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dimanche 15 novembre 2009

Réponse à Madame Chose!

On trouvera le commentaire de la dame avec le texte référence ici.

Madame Perrault,

J'ai quelques lecteurs qui interviennent rarement et c'est bien ainsi... Que mon blogue soit semi-publique, pas trop visible est bien. Il est «défoulatoire» et un outil de réflexion pour ma pratique surtout. Dans notre quotidien, on doit justement être bien gentil tout le temps avec tout le monde et surtout évidemment ne pas utiliser Modame Chose quand une Madame dit une connerie... Bref, je ne vous dirais pas Modame Chose, si vous étiez devant moi, mais je n'en penserais pas moins!

Bon, tous les ordres d'enseignement sont interpelés, Madame, si c'est ce qui vous inquiète, et sensibilisent les jeunes aux droits d'auteurs. Cependant, nous n'avons pas que ça à faire, mais je vous rassure, on a qu'à ouvrir un manuel de secondaire 1e, 2e, 3e ,4e ou 5e et on y verra des sections qui en traitent et j'estime que la plupart de mes collègues sensibilisent bien nos jeunes à cette problématique. On va même en secondaire 3, les pousser à citer leurs sources. Je l'ai fait dans deux écoles... Bref, votre déchargement de responsabilité sur le système primaire- secondaire est franchement déplacé sans aucun fondement de mon point de vue... La plupart des enseignants que je connais sont plus moralisateurs que la moyenne des gens et ils aiment bien déverser le bien sur leurs ouailles. Ils en sont même fatigants parfois.

Aussi, les phrases de vous de l'article de cyberpresse me sont apparues déroutantes...

Je n'ai même pas commenté celle qui déclare que «certains ne savent même pas qu'ils copient». Mais je prends ici la peine de m’y attarder. C'est elle qui  vous a valu, le «Modame Chose», celle que je ne connais pas, qui est une Madame (une dame avec une position) et qui dit une énormité... Mon argument : Au Cégep, on a minimum 17 ans et si on ne sait pas le sens du mot copier, je ne sais vraiment pas ce qu'on fait là. Et faire copier-coller, c'est bien «copier» et coller! Si on a pas entendu le mot plagiat et compris son sens, on ne devrait pas avoir survécu aux multiples examens du Ministère en principe. Bon, mais on vit à une époque où un cours à la TÉLUQ prend la peine d’expliquer que le dictionnaire est organisé par ordre alphabétique de A à Z. Je vous jure, on vient de le lire dans les documents de ma conjointe qui vient de recevoir sa trousse. On avouera qu’on se demande franchement jusqu’où ira la bêtise légaliste de notre temps où il ne faut rien oublier de dire pour éviter l’excuse de « on ne me l’a pas dit, je savais pas».

Je vous explique mon monde. Je ne sais pas pour les profs du primaire, mais bon chez mes collègues du secondaire, on ne se laisserait pas normalement passer de telles justifications bidons qui nous prennent pour des épais, mais bon souvent on doit endurer de faire comme si le pauvre ti-pit a une excuse valable, même si elle n'est pas crédible pour cinq cennes... Moi, personnellement, s'il y a une affaire que je ravale avec effort, c'est bien de me faire niaiser et d'endurer que des adultes, des «Monsieurs» et des Madames, en pouvoir autour de moi accorde de la crédibilité à des enfantillages... On n’a pas que ça à faire gérer des conflits stupides. En plus, on nous enlève toute crédibilité d’éducateur en nous mettant dans la position de l’écoute des justifications faciles et imbéciles. Comme dit l’enseignant français dans l’extrait publicitaire du film «Entre les murs» qui fait beaucoup jaser et qui résume pour moi toute cette culture gnagnan et ses conséquences sur l’instruction générale : « On ne va pas s’en sortir».

Cela arrive à cause de raisonnement du genre comme vous le faites des Modames et des Messieurs qui nous encadrent dans notre travail, qui ont peur des procès et des scandales pour des enfantillages de gamins, qui mettent notre jugement et notre parole d'adulte intègre en doute pour des conneries qui nous prennent pour des épais.

Bref, je trouvais que la phrase de vous dans cyberpresse nous prenait pour des épais et, par  association, je vous ai associé à ces gens trop nombreux de mon milieu, qui n’enseignent pas ou qui n’enseignent plus, ou qui n’aurait jamais dû enseigner, qui sont devenus selon le principe de Peter, des cadres qui me font perdre mon temps et que j'appelle dans mon fort intérieur des Modame Chose et des Messieur Chose Bine pour ne pas parfois leur hurler ma colère parfois devant autant d'idioties et perdre mon job.

Je vous ai  peut-être amalgamé par erreur à ses connards que j’ai gentiment côtoyés dans ce que j’appelle le volet politique de mon job et explique, je crois, une bonne partie des raisons qui font qu’un prof blogue anonymement sur internet. Pour sortir ce qu’il garde en dedans…et qui le minerait autrement. Mais bon, votre réponse me porte à croire que vous êtes des leurs.

Vous auriez pu au moins me dire que vous aviez été citée hors contexte. Vous voyez, je suis de mon temps, ce pourrait donner des circonstances atténuantes, peut-être même mériter des excuses... Ben non, vous vous outrez pour le Modame Chose et vous sous-entendez que moi et mes collègues ne sommes pas interpelés par la cause du plagiat, que nous ne faisons pas finalement notre job... sur zéro fondement. Et vous me parlez de vos écrits que bien sûr j’aurais dû lire et me sortez un «J’estime».

