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mercredi 9 décembre 2009

La rencontre malheureuse de deux mondes

Préambule: j'utilise l'occasion d'un échange commencé chez Missmath et poursuivi dans les commentaires de l'entrée précédente, pour développer la thèse que la réforme peut être vu comme une rencontre malheureuse entre le monde de l'adaptation scolaire et celui de l'enseignement régulier. Même si nos penseurs de la réforme aime à nous dire que l'intégration des élèves en difficultés en classe ordinaire et la réforme sont deux choses. Quand on regarde l'esprit, les outils, les concepts et les questionnements du monde de l'adaptation scolaire entrer dans le monde de l'enseignement régulier qui a une longue tradition, on ne peut pas ne pas voir un lien fort. Bon, j'explique ici de mon point de vue la réforme du Québec à des Français.

Bonjour Chloé,

Désolé, j’espère que tu (sans hum!) te remets de ta grippe, ne prends pas trop personnellement mes exposés. Dans ton témoignage, j’ai repris des thèmes qui me semblent importants de travailler, de développer, de réfléchir collectivement par ici. Dans ces dialogues avec les protagonistes de la toile naît ou se déploie une pensée qui de plus en plus s’articule. Je comprends que nous ne menons pas le même combat. Je connais très bien la situation de l'enseignement adapté pour y avoir travaillé des années dans une école spécialisée pour des élèves en difficulté d'apprentissage au secondaire. J’y suis encore dans un autre contexte . Mais bon, j’ai fait mon chemin de croix dans l’enseignement régulier aussi et franchement, ce que j’y ai vu, entendu et vécu m’a profondément déconcerté. Enfin, je ne saisis que fort partiellement le monde de l’éducation en France. Vous semblez aussi être aux prises avec des approches tout à fait similaires à ici inspirés de la psychologie cognitive des années 70 et 80 et aussi par le globalisme, une curieuse orientation pédagogique à mon sens qui viendrait des Américains, mais probablement trouve ses origines dans la Gestalt allemande du début du siècle dernier. Enfin, c’est l’influence de tout le développement des sciences humaines récent dans l’histoire qui a pris davantage de place depuis 50 ans dans nos vies à de multiples niveaux dans un contexte de mondialisation et d’informatisation de nos sociétés. Nous sommes tous dans cet effet de champ!

Tout en essayant de décrire l’atmosphère et les grandes lignes de la réforme au Québec, je vais développer l’idée ici (que ton commentaire m’a rappelé) que cette réforme a essayé d’intégrer des concepts essentiellement issus des questionnements dans le monde de l’adaptation scolaire a un enseignement de masse. Cette voie se heurte à la réalité dans la mesure où les conditions d’enseignement, les ratios en enseignement régulier ne permettent pas une stratégie globale et effective orientée vers l’individualisation de l’enseignement.

En gros, pour moi, c'est la réforme au Québec qui a court depuis l’an 2000 et l'imposition d'un modèle unique à toute la formation de base du primaire et du secondaire (collège et une partie de votre lycée pour l'équivalence) qui ne vont pas du tout. Le modèle prône une approche de fondement socio-constructiviste qui prétend que le jeune construit par confrontation de points de vue ses connaissances, ce qui est pour moi accessoire et erronée dans l'acquisition des savoirs de base qui demandent une construction fort guidée des apprentissages pour atteindre de la consistance. On nous a dépeints comme de simples facilitateurs, accompagnateurs ou animateurs pédagogiques, tout en nous donnant du professionnel quand on est réforme et du technicien sans envergure de l’éducation quand on est trop traditionnel et qu'on se plaint de l'inconsistance des manuels autorisés. On a bouleversé nos habitudes pour rentrer de force une idéologie non validée par des expériences sérieuses sans discussion dans une atmosphère digne du sectarisme à la manière des communistes en profitant du renouvellement du corps enseignant qui a pris massivement ses retraites depuis la demi de la décennie précédente. Depuis dix ans, on subit des formations patentées qui sont surtout des endoctrinements menés par des hurluberlus et des jeunes qui assistent à leur fantaisie et reviennent en bon jésuite répandre la bonne nouvelle dans leur milieu. Je caricaturise mais à peine!

