Je reviens à ce domaine depuis quelques mois et je vais d'étonnement en étonnement.
Je ne suis pas un expert de ces domaines, j'en conviens parfaitement. Mais bon, j'ai un parcours qui m'a fait voir et enseigner certains niveaux du programme de 1994 en maths et celui d'un élève qui autrefois a fait ses maths et sciences au début des années 80. J'étais doué pour ces matières. ET j'apprends toujours assez vite en ces domaines, même si je sens que l'art de maîtriser la distraction si vite arrivée dans un raisonnement mathématique revient trop doucement à mon goût! Je dois vieillir.
Enfin, une école m'a proposé le mandat de terminer une année déjà bien engagée dans un contexte où il leur était difficile de trouver une ressource peut-être plus expérimentée en ces domaines assez complexes. Bref, je fais de mon mieux et sans trop faire de gaffes majeures et, jusqu'à maintenant, je tiens le rythme effréné d'une telle adaptation pour rendre la marchandise à un niveau que je pense convenable.
J'entre dans le processus le plus délicat en ce moment: les révisions avec les élèves des notions de l'année, alors que je ne les ai pas accompagnés pour les deux tiers de l'année. Un vrai terrain miné avec les yeux bandés! Je ne connais pas les difficultés des élèves et les découvre au gré des exercices de révision. J'apprends souvent que tel aspect est vu depuis deux ans par les élèves et que cependant la maitrise est loin d'être acquise pour plusieurs. Les yeux médusés de certains élèves sur une question bête de résolution d'un système d'équation de premier degré à deux variables sur le quoi faire en pareille situation me laisse pantois, d'autant plus que ce système d'équation nu comme une évidence n'est même pas dissimulé derrière un énoncé écrit qu'il
faudrait formaliser ou traduire mathématiquement comme on en retrouve
dans les évaluations du MELS de 4e secondaire. Je suis assez dérouté, surtout que j'ai vu des jeunes de 3e secondaire faire des exercices sur les trois méthodes enseignées dès ce niveau à mon étonnement le plus complet, car j'ai bien connu le programme de 3e secondaire de 1994 pour l'avoir enseigné plusieurs années, je lui reprochais de ne pas assez faire faire de résolutions d'équation à une variable.
C'est qu'il y en a de la matière dans ce 3e secondaire. Tout y est presque, tellement qu'on a l'impression en ce qui concerne le profil CST du moins, je l'enseigne aux deux derniers niveaux, que l'ensemble est grosso modo une revue en y ajoutant quelques détails de cette 3e année du secondaire devenue costaude. Bon, OK, ils verront apparaitre la trigo, quelques autres joujoux de calculs en géométrie, quelques fonctions nouvelles. Pour le reste, c'est souvent une redite verbeuse de ce qui a été vu. En 5, le programme est si léger, qu'on a le temps de se permettre un bon mois de synthèse et de révision. La difficulté est ailleurs, dans l'application mathématique aux situations qui miment la vie réelle que les jeunes connaissent très peu ou d'un angle très limité qui est le leur.
En fait, ce programme est verbeux! On noie le poisson structurant des mathématiques dans la tentative de rendre les propriétés des choses palpables pour les jeunes. Et honnêtement, j'ai l'impression que ça foire pas mal comme stratégie. Tous les profs de maths me le disent: les jeunes ont du mal à cause de la langue. Pas juste de la langue, c'est trop verbeux point et facticement tournée vers des simulations d'applications à une vie réelle qui n'est pas celle des jeunes ni des vieux d'ailleurs!
Bref, les jeunes manquent d'exercices de ce qui constitue le noyau dur des apprentissages en math. J'en ai une qui confond encore en résolution d'équation simple la manière de gérer un coefficient de x de celle de gérer un terme constant à déplacer pour isoler la variable. On a tellement de temps à perdre à leur parler de concepts totons comme les propriétés des fonctions qu'on apprend mal à gérer la résolution d'équations. On leur fait avaler à ces imberbes de l'isolation de variable trois méthodes de résolution d'un système d'équations dès 3e secondaire avec toutes les considérations contextuelles: le plan cartésien, la table de valeur associée. Mais on ne s'arrête pas là: il en ajoute une couche avec les inéquations.
