu les efforts. Éduquer, c'est canaliser l'énergie des jeunes vers l'apprentissage de connaissances de base et pour cela, nous avons besoin de processus qui ne laissent pas fuir cette énergie trop facilement. On a perdu le sens formateur des épreuves.
Quand des profs compatissent au point d'en perdre tout professionnalisme et de travestir l'éducation, je m'inquiète pour nos jeunes et notre avenir collectif. N'importe qui peut acheter la paix avec des bonbons. Mais ce n'est pas notre rôle d'éducateur d'agir ainsi. Nous avons certainement à comprendre nos jeunes et à accepter leurs réactions, ce qu'ils sont, leurs difficultés, à les écouter, jusqu'à un certain point, mais cela ne veut dire en rien être complaisant.
Je m'entends moi-même souvent me plaindre quand le travail et les exigences d'une conduite professionnelle m'imposent de longues heures de boulot et que je ressens la fatigue accumulée. Cela ne veut pas dire que j'en ai trop, ni que je ne trouve pas ce que je fais important. Cela veut juste dire que j'ai besoin de prendre du repos. Ce ne sont pas les exigences qui sont le problème, c'est la gestion de mes énergies. Nos jeunes aussi ont besoin de faire ces apprentissages pour un jour mener à bien les entreprises qu'ils auront à cœur de faire réussir.
Ces dernières années, avec la réforme, qu'on traine toujours dans notre sillage, nos jeunes ont été habitués à la mollesse des évaluations. Nous sommes encore sous l'empire des grosses situations d'évaluation qui s'étirent sur deux semaines avec des tâches complexes à mener. Bref, au secondaire, BIM, la banque d'instrument de mesure bien connue, naguère florissante, ne produit plus grand chose d'exécutable dans un format d'examen. Les méthodes d'enseignement, dépendant qui les a choisies dans les années que vous n'étiez pas là, à la sauvette en mai, par on ne sait qui, quand il ou elle avait d'autres chats à fouetter, sont souvent navrantes aussi.
Le prof débordé a rarement le temps de faire de bons instruments pour vérifier les acquisitions de ses jeunes, mais surtout on a perdu l'art de mobiliser les troupes vers des objectifs d'examens. D'ailleurs, y a-t-il encore des sessions d'examens régulières? On s'épargne la complexité d'organiser la chose assez simplement de nos jours en oubliant tout le profit qu'on peut en tirer. Évidemment, les raisonnements tordus des hérauts de la réforme ont bien travaillé à saper notre capacité d'éduquer les jeunes en torpillant ces pratiques, comme tous les affreux instruments de «bourrages de crânes» du genre.
Néanmoins, je pose la question: comment évaluer les jeunes sans un format qui ne permet pas la triche ou les faux-fuyants? Ces dernières années, combien de fois je devais évaluer mes jeunes dans mes deux compétences fondamentales (lecture, écriture) en français sans vraiment avoir un espace significatif pour le faire. Quand les productions écrites s'étirent sur plus d'une semaine, de cours en cours, avec toutes les possibilités d'avoir un coup de pouce d'amis dans une atmosphère difficile à cadrer aussi longtemps avec le sérieux que cela requerrait, quand l'examen de lecture aussi s'étend sur plusieurs périodes, franchement, comment peut-on prétendre être sérieux en évaluation?
Une question de crédibilité
Comment nos jeunes peuvent-ils trouver crédible l'école qui leur permet aussi facilement de s'en tirer en ne foutant à peu près rien?
Peut-être vos jeunes ont-ils à voir avec ceux que j'ai devant moi cette année. Même si je suis dans un petit milieu, qui souffre d'être en région éloignée, qui a de la difficulté à recruter des profs qui vont rester, qui en trouve souvent mais avec un niveau d'éthique professionnel plutôt discutable, mes jeunes ressemblent à trop de jeunes que j'ai vus aussi dans les grandes et petites villes. J'ai beaucoup d'ados qui s'en foutent.