On prône une pédagogie de projets, des approches inductives (par découvertes) dans des contextes signifiants et on a empêché l'évaluation d'objectifs précis tout au long des apprentissages au profit d'évaluation globale en situation d'exercices de compétences complexes. Bref, on évalue l'impossible compétence depuis une décennie. Cette approche par compétence qui se veut interdisciplinaire nous en a fait voir de toutes les couleurs dans une atmosphère d’improvisation que subit le corps enseignant d’ici depuis trop d’années. Sa santé est d’ailleurs en péril et nombreux sont ceux qui tentent de se recycler dans d’autres domaines tant la vie de l’enseignant est devenue périlleuse et stressante pour qui tente honnêtement de bien faire son job tout en restant intègre et entier. Il est difficile de décrire sommairement cette réforme et sa pensée qui est un «patchwork» d’un ensemble de concepts approximatifs développés par divers penseurs et chercheurs des sciences humaines liées à l’éducation qu’on a fixé dans une sauce prématurément et qu'on a décrété en vrac avancée de la science pour mieux nous l’enfoncer.


Enfin, point capital, on a imposé une démarche devant favoriser le développement de l’esprit d’équipe des jeunes et d’habiletés sociales diverses et dans une certaine liberté de l’élève dans sa démarche dans le cadre de la pédagogie de projet sans revoir une seule seconde les ratios. Nous devons gérer au secondaire toujours des groupes de plus de 30 élèves, format pensé dans une école traditionnelle à une époque où l’expressivité des jeunes n’était pas ce qu’elle est devenue. On nous a demandé de différencier notre pratique, de prendre chaque élève et de le mener là où il pouvait aller tout en maintenant avec un flou artistique une certaine structure de programme avec des objectifs communs à atteindre tout en rendant l'évaluation subjective pour mieux contrer sa force. On a mis en place des concepts du monde de l’enseignement adapté dans la tête d’enseignants réguliers qui gèrent des volumes d’élèves trop grands au secondaire pour vraiment entrer dans cette individuation de l’enseignement en ne s’y perdant pas.

Quand nos syndicats ont accepté en 2004-2005 le principe de cette réforme lors des dernières négociations dans une entente globale qui gagnait d’autres combats sans rapport avec cette réforme, un grand nombre d’enseignants se sont vraiment sentis trahis… Le problème de fond est que nous n’évoluons pas dans des ratios permettant ce genre d’angle de travail sans sombrer dans un certain chaos. Déjà en 96, dans un cours en adaptation scolaire que je suivais l’époque, on affirmait que des superprofs capables d’intégrer des élèves en difficulté et d’individualiser l’enseignement en classe normale étaient l’avenir. Je sentais déjà à l’époque que si on pouvait dire de telles inepties dans une université à des profs ou futurs profs dociles, les choses allaient tourner mal pour le monde de l’enseignement adapté et aussi pour celui du régulier…

En soi, aucune de ces approches pédagogiques nouvelles n'est mauvaise et en des temps propices et dans des conditions qui le demandent, elles ont toutes leurs pertinences. Le problème, c'est l'imposition de ces approches murs à murs à des enfants de tout âge et la condamnation de toutes les approches traditionnelles, allant jusqu'à condamner l'enseignement trop systématique, la mémorisation ou l'utilisation de manuels ou méthodes trop traditionnelles. Enfin, le déni des limites de l’enseignement individualisé et de la nature déstructurée des projets dans des conditions de travail toujours semblables à celui des classes traditionnelles. On demande aux profs de tout inventer dans une classe pensée au moyen âge sans fournir de fonds vraiment, sans se donner des conditions humaines de réalisations.