Bref, la 3e secondaire semble un programme assez surchargé où on aborde avec les élèves dans les manuels des détails que je vois disparaitre en 4e secondaire comme la relation inverse dans les nuages de points et même dans le répertoire des fonctions.
En sciences, j'observe aussi ce phénomène: on a élagué le cours de biologie traditionnel pour y faire bourgeonner les notions de chimie et de physique qui seront retravaillé en sec.4 et 5 et les termes de la science spectacle qu'on voit dans les médias. Je dois leur répéter les mantras de la variable indépendante, dépendante et des hypothèses à chaque lab pour une intégration assez nulle quand je constate régulièrement que la question à savoir s'ils ont vérifié leurs hypothèses mérite mon intervention. Un vocabulaire qu'on essaie de leur entrer depuis le primaire dans la tête et qui se rebelle à l'appréhension de l'appareil intellectuel en maturation. Non, il n'est pas là le gain du lab au plan pédagogique, mais dans cette occasion de redire simplement les notions théoriques que l'on enseigne avant, pendant et après le lab! À chaque fois que je leur parle de la vraie science des laboratoires de métier, la majorité d'entre eux n'y pigent que dalle malgré qu'on leur répète depuis tout jeune la méthode scientifique. Cette structure leur échappe. Elle n'est peut-être tout simplement pas exposée au bon moment dans le processus d'acquisition globale du savoir.
Bref,on a vraiment poussé très loin que la maitrise s'obtiendra par le processus en spirale où sans cesse on aborde de front un peu tout chaque année en y ajoutant chaque année quelques détails supplémentaires au lieu de passer le temps nécessaire sur moins de notions pour laisser une trace significative. Les jeunes que je côtoie, malheureusement, retiennent très peu ou sur un mode des plus friables les notions vues antérieurement pour, chaque année, replonger dans cette complexité sans limites.
Pourtant, il semble de plus en plus démontré que pour réussir un bon apprentissage, il faut se concentrer sur des noyaux durs, des notions-clés bien travaillées, qu'on ancre solidement dans une pratique répétée jusqu'au surapprentissage. Voilà ce que l'abondance prescrite des programmes qu'on nous somme de couvrir nous empêche de faire année après année. Et je ne parle même pas ici de cette pédagogie fortement prescrite que sur le terrain on se voit souvent contraint de repousser ou de limiter pour les besoins d'évaluation, faute de temps, qui consisterait à faire vivre aux élèves des situations d'apprentissage-évaluations (SAE) qui mobilisent toutes ces connaissances fragiles et diverses pour accomplir des tâches dites significatives.
Et dire qu'on taxe les approches qui s'appuient sur l'enseignement explicite de bourrage de crâne.
Pourtant avec peu bien maîtrisé, on peut même s'improviser prof de maths de nos jours. J'en suis la preuve chaque jour. Après trente ans, je n'ai jamais oublié comment on résout un système d'équations à deux variables. Je sais travailler avec une formule et l'appliquer à des situations variées. Je peux même me lancer dans un système à trois variables sans jamais avoir fait la chose en m'appuyant sur ce que je sais et en tâtonnant. Je peux comme hier avec mes élèves retrouver la règle concernant le fait que lorsqu'on résout des inéquations on doit faire attention de changer le sens de la comparaison (< ou >) quand on multiplie ou divise par un nombre négatif les membres de l'inéquation en observant quelques cas et en jonglant avec ce que je sais très bien. Eux ils n'étaient plus sûrs d'une notion pourtant vue et répétée pendant 3 ans, encore moins capables de la démontrer.
Une chose cependant me sépare d'eux, je n'ai pas fait leur école et j'ai une expérience de la vie autrement diversifiée. On en faisait certainement moins, mais on le faisait mieux.
À mon sens, la logique de faire des ponts constamment entre tous les savoirs sans s'assurer d'un minimum de solidité des acquisitions propres à chaque domaine est l'impasse la plus grave des programmes actuels.