Les travaux clones
De jeunes habitués de ne rien faire, et quand je dis cela, je dis «rien» ou tout comme, et qui se contentent de copier les exercices demandés, les devoirs, à se faire faire des travaux par l'ami(e) qui a un peu de talent. On reçoit souvent des travaux qui ont le don de se ressembler. Dans mes classes très petites, ça devient assez frappant, je me suis amusé à noter dans la copie d'un élève de secondaire trois tout ce qu'il avait copié sur le travail des autres dans un travail de compréhension de texte en classe. Quand le jeune copie à la lettre aussi les fautes d'orthographe typiques des autres élèves qui ont vraiment fait le travail, il n'y a pas de doute. Le jeune ne sait probablement rien faire de lui-même. Il n'a, en tout cas, rien tiré de l'exercice. Je pouvais lui dire où il avait copié telle suite de numéros, puis sur qui il s'était «inspiré» pour ces autres numéros et, enfin, une fois établies ces sources providentielles, il ne restait que les numéros dont il m'avait tété les réponses. Sur les 5 élèves qui «avait fait le travail», deux l'avait vraiment fait, les 3 autres avait copié 80% de leurs réponses. Les réponses étaient clonées sans même prendre la peine de corriger les fautes! J'ai commencé à inscrire des notes sur les travaux qui ressemblent à ceci: 40 points copiés sur 48. Ou 42/48 dont 40 points copiés.
Ce n'est qu'un exemple, mais c'est ici pour beaucoup de mes groupes la seule façon qu'ils connaissent de faire de l'école. Ils viennent jaser, socialiser, s'absente aussi très souvent, ils attendent que l'amie fasse les travaux et, d'une manière des plus efficace, ils produisent finalement en retard leur ouvrage. Évidemment, à l'ère du respect du rythme de l'élève, on est un peu coincé et obligé de laisser souvent faire ce genre de chose.
J'ai aussi d'autres élèves ici qui attendent en espérant qu'on les oublie. Qui ne font tout simplement pas les travaux, ou qui promettent de les faire. On ne voit pratiquement jamais la couleur de leurs travaux. Ces jeunes ont compris que l'école fait des évaluations sommatives vers la fin des étapes et qu'ils arrivent toujours à tricher un peu et à se tirer avec des notes sur le bord de 60 et que les profs ont du mal à les sanctionner dans ces situations.
Pire, mes jeunes m'interrogent en examen pour que je leur explique la matière comme si c'était tout à fait normal. Et me font de gros yeux quand je leur dis que l'heure des explications est terminée, que j'évalue leurs apprentissages et non les miens que je sais valables! Il est sorti cette semaine dans une entrevue avec l'éducatrice que les élèves sont habitués à des profs qui leur payent souvent le café et qui leur donne des réponses en examen.
On part de loin. On atteint des sommets ici. L'année dernière, mes jeunes étaient fainéants, mais avec le petit système des travaux, qui tous comptent, consignés à faire au mur, ils s'étaient au moins mobilisés. Ici, depuis le début de l'année, j'en vois beaucoup afficher l'attitude cause-toujours-tu-m'intéresses quand je leur rappelle comment j'évalue. Il ne me crois pas. L'école, ici, a toujours été une récréation permanente ou une garderie scolaire à peine déguisée et moi, Jo Blo, sorti d'on ne sait où, je prétends vouloir changer cela!
Une session d'examens
Bref, manquant de temps pour faire mes évaluations dans les grilles horaires habituelles parce qu'on m'a sorti pour un comité pendant une semaine dans le cadre de mes fonctions à trois semaines de la fin d'étape, j'ai proposé à l'équipe avec une autre enseignante avec qui je suis de mèche de faire une session d'examens. J'ai dû l'organiser, mais on a pu la faire.
Résultat: franchement fascinant. Le directeur, n'en revenait pas cette semaine de voir ces jeunes aussi tranquilles en train de faire leurs examens. Certains jeunes aussi n'en revenaient pas. Le plus beau de l'affaire, c'est le prof qui prend des jeunes en cheminement particulier qui a fait aussi des examens et qui a battu des record d'assistance: les jeunes, ceux qui ne fonctionnent pas dans les classes régulières, voulaient faire leurs examens!
L'avantage d'une session commune d'examens en plus, c'est que les interventions des profs sont publiques si on a pris la précaution de mettre un surveillant qui n'est pas de la matière en classe. On contrecarre les excès de complaisance. Je me suis même permis d'influencer les collègues en leur donnant les petites formulent chocs qui me permettent de ne pas passer mon temps à niaiser avec les téteux: «Je veux pas savoir ce que je sais, je le sais déjà, mais ce que tu es capable de faire». J'appelle cela de la réalité-thérapie.