Cette situation a créé dans le milieu une sorte de guerre de tranchée où finalement pour avoir de beaux postes et les faveurs des directions, il faut faire et affirmer la réforme, cette idéologie enfermée dans des dogmes indiscutables et formules lapidaires envers les critiques répétées avec la conviction d’élus de Dieu ou on se fait en douce reléguer aux tâches moins intéressantes ou carrément exclure dans le cas des enseignants à statut précaire quand on manque d’enthousiasme (Ici, on n'a pas l’éducation nationale où on a la permanence garantie tout de suite un coup les concours assurés. Ici les limbes qui mènent à la permanence ne sont pas toujours commodes à négocier, même en temps de pénurie d’enseignants. Il est de toute façon devenu tellement facile d’engager n’importe qui pour un prix nettement avantageux pour le gouvernement... Nos syndicats enseignants n’ont pas la force de leurs égaux en France). Le libéralisme (moins d’état, moins de ce qui entrave la libre entreprise qui va s’occuper du social) en Amérique a une vigueur, nous sommes tous des enfumés, que le Sarcozisme envie sûrement… Je peux comprendre la France d’en avoir marre parfois de sa gauche, ici on en voudrait une plus vigoureuse.

De ce côté-ci de l'Atlantique, la plupart des gens qui se montrent fort critiques face à la réforme doivent pour ne pas subir de représailles fermer leur gueule et endurer et jouer un enthousiasme forcé. On a vu plein de postes de chefs d'équipe être donnés à des jeunes aux compétences fort discutables en terme de maîtrise des matières qui font la morale aux profs expérimentés ou dénoncent aux patrons les récalcitrants. Pour ces gens la réforme est une évidence et ses pratiques vont de soi. On ne veut pas savoir nos difficultés, on nous veut en mode solution. Or, rien ne va de soi, c’est tout à fait contraire à ce qu’on vit dans nos classes : rien de ce discours n’est évident. On est en pleine schizophrénie étatique. Les universités ont bien fait leur job d’endoctrinement. Bref, avec son armée de jeunes ambitieux, tels des jeunesses hitlériennes ou des militants de parti communiste, la recette des organisations totalitaires ou sectaires n’est pas neuve, cette réforme a fermé la discussion pédagogique et nous sommes nombreux à la subir.

Les résultats de cette aventure inconcevable sont de l'avis de tous assez catastrophiques. Les élèves sont d'année en année de moins en moins solides dans leurs préalables et la situation devient périlleuse tant on commence à manquer d'idées pour colmater les brèches abyssales qu'ont occasionné ces approches réductrices et inconsistantes...

Nous sommes toujours sous le joug de cette idéologie de l'éducation même si le gouvernement commence à se sentir concerné par les dérives de la réforme. On le sent jongler avec la patate chaude de plus en plus. Mais rien ne change beaucoup, même si on commence à parler de réévaluer des connaissances dans les bulletins sans nous dégager des ésotériques évaluations de compétences.

Bref, personnellement, j'essaie de réfléchir cette situation catastrophique en essayant de démonter l’illusion de ce discours et en essayant aussi de transmettre des connaissances que ma formation en psychologie m'a données. Pour moi, tous ces concepts de la recherche psychologie cognitive ont trouvé une place dans cette réforme, mais en en détournant la nature et en généralisant à outrance ses applications.

Je veux bien qu'on varie les pédagogies, mais bon j'observe qu'on retient tout de même ce qu'on pratique souvent, autrement on ne fait qu'occuper avec apparence d'apprentissage. La notion de show d’éducation ici rend compte de toute une manière ostentatoire de jouer les profs plein de projets. Mais on continue, et ça empire d’année en années, de recevoir des élèves qui n’ont pas une capacité d’apprendre développée et qui ne maitrisent pas un minimum les préalables nécessaires à une formation au secondaire. On continue de nous proscrire certains vocabulaires traditionnels en grammaire par exemple. Je ne me lance pas ici dans le délire de la nouvelle grammaire, on n’en sortirait pas…