La réforme est toujours vivante et ses effets tout aussi délétères, mais comme me le répète ce dernier titre de billet, chaque fois que je vais voir s'il y a du nouveau du côté de la phénoménologie masquée, on n'en parle plus. Et si elle a réussi, c'est bien sur ce point!
samedi 10 mai 2014
samedi 3 mai 2014
Mise à l'essai de la dyade coopérative comme moyen d'augmenter l'efficacité
Voilà un moment que les jeunes me réclament un changement de place.
Voilà aussi un moment que j'ai l'impression qu'il est difficile de rejoindre tous les jeunes pendant les exercices et que je constate que certains jeunes ne font presque rien. Je pense surtout à mes premières secondaires.
Bon, j'ai été sensibilisé à la variable intéressante du travail en dyade, surtout à l'étape de la pratique guidée de la séquence de l'enseignement explicite qui va du «modeling» à la pratique autonome en passant par la pratique guidée. Mais bon, s'y adonner dans une école qui privilégie les pupitres espacés en rangée pour isoler les élèves les uns des autres demande qu'on se décide à le faire! Bref, y allant toujours avec l'approche du changement de mes pratiques par petits pas que j'ai appris dans mon cours sur l'enseignement efficace à la Téluq l'an dernier et qui continue de m'inspirer 1 an après l'avoir complété, j'ai commencé à préparer ce changement de perspective dans mes classes de maths.
Ma collègue qui partage mon local ne veut pas que je laisse les pupitres en regroupement de deux, bref il faut compter sur le fait que je doive gérer une remise en ordre des pupitres au moins 6 fois par cycle X 2 si on compte le retour à la disposition en dyade à chaque fois.
Voilà aussi un moment que je prépare les élèves: je leur explique que les révisions arrivent et qu'ils seraient bons que je les regroupe en équipe de 2 pour qu'ils puissent s'entraider pour mieux réussir. Je leur ai expliqué que les bons élèves allaient en bénéficier autant que ceux qui ont plus de difficulté, car ils allaient devoir trouver des mots pour expliquer ce qu'ils comprennent à leur pair et que c'était un excellent exercice pour la mémoire et la compréhension. Je me donne en exemple, je suis devenu prof très probablement parce que j'ai passé une bonne partie de mes cours quand j'avais leur âge à donner un coup de main à d'autres élèves. J'ai insisté sur la valeur humaine de l'entraide, sur le fait que je n'arrive pas à aider tout le monde pendant un cours: là, quand je m'arrêterai pour expliquer, je vais le faire pour 2 élèves. Je vais multiplier par deux mon temps d'enseignement. La plupart sont fils d'ouvrier, je leur ai parlé de la valeur chère des ouvriers de s'entraider, de se donner des coups de main, etc.
Bref, les jeunes attendaient et même me réclamaient cette réorganisation. Je trouve que c'est très bien de faire désirer un changement par les jeunes!
Bref, malgré que le boulot me sorte souvent vraiment des oreilles ces temps-ci, j'ai pris le temps nécessaire de faire des équipes cette semaine. Je commence à connaitre les élèves et je me suis donc lancé mercredi dans cette expérience.
Constat: les élèves sont contents. À part un jeune, qui s'est retrouvé dans la seule équipe mixte et qui s'est mis à un peu me réclamer un changement, toutes les équipes se sont mises au travail dans un certain enthousiasme et, ma foi, déjà, après deux périodes, je constate des résultats assez incroyables. Par exemple, j'ai deux jeunes décrochés complètement qui m'ont rendu avec un niveau impeccable l'exercice sur les trois transformations géométriques à réaliser que j'ai demandé dans la dernière période de la semaine. J'ai questionné un d'eux sur ce qu'il avait fait et il a été capable de verbaliser les étapes qu'ils avaient suivies dans les deux transformations qu'ils avaient ratées lors du petit contrôle que j'ai fait faire en début de semaine. Franchement, ça, c'est un résultat quand on connait ce jeune un peu. Les deux élèves ont mentionné que leur confrère leur avait donné un coup de main.