Non, je n'ai pas lu votre réflexion dans vos textes, Madame. Mais je lis les phrases de ce commentaire et donc assume que c’est la synthèse de vos écrits.

Pour reprendre vos mots, j’y vois quelques omissions, aussi je vous propose quelques autres pistes que «j’estime» faire bien davantage parti du problème.

Je vous inviterais à interpeler le Ministère sur la question qui nous prépare depuis des années des situations d'évaluation qui permet le plagiat maquillé et manifeste en voulant en faire de parfaits analystes de l’actualité en leur soumettant des textes préparatoires. Et interpelez-le donc aussi en passant sur le fait que le système d'évaluation passoire des dernières années n'est pas très bien reçu par le personnel enseignant de l'ordre du secondaire en général qui considère encore qu'une note se mérite et qu'un moment donné les excuses, ça va faire. Vous pourriez voir comme moi peut-être que ce genre de laxisme permis, autorisé et même stimulé par les directives de notre triministère de l’Éducation, des Loisirs et des Sports, n’aide pas nos charmants «ti-pits» à sortir de la confortable situation de pouvoir ne pas trop écouter nos beaux discours de sensibilisation et s’en sortir tout de même et rentrer tout de même avec toute l’incompétence justifiée dont le système les a rendu capable d’encore vous bourrez de leur éternelle et facile : «je ne savais pas moi, c’est pas de ma fautes, c’est les profs qui nous enseignent rien…»

Oh, pis autant tout vous dire, sermonnez-le donc sur le fait que de plus en plus on demande aux jeunes dans des Manuels et un programme approuvé par des gens déconnectés de la réalité de faire des tâches qui ne sont pas de leur niveau, comme d’écrire, par exemple,  un texte explicatif en 3e secondaire, un genre qui demande une maturité d’écriture, une capacité de se mettre à la place du destinataire et une habileté qu’on souhaiterait chez tout enseignant (et nos administrateurs pour d’autres raisons) de saisir l’univers du destinataire pour s’en servir pour l’amener à comprendre ce qu’il ne connaît pas. Non seulement, on leur demande cette tâche ingérable pour eux mais en les y préparant en leur donnant accès à plein de textes explicatifs sur la question  dont ils doivent s’inspirer. Vous imaginez sans peine le résultat : le plagiat général. Le programme au secondaire est pensé imbécilement comme ça d’un bout à l’autre. Recycler les idées des autres qui finit en un général copier-coller facile parce que rien n’est sanctionné rigoureusement avec la marmite évaluative des compétences et parce que, ce n’est pas un secret de polichinelle, on peut ne pas faire ce qui est demandé ou faire un minimum très minimum et obtenir la promotion automatique qui fait tourner la machine éducative bien rondement, mais génère des connards par milliers! On a justement suspendu depuis dix ans la capacité de sanctionner des enseignants dans un système prise de tête incohérent pour qu’il ne puisse pas justifier simplement les jugements évidents à transmettre sur la non implication délibérée et sans conséquence de trop nombreux jeunes. On a aussi inventé et systématisé le «C’est la faute du prof, qui ne sait pas les intéresser». Voyez les résultats.

Voilà des années que le ministère propose avec cette réforme à la noix, des situations d’apprentissage et d’évaluation qui demandent un niveau d’intégration des connaissances bien supérieur à la capacité d’une jeune en train de se construire d’un côté et de nous servir de l’autre un tamis d’évaluation passoire pour un résultat de plus en plus catastrophique.

A force de mettre nos jeunes devant l’impossibilité de maîtriser ce qu’ils apprennent en leur demandant trop, à force ne jamais sanctionner nos jeunes pour leurs inconduites et leur manque d'écoute des règles du jeu, qui s'en sortent de toute façon, on en arrive au point où on les laissent encore nous bourrer à l'Université. Voilà ce que, pour ma part, «j'estime»!

Et pour moi, il n’y a qu’un ordre à interpeler, c’est celui des MELSeux qui ont le mandat de réfléchir et produire un programme scolaire, c'est-à-dire qui respecte la psychologie de l’apprenant et celle de la relation pédagogique qui n’a vraiment rien à voir avec le socio-constructivisme, avec des manuels sensés qui viennent avec pour permettre aux enseignants de l’ordre primaire  et secondaire de faire enfin leur job, construire des bases solides pour une capacité intellectuelle possible dans les ordres supérieures de l’éducation qui fera qu’un jeune équipé et non soufflé par un système qui ne l’instruit pas ne sera même pas tenté de copier pour réussir, car il en aura la capacité. Il aura aussi ce qui disparait de plus en plus: un réelle estime de lui-même au lieu de passer sa vie à se donner des excuses, et d’en donner aux autres, qui nous prennent pour des épais.

1 commentaire:

Le professeur masqué a dit…

Mme Perrault,

J'ai enseigné en cinquième secondaire pendant quinze ans. Tous mes collègues et moi soulignions l'importance d'indiquer les sources utilisés, ne serait-ce que parce que que c'est obligatoire pour l'examen ministériel. En effet, dans celui-ci, une preuve amenée sans en indiquer minimalement la source est considéré comme du plagiat

Mais plus encore, un examen du MELS portait justement sur les droits d'auteur!

J'enseigne maintenant en première secondaire. Tant en français qu'en univers social, les élèves doivent indiquer la source des ouvrages qu'ils consultent.

Quand un étudiant pris en délit de plagiat vous répond qu'il ne le savait pas, que patatai-patata, il vous prend carrément pour une valise. Et vous, vous semblez prendre les enseignants du primaire et du secondaire pour des incompétents qui ne savent pas faire correctement leur travail.