L'approche, pour moi, pour les élèves en difficulté que j'ai vu faire ses preuves n'est pas la pédagogie de projet, mais le ciblage d’ objectifs stratégiques qu'on travaillera sans relâche en développant des stratégies avec l’élève en individuel avec un encadrement serré pour endiguer les faux-fuyants nombreux des élèves en difficulté. Je comprends très bien la difficulté de vivre l'échec de ces jeunes, mais ce n'est pas en leur faisant croire qu'ils réussissent dans des apprentissages sans consistance qu'on y parvient. Non, c’est en leur faisant réussir enfin sur le terrain de leurs échecs antérieurs en développant leurs forces. On faisait écrire 4-5  fois le même genre de textes dans l'école où j'ai travaillé, on les entrainait à l'esprit des évaluations en lecture, on les outillaient de stratégies. On ne les éparpillait pas dans des projets...  bien qu'on en faisait à l'occasion.

Les jeunes continuent de décrocher en grand nombre de l’école malgré cette réforme censée les rejoindre. La pédagogie de projet ne répond pas bien avec des élèves en difficultés en terme de résultats. Enfin, ce miracle attendu pourrait peut-être se produire si l'on s'en donnait les moyens au régulier. Les ratios 1 prof par une quinzaine d'élèves dans le secteur adapté donnent une chance d'atteindre ce genre d'objectifs. Évidemment, pour certains autres plus rétifs à toute éducation qui ont des contraintes majeures liés au milieu familial ou culturel, il y a d’autres choses à tenter. Les projets sont peut-être pertinents, mais on ne doit pas trop en escompter. Quand on a du mal à s'investir à l'école, c'est rarement un projet compliqué  même plein de sens qui va changer la donne pour le jeune. Passé l'enthousiasme de idées de grandeur, la réalité des efforts à faire et des contraintes sous-estimées dans le projet démobilisent beaucoup. C'est encore l'enseignant qui doit mener à bout de bras un événement qui se déploit dans le temps aux imprévus nombreux dont l'issus est souvent incertaine. Je crois qu'on exige beaucoup trop des enseignants. C'est irréaliste de lancer dans de telles aventures constamment tout le système d'enseignement.

Je comprends le monde de l’enseignement adapté capable de se retrouver dans les concepts de ces vents de réforme, néanmoins ce monde ne voit pas combien appliquer une logique pour l’adaptation scolaire à la masse des élèves dans des contextes de grands groupes hétérogènes est une aberration.
Ainsi, avec des élèves en problématique de comportement ou de personnalité, c'est autre chose, j'en conviens. L'objectif de scolarisation n'est pas toujours non plus un objectif raisonnable pour plusieurs élèves. Je suis très d'accord avec vous, Chloé, à ses élèves, il faut offrir autre chose. Quoi, ben, je ne suis pas dans ce domaine. Je laisse cette réflexion à d’autres.

Mais ce n'est pas mon point. En parallèle avec la réforme, le gouvernement, épaulé par des parents fanatiques, imposent l'intégration des élèves en difficultés diverses en classe normale ou «ordinaire» (le dernier jargon officiel!), si bien qu'au final, on tend vers le déni pur et dur de la difficulté d'apprentissage et d’adaptation en éliminant les services complémentaires, car si on avait maintenu les critères ayant cours avant cette intégration, on devrait payer beaucoup trop d'auxiliaires accompagnants ces élèves en classe, ce qui est coûteux. Les professionnels censés soutenir cette intégration ne sont pas assez nombreux, mais de toute façon cette idée est contraire à bien des points de vue au bon sens.