Et pour les bureaux j'obtiens facilement la coopération des jeunes. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, un groupe a remis les bureaux en place sans que j'aie à leur demander alors que je n'avais que mentionné en début de cours qu'il faudrait le faire à la fin de la période.
Il existe des moyens de faire plus facilement impact, pourquoi s'en priver?
Voilà aussi un moment que j'ai l'impression qu'il est difficile de rejoindre tous les jeunes pendant les exercices et que je constate que certains jeunes ne font presque rien. Je pense surtout à mes premières secondaires.
Bon, j'ai été sensibilisé à la variable intéressante du travail en dyade, surtout à l'étape de la pratique guidée de la séquence de l'enseignement explicite qui va du «modeling» à la pratique autonome en passant par la pratique guidée. Mais bon, s'y adonner dans une école qui privilégie les pupitres espacés en rangée pour isoler les élèves les uns des autres demande qu'on se décide à le faire! Bref, y allant toujours avec l'approche du changement de mes pratiques par petits pas que j'ai appris dans mon cours sur l'enseignement efficace à la Téluq l'an dernier et qui continue de m'inspirer 1 an après l'avoir complété, j'ai commencé à préparer ce changement de perspective dans mes classes de maths.
Ma collègue qui partage mon local ne veut pas que je laisse les pupitres en regroupement de deux, bref il faut compter sur le fait que je doive gérer une remise en ordre des pupitres au moins 6 fois par cycle X 2 si on compte le retour à la disposition en dyade à chaque fois.
Voilà aussi un moment que je prépare les élèves: je leur explique que les révisions arrivent et qu'ils seraient bons que je les regroupe en équipe de 2 pour qu'ils puissent s'entraider pour mieux réussir. Je leur ai expliqué que les bons élèves allaient en bénéficier autant que ceux qui ont plus de difficulté, car ils allaient devoir trouver des mots pour expliquer ce qu'ils comprennent à leur pair et que c'était un excellent exercice pour la mémoire et la compréhension. Je me donne en exemple, je suis devenu prof très probablement parce que j'ai passé une bonne partie de mes cours quand j'avais leur âge à donner un coup de main à d'autres élèves. J'ai insisté sur la valeur humaine de l'entraide, sur le fait que je n'arrive pas à aider tout le monde pendant un cours: là, quand je m'arrêterai pour expliquer, je vais le faire pour 2 élèves. Je vais multiplier par deux mon temps d'enseignement. La plupart sont fils d'ouvrier, je leur ai parlé de la valeur chère des ouvriers de s'entraider, de se donner des coups de main, etc.
Bref, les jeunes attendaient et même me réclamaient cette réorganisation. Je trouve que c'est très bien de faire désirer un changement par les jeunes!
Bref, malgré que le boulot me sorte souvent vraiment des oreilles ces temps-ci, j'ai pris le temps nécessaire de faire des équipes cette semaine. Je commence à connaitre les élèves et je me suis donc lancé mercredi dans cette expérience.
Constat: les élèves sont contents. À part un jeune, qui s'est retrouvé dans la seule équipe mixte et qui s'est mis à un peu me réclamer un changement, toutes les équipes se sont mises au travail dans un certain enthousiasme et, ma foi, déjà, après deux périodes, je constate des résultats assez incroyables. Par exemple, j'ai deux jeunes décrochés complètement qui m'ont rendu avec un niveau impeccable l'exercice sur les trois transformations géométriques à réaliser que j'ai demandé dans la dernière période de la semaine. J'ai questionné un d'eux sur ce qu'il avait fait et il a été capable de verbaliser les étapes qu'ils avaient suivies dans les deux transformations qu'ils avaient ratées lors du petit contrôle que j'ai fait faire en début de semaine. Franchement, ça, c'est un résultat quand on connait ce jeune un peu. Les deux élèves ont mentionné que leur confrère leur avait donné un coup de main.
Et pour les bureaux j'obtiens facilement la coopération des jeunes. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, un groupe a remis les bureaux en place sans que j'aie à leur demander alors que je n'avais que mentionné en début de cours qu'il faudrait le faire à la fin de la période.