J'en ai travaillé un coup, avec mes 5 niveaux: 5 prétests de grammaire, 5 tests de grammaire, 5 cahiers de préparation de l'écriture, 5 documents pour la production écrite, 5 examens de lecture. En plus des sessions intensives de saisi de la sauce dans la semaine précédant les examens.
Mais, en corrigeant tout cela, je vois émerger la réalité claire, nette, incontestable. Je vois la jeune que je croyais douée, par exemple, n'être finalement que la bonne amie de l'autre élève vraiment douée. Les effets masquants sont découverts. Tel jeune que je déclarais être pas vraiment de niveau, l'est maintenant incontestablement. Quand un jeune se tape 25 % à l'examen de lecture, 26 % à l'écriture, on a de quoi faire un rapport de la situation.
Et le stress d'évaluation, et leur «faire vivre l'échec»
J'ai vu un cas sortir de l'école pour un problème de santé, mais c'était trop avant la semaine d'examens pour être directement relié, pour cette jeune fille maladive.
Pour les autres, j'aimerais parler de stress positif. Quand mes jeunes m'ont réclamé pour un cours où on m'avait retardé en raison d'une rencontre imprévue avec un parent, j'étais content de voir qu'enfin, l'approche de l'échéance faisait que plusieurs élèves s'inquiétaient de pouvoir avoir la dernière leçon ou répétition des notions clés avant les examens. Enfin, je les voyais mobilisés dans le bon sens.
Oui, ils sont anxieux de savoir s'ils ont «passé», mais quelle leçon de réalité!
Quant au faire vivre l'échec, je crois ici que pour beaucoup d'entre eux l'expérience de l'échec est une réalité à vivre urgemment. Parce qu'en ce moment, ils vivent sur une autre planète, ils sont dans le rêve, dans la prétention, dans l'intuition quelque part qu'ils sont en fait des faussaires, et dans l'absence de contrôle total sur leur apprentissage. Ils ne voit aucune relation entre leur travail et leurs résultats. Ils ont toujours été gavé de notes bonbons. Combien de fois, en les écoutant parler, je me surprends à m'inquiéter de leur absence de sens des réalité. Ils ne connaissent rien, mais font comme s'ils savaient tout.
Bref, j'ai mis mes jeunes devant la réalité, devant l'exigence. Et dans les semaines qui s'en viennent devant la réalité que le seuil minimal à l'école ne s'obtient pas en ne faisant rien. Que l'école est véritablement un endroit dédié à l'apprentissage.
Compassion n'est pas complaisance.
Je vois trop de monde compatir pour nos jeunes. Pauvres petits pits, ils manquent de modèles masculins. Ils ont des vies si difficiles. Non, nos jeunes souffrent de ne pas avoir une école sérieuse, exigeante, encadrante, qui met devant eux des défis réels, qui poussent au dépassement de la paresse naturelle, qui permet de développer ses habiletés, parce qu'on n'a pas le choix de le faire, pour se rendre compte un jour qu'on a réellement appris quelque chose et que ces acquis ont valu les efforts. Éduquer, c'est canaliser l'énergie des jeunes vers l'apprentissage de connaissances de base et pour cela, nous avons besoin de processus qui ne laissent pas fuir cette énergie trop facilement. On a perdu le sens formateur des épreuves.
Quand des profs compatissent au point d'en perdre tout professionnalisme et de travestir l'éducation, je m'inquiète pour nos jeunes et notre avenir collectif. N'importe qui peut acheter la paix avec des bonbons. Mais ce n'est pas notre rôle d'éducateur d'agir ainsi. Nous avons certainement à comprendre nos jeunes et à accepter leurs réactions, ce qu'ils sont, leurs difficultés, à les écouter, jusqu'à un certain point, mais cela ne veut dire en rien être complaisant.
Je m'entends moi-même souvent me plaindre quand le travail et les exigences d'une conduite professionnelle m'imposent de longues heures de boulot et que je ressens la fatigue accumulée. Cela ne veut pas dire que j'en ai trop, ni que je ne trouve pas ce que je fais important. Cela veut juste dire que j'ai besoin de prendre du repos. Ce ne sont pas les exigences qui sont le problème, c'est la gestion de mes énergies. Nos jeunes aussi ont besoin de faire ces apprentissages pour un jour mener à bien les entreprises qu'ils auront à cœur de faire réussir.
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