Pour moi, cette intégration condamne le fonctionnement de la classe normale et on se retrouve donc avec des classes comparables à des situations d'enseignement adapté dans tout le réseau à ne pouvoir donner une formation cohérente et consistance à une majorité de jeunes qui en seraient pourtant capables. Bon, je suis certain depuis près de 15 ans que ces orientations, qui nient des principes de fonctionnement élémentaire des organisations humaines (créer des unités fonctionnelles), visaient, depuis le début, des sapes majeures dans les budgets de l'éducation qui, depuis le début des années 90, ont connu des coupes majeures dissimulées dans le maintien des chiffres sans suivre l'indexation du coût de la vie, en plus d’absorber ceux de d’autres ministères fusionnés avec celui de l’éducation. Nous avons un ministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports, (MELS, oui les Melseux!) le croirez-vous?

Bon, donc, désolé de te donner l'impression de te placer dans une case, je suis aussi très atypique (Jonathan Livinston, mon avatar, cherchait toujours de nouvelles techniques de vols et ne se satisfaisaient pas de la vie grégaire de ses congénères) et, finalement, je me plais bien davantage dans les défis de l’enseignement adapté quand j’ai les conditions pour le faire. Le problème, c’est que ces dernières années, on a voulu tout intégrer pour faire des économies sous la pression du libéralisme qui veut abolir l’état, ce même libéralisme qui est en train de tuer le capitalisme devenus sans règles et l’économie de marché qui s’effondre malgré les sommes colossales investies ou engagées par les état pour sauver l’économie mondiale en chute libre, ce qui va mettre encore plus de pressions sur les budgets sociaux. On nous demande de répondre en même temps à la diversité fort complexe des besoins de cas problèmes tout en assurant un enseignement pour les élèves moyens. Mais même chez les plus aptes, on constate qu’ils ont une formation en bout ligne moins solides et consistantes que celles des générations précédentes. Personnellement, je trouve qu'on leur demande beaucoup trop de ce qu'ils ne sont pas capable et pas assez de ce qu'ils seraient aptes à développer. Mais bon, les  élèves doués vont toujours s'en sortir peu importe la pédagogie. Ce n'est pas pour eux qu'on doit la penser, mais pour ceux qui ont besoin d'une formation structurante, pour ceux chez qui l'enseignement a un impact.

Je crois qu’on est, tout ceux qui avons pris la parole dans ce «colloque improvisée», tous des chercheurs quelque part assez parents dans l’âme qui tentons de nous dépatouiller dans ces environnements idéologiques qui chez nous sont venus jusque dans nos classes nous dicter nos conduites en paralysant notre liberté pédagogique, en nous jugeant sur nos personnalités, alors que le monde de l’éducation a beaucoup plus à gagner d’une approche respectueuse des styles pédagogiques variés que d’installer dans ses rangs un esprit de guérilla à réprimer avec des gagnants et des perdants.

Désolé de te placer dans une case donc, je dois avoir un travers de Shadocks qui n’en ont que 4! On ne connaît pas ici! En fait, quand on écrit on réagit à quelques phrases et on part son développement. Dans ton texte, la question du sens m’a déclenché, je trouve qu’on en abuse trop souvent, c’est presque devenu une religion : il faut que ça soit significatif pour le jeune, que ça serve à quelques choses. Nous devons assumer d’intéresser le jeune, agiter du hochet sans relâche. Et si ça ne marche pas, c’est toujours de la faute du prof. Le système est parfait lui. Oui, certes, mais il ne faut pas en faire une religion, l’utilité de certains arts est souvent peu visibles au premier regard…

Ici, on en est à ce point. J’ai voulu amener dans mon texte l’idée trop souvent occulté de nos jours qu’il faut miser d’abord sur l’objectif de faire faire et refaire pour construire systématiquement, patiemment et intelligemment les bases de l’édifice intellectuel. L'analyse commence avec la découverte des mots et de leur fonctionnement pas dans le texte comme un certain globalisme à la noix de coco veut nous le faire avaler.