Il existe des moyens de faire plus facilement impact, pourquoi s'en priver?
mercredi 30 avril 2014
samedi 26 avril 2014
Le tableau noir, ça relaxe!
Depuis quelque temps, je reprends plus souvent la craie. Le projecteur de ma classe de maths fait des siennes et plante toutes les 10 minutes ou moins, fait que... J'ai demandé qu'on voie au problème, mais bon ici l'équipe technique passe quand elle passe! La semaine prochaine probablement.
Il y a un côté relaxant dans cette situation. L'air de rien, la mise en forme des documents de travail pour le TBI consomme ici et là bien du temps d'attention régulièrement. Numériser à la hâte, capturer des parties d'écran, transformer en PDF, importer les PDF, ouvrir les documents, aller les chercher dans l'ordi. Fermer, enregistrer, gérer les documents, on en met du temps là-dedans.
Pendant l'exposition, je trébuche toujours sur cette alternance entre le crayon et l'efface après plus de 2 ans avec cette machine. Régler la grandeur des documents, les centrer, c'est toute une gymnastique. Ça, c'est quand il n'y pas de soucis techniques: le crayon qui se met à ne plus vouloir répondre pour une obscure raison de temps en temps. Pogner la craie pour continuer au tableau noir et ne pas perdre l'attention des jeunes...
La technologie, c'est tout un monde de détails à gérer, qui l'air de rien consomme un surplus de glucose pour l'activité neuronale du prof!
Bref, on arrive aussi à faire la job sans tout ce patatlan avec un tableau noir, une bonne vieille craie et la brosse à effacer, et ses doigts si elle est trop loin. Je rentre les vêtements un peu plus blancs et poussiéreux, mais bon, le ciboulot peut-être un peu moins lessivé aussi. Ce n'est pas rien.
Il y a un côté relaxant dans cette situation. L'air de rien, la mise en forme des documents de travail pour le TBI consomme ici et là bien du temps d'attention régulièrement. Numériser à la hâte, capturer des parties d'écran, transformer en PDF, importer les PDF, ouvrir les documents, aller les chercher dans l'ordi. Fermer, enregistrer, gérer les documents, on en met du temps là-dedans.
Pendant l'exposition, je trébuche toujours sur cette alternance entre le crayon et l'efface après plus de 2 ans avec cette machine. Régler la grandeur des documents, les centrer, c'est toute une gymnastique. Ça, c'est quand il n'y pas de soucis techniques: le crayon qui se met à ne plus vouloir répondre pour une obscure raison de temps en temps. Pogner la craie pour continuer au tableau noir et ne pas perdre l'attention des jeunes...
La technologie, c'est tout un monde de détails à gérer, qui l'air de rien consomme un surplus de glucose pour l'activité neuronale du prof!
Bref, on arrive aussi à faire la job sans tout ce patatlan avec un tableau noir, une bonne vieille craie et la brosse à effacer, et ses doigts si elle est trop loin. Je rentre les vêtements un peu plus blancs et poussiéreux, mais bon, le ciboulot peut-être un peu moins lessivé aussi. Ce n'est pas rien.
samedi 19 avril 2014
Du droit de chialer
Droit de vote, liberté d'expression et pourquoi voter ne change pas grand chose de toute façon.
Aux dernières élections, j'ai été intrigué par cette étrange association que les médias ont bien souligné à coup d'échos populaires. On voyait des gens répéter en écho, quand tu votes, tu as le droit de chialer, et si tu ne votes pas, tu n'as pas le droit de chialer: «Je vais voter pour avoir le droit de chialer!»
Ça sentait l'endoctrinement stupide et irréfléchi qu'on peut avoir quand on ne s'arrête pas 5 secondes à penser à ce qu'on dit. En effet, voter à une élection et exprimer son point de vue citoyen sont deux actes indépendants qui réfèrent à deux principes: le droit de vote en démocratie et à la liberté d'expression en démocratie. Il y avait tout sorte de très bonnes raisons de ne pas voter aux dernières élections.