Si le sens y contribue à la nécessité de faire faire les gammes de la pensée, fort bien. Mais il y a de nombreux autres ressorts à utiliser pour mener à point notre tâche et il ne faut surtout pas la dévaloriser comme on l'a laissé faire ces dernières années en affirmant qu'il était dépassé de devoir souffrir, peiner pour apprendre. Cette vision totalement fausse qui ne correspond pas du tout à l'expérience de plusieurs a fait des ravages pour vanter les mérites d'une pédagogie par le jeu et la découverte. Pourtant, l'un n'empêche pas l'autre. Ce sont les réformiste, qui ont instauré ce monde dichotomique où l'on doit se positionner pour ou contre. On est avec eux ou contre eux... Or, tu as assez raison, nous n'avons pas à entrer dans ces cases. En même temps, la pédagogie par le jeu ne doit pas devenir complaisante, elle doit s'évaluer dans ses résultats. Pour le moment, on a quand même de gros doutes sur son efficacité...

Je crois qu'il est nécessaire de réhabiliter des ingrédients dévalorisés par l'idéologie que nous devons retrouver pour remettre notre train sur les rails et pour se faire, nous devons répondre aux formules lapidaires des réformistes, car elles nous ont tous contaminés et dérangés. Elles ont mis en doute notre expérience, notre jugement propre.

Personnellement, je mets autant de sens que je peux dans ce que je fais et ce que j’explique, mais bon je regarde les effets et je fais faire… Je tire, je pousse, je cherche à comprendre la difficulté, j’entraîne progressivement autant que possible… Partir du connu pour aller vers la nouveauté, c’est une clé… mais sentir aussi que l’autre n’écoute plus parce que mon sens n’en a plus pour lui. Parfois, il faut en dire moins pour obtenir plus! Mais bon, éduquer est une science de l’essai et de l’erreur aussi, on avance à tâtons dans l’esprit d’un enfant qui n’a pas une facilité d’apprendre… c’est un beau défi qui nous fait vivre aussi  la défaite et développer l’humilité.

J’ai développé dans l’élan le concept de cartes mentales qui permettent de structurer le développement de l’évolution intellectuel d’un être humain doué de raison. Je défends l’idée souvent aussi qu’ont fait faire trop des trucs nécessitant de la gestion mentale complexe propre aux capacités de l’adulte et qu’on devrait viser des objectifs qui respectent davantage le développement de l’enfant bien avant des compétences interdisciplinaires qui sont des concepts du monde du travail adulte. J’ai l’impression que ces dernières années, on a oublié ces nécessaires bases, l'utilité des cartes mentales, les nécessités du délicat développement intellectuel qui a ses étapes et la gymnastique naturelle de l’apprentissage dans les discours au profit d’activités trop souvent tape-à-l’œil et illusoires qui en fait démobilisent par leur complexité et ne donnent pas les résultats attendus.

Mais bon, j’espère que tu comprendras que je n’ai pas jugé ta personne, mais questionné des concepts pour tenter d’en valoriser ou revaloriser d’autres qui me semblent aussi importants de considérer dans la grande discussion difficile en éducation. Je comprends ton ambivalence face aux analyses que je propose. Le monde de l’adaptation scolaire a ses exigences qu’on ne peut transférer sans casse dans l’univers du régulier qui, dans la mesure où on y gère de grands groupes-classe, doit aller vers des stratégies beaucoup plus traditionnelles dans son esprit également pour atteindre un objectif raisonnable de scolarisation pour le plus grand nombre. Mélanger ces deux univers pour faire des économies d’échelle a été une catastrophe humaine à mon sens dont on n’a pas fini de gérer les conséquences.

En terminant cette analyse, je me demande si aussi on ne devrait pas entrer l'influence également des concepts du monde des écoles internationales qui ici a connu un essor ces dernières années. On dit que la réforme leur va mieux qu'aux autres...

Sur ce, bon vent et au plaisir d’échanger, mais soigne-toi d’abord.

1 commentaire:

Emmanuel a dit…

Je vais répondre par mail, car j'ai du mal à mettre en place mes réponses dans les tout petits cadres réservés à cet effet dans les commentaires.