Ce qui est plus étonnant, c'est de voir l'effet de persistance de cette idée, je lisais Patrick Lagacé qui s'indigne sur son blogue de l'affaire du cabinet de la ministre Nathalie Normandeau. Dans le fil des commentaires encore cette idée d'ânes bien gavés qui répètent que Patrick devrait se la fermer, car il n'a pas voté.
Mais bon, ce qui est encore plus insidieux dans l'affaire, c'est de nous préparer à voir l'avenir de manière fataliste où notre seul rôle sera de chialer. Et en fait, de nous l'enlever si on ne vote pas. Alors que, il me semble, on devrait chialer lorsque les conditions de vie sont à ce point insupportables ou inacceptables qu'il faille bien communiquer que quelque chose doit changer.
Mais bon, comme je disais à un collègue, je suis allé surtout voter contre la corruption avérée, systématique, du parti libéral que pour un parti en particulier. Pour le reste, c'est plutôt Blanc Bonnet et Bonnet Blanc. La marge de manoeuvre pour transformer nos sociétés et ce qui ne va plus est assez limitée et depuis longtemps. De toute façon, les partisans du statu quo bourrés de frics s'attèlent sans relâche à maintenir l'état des choses.
Tant qu'on n'aura pas trouvé la façon de régler quelques contradictions de société, on va se mordre la queue encore longtemps.
1-Tant qu'on n'aura pas trouvé moyen de lier un peu plus les grandes entreprises aux collectivités qui leur ont permis de croitre, tant que les moyens de productions et les organisations créatrices de richesses resteront des électrons libres au service des investisseurs, je ne vois pas comment on pourra maintenir des acquis d'avant les facilités de communications et de transports modernes qui permettent la mondialisation. Tant que des Bombardier vont finalement produire dans d'autres pays, je ne vois pas comment on peut s'en sortir.
On a vécu dans l'illumination aveuglante du crédit qui a pelleté ce problème par en avant pendant pas loin de 20 ans, qui a rattrapé le monde il y a quelques années. Je ne sais pas ce qu'on va trouver comme rechange à la désindustrialisation des pays industrialisés. Bref, nous vivons dans une anémie croissante.
2- De plus en plus, tout ce que font les hommes peut être fait par des machines. Notre moyen légitime et humain de faire sens dans la collectivité en travaillant, en faisant sa part, qui est aussi le moyen d'avoir sa part de gâteau pour vivre, ses moyens de subsistance, est donc de plus en plus partout remis en question par cette réalité toujours grandissante. On parle même que des professions assez complexes comme la mienne, celle d'enseignant, sera bientôt menacé par les technologies. On la répartira comment ensuite la richesse? Comment l'humain à venir donnera-t-il son sens d'humain qui contribue à sa communauté? C'est évidemment déjà une question très actuelle pour beaucoup de nos concitoyens.
3- Dans ce contexte, je ne vois pas non plus comment on pourra maintenir une invention récente de l'histoire, celle de collectivement donner des années d'aisance financière à nos ainés. Ces masses d'argent devenus pompes à richesse en compétition avec le labeur des jeunes parce que ces immenses fonds qui permettent cette réalité sont maintenant du côté des investisseurs capitalistes. En plus, ces fonds se cassent de plus en plus la gueule dans un monde financier incertains qui a fait tous les excès concevables pour permettre à des requins de mettre la main sur le fric des autres. Qui va payer ces retraites, dorées ou non, le travailleur ou la machine qui lui prend son job et son sens? Celui qui travaillent toujours et à qui déjà on dégrève pas loin de la moitié de son salaire en plus de payer 15% de taxe pour le moment sur les produits qu'ils consomment.
4- On pourrait ajouter quelques problèmes insolubles en sus: comment maintenir les écosystèmes en santé pour l'avenir? Comment gérer les flots d'immigrations de tout le chaos planétaire engendrés par les électrons libres en exploitation avec vision à cours terme de profit et le manque de moyen d'organiser des structures de survie collective viable un peu partout sur la planète? Comment maintenir la cohésion des sociétés dans cette «babélisation» des collectivités qui se perdent dans des débats insolubles comme cette difficulté d'accepter l'étalage de sa croyance religieuse dans un pays qui a fait le choix collectif de se laïciser, qui a rejeté le joug de la religion.
Enfin, je ne nous vois pas souvent envisager ces problèmes de taille vers des visions de résolutions viables. Et malgré tout ça, pour beaucoup, nous sommes encore dans un pays où il semble faire bon vivre. Par exemple, je remplace un collègue qui est parti s'occuper de son nouveau fils pendant un an avec son congé parental payé par les cotisations collectives. Je ne peux que constater dans mon environnement une certaine insouciance qui fait que nous avons de nos jours murs à murs nos petits et divertissants objets gadgets qui se reflètent partout dans nos médias pour nous divertir de tout ce qui ne va pas.
Au fond, même si j'ai voté, je n'ai pas trop de droit de chialer en comparaison d'une population toujours grandissante de gens qui sont exclus de la possibilité de participer et d'obtenir des revenus décents. J'ai cependant pas mal de raisons de m'inquiéter d'un avenir qui ne pourra maintenir sans qu'on s'attaque sérieusement à ces contradictions de système.
Bon, je m'en sors peut-être aussi parce que je maintiens comme beaucoup de mes ancêtres un mouvement dans ma vie, ce qui semble s'oublier chez plusieurs de mes contemporains avec le modèle du citoyen immobilier: il a souvent fallu bouger pour aller trouver où l'on pouvait se rendre utile. Mais cette voie sera possible pour encore combien de temps?
Enfin, il semble qu'on voulait vraiment chialer en allant voter pour les Libéraux!
Et ben qu'on chiale!
Aux dernières élections, j'ai été intrigué par cette étrange association que les médias ont bien souligné à coup d'échos populaires. On voyait des gens répéter en écho, quand tu votes, tu as le droit de chialer, et si tu ne votes pas, tu n'as pas le droit de chialer: «Je vais voter pour avoir le droit de chialer!»
Ça sentait l'endoctrinement stupide et irréfléchi qu'on peut avoir quand on ne s'arrête pas 5 secondes à penser à ce qu'on dit. En effet, voter à une élection et exprimer son point de vue citoyen sont deux actes indépendants qui réfèrent à deux principes: le droit de vote en démocratie et à la liberté d'expression en démocratie. Il y avait tout sorte de très bonnes raisons de ne pas voter aux dernières élections.
Ce qui est plus étonnant, c'est de voir l'effet de persistance de cette idée, je lisais Patrick Lagacé qui s'indigne sur son blogue de l'affaire du cabinet de la ministre Nathalie Normandeau. Dans le fil des commentaires encore cette idée d'ânes bien gavés qui répètent que Patrick devrait se la fermer, car il n'a pas voté.
Mais bon, ce qui est encore plus insidieux dans l'affaire, c'est de nous préparer à voir l'avenir de manière fataliste où notre seul rôle sera de chialer. Et en fait, de nous l'enlever si on ne vote pas. Alors que, il me semble, on devrait chialer lorsque les conditions de vie sont à ce point insupportables ou inacceptables qu'il faille bien communiquer que quelque chose doit changer.
Mais bon, comme je disais à un collègue, je suis allé surtout voter contre la corruption avérée, systématique, du parti libéral que pour un parti en particulier. Pour le reste, c'est plutôt Blanc Bonnet et Bonnet Blanc. La marge de manoeuvre pour transformer nos sociétés et ce qui ne va plus est assez limitée et depuis longtemps. De toute façon, les partisans du statu quo bourrés de frics s'attèlent sans relâche à maintenir l'état des choses.
Tant qu'on n'aura pas trouvé la façon de régler quelques contradictions de société, on va se mordre la queue encore longtemps.
1-Tant qu'on n'aura pas trouvé moyen de lier un peu plus les grandes entreprises aux collectivités qui leur ont permis de croitre, tant que les moyens de productions et les organisations créatrices de richesses resteront des électrons libres au service des investisseurs, je ne vois pas comment on pourra maintenir des acquis d'avant les facilités de communications et de transports modernes qui permettent la mondialisation. Tant que des Bombardier vont finalement produire dans d'autres pays, je ne vois pas comment on peut s'en sortir.
On a vécu dans l'illumination aveuglante du crédit qui a pelleté ce problème par en avant pendant pas loin de 20 ans, qui a rattrapé le monde il y a quelques années. Je ne sais pas ce qu'on va trouver comme rechange à la désindustrialisation des pays industrialisés. Bref, nous vivons dans une anémie croissante.
2- De plus en plus, tout ce que font les hommes peut être fait par des machines. Notre moyen légitime et humain de faire sens dans la collectivité en travaillant, en faisant sa part, qui est aussi le moyen d'avoir sa part de gâteau pour vivre, ses moyens de subsistance, est donc de plus en plus partout remis en question par cette réalité toujours grandissante. On parle même que des professions assez complexes comme la mienne, celle d'enseignant, sera bientôt menacé par les technologies. On la répartira comment ensuite la richesse? Comment l'humain à venir donnera-t-il son sens d'humain qui contribue à sa communauté? C'est évidemment déjà une question très actuelle pour beaucoup de nos concitoyens.
3- Dans ce contexte, je ne vois pas non plus comment on pourra maintenir une invention récente de l'histoire, celle de collectivement donner des années d'aisance financière à nos ainés. Ces masses d'argent devenus pompes à richesse en compétition avec le labeur des jeunes parce que ces immenses fonds qui permettent cette réalité sont maintenant du côté des investisseurs capitalistes. En plus, ces fonds se cassent de plus en plus la gueule dans un monde financier incertains qui a fait tous les excès concevables pour permettre à des requins de mettre la main sur le fric des autres. Qui va payer ces retraites, dorées ou non, le travailleur ou la machine qui lui prend son job et son sens? Celui qui travaillent toujours et à qui déjà on dégrève pas loin de la moitié de son salaire en plus de payer 15% de taxe pour le moment sur les produits qu'ils consomment.
4- On pourrait ajouter quelques problèmes insolubles en sus: comment maintenir les écosystèmes en santé pour l'avenir? Comment gérer les flots d'immigrations de tout le chaos planétaire engendrés par les électrons libres en exploitation avec vision à cours terme de profit et le manque de moyen d'organiser des structures de survie collective viable un peu partout sur la planète? Comment maintenir la cohésion des sociétés dans cette «babélisation» des collectivités qui se perdent dans des débats insolubles comme cette difficulté d'accepter l'étalage de sa croyance religieuse dans un pays qui a fait le choix collectif de se laïciser, qui a rejeté le joug de la religion.
Enfin, je ne nous vois pas souvent envisager ces problèmes de taille vers des visions de résolutions viables. Et malgré tout ça, pour beaucoup, nous sommes encore dans un pays où il semble faire bon vivre. Par exemple, je remplace un collègue qui est parti s'occuper de son nouveau fils pendant un an avec son congé parental payé par les cotisations collectives. Je ne peux que constater dans mon environnement une certaine insouciance qui fait que nous avons de nos jours murs à murs nos petits et divertissants objets gadgets qui se reflètent partout dans nos médias pour nous divertir de tout ce qui ne va pas.
Au fond, même si j'ai voté, je n'ai pas trop de droit de chialer en comparaison d'une population toujours grandissante de gens qui sont exclus de la possibilité de participer et d'obtenir des revenus décents. J'ai cependant pas mal de raisons de m'inquiéter d'un avenir qui ne pourra maintenir sans qu'on s'attaque sérieusement à ces contradictions de système.
Bon, je m'en sors peut-être aussi parce que je maintiens comme beaucoup de mes ancêtres un mouvement dans ma vie, ce qui semble s'oublier chez plusieurs de mes contemporains avec le modèle du citoyen immobilier: il a souvent fallu bouger pour aller trouver où l'on pouvait se rendre utile. Mais cette voie sera possible pour encore combien de temps?
Enfin, il semble qu'on voulait vraiment chialer en allant voter pour les Libéraux!
Et ben qu'on chiale